(La Croix du 28/11/2007)
Les sapins de Noël
risquent de crouler cette année sous une avalanche de cadeaux technologiques,
mais il faut oser offrir aussi aux enfants des jouets et des jeux plus
classiques
Dès le mois de novembre,
les grands magasins ont décoré leurs vitrines, les enfants concocté leurs
listes de cadeaux et les parents commencé leurs courses. Avec « un appétit de
consommation bridé par un pouvoir d’achat limité », annonce l’étude publiée par
le cabinet Deloitte qui augure à chaque automne les grandes tendances de
consommation pour Noël (en France et en Europe).
En période de vaches maigres, les Français n’ont pas l’intention de grignoter
leur budget consacré au repas de Noël, même s’il leur coûte cher, souligne
l’étude : ils réduiront donc, pour compenser, la part consacrée aux cadeaux.
Les enfants français resteront néanmoins prioritaires par rapport aux autres
membres de la famille.
Mais leurs vœux ne seront pas toujours satisfaits : alors que six consommateurs
européens sur dix pensent savoir ce que leurs enfants veulent, c’est le cas
seulement de 42 % des Français. L’étude note donc, comme chaque année, un
décalage entre les cadeaux souhaités et les cadeaux achetés. Même si elle ne
ménage guère de surprises, puisqu’elle a établi, plus d’un mois à l’avance, le
hit-parade des cadeaux qui seront réellement offerts.
Le « cash » arrive en tête des «cadeaux souhaités»
On y observe d’abord la
montée en puissance des dons d’argent : le « cash » arrive en tête des «cadeaux
souhaités», tous âges confondus, et en deuxième position des cadeaux offerts
aux adolescents. Certains Noëls risquent donc de se transformer tristement en
séances de transactions financières !
Autre grande tendance de l’année : la popularité des cadeaux technologiques.
Les sapins de Noël vont crouler sous une avalanche de lecteurs de MP3, iPod
(premiers au hit-parade des cadeaux qui seront le plus offerts aux adolescents
dans toute l’Europe), consoles de jeux vidéo…
Cette vague «high-tech» atteint aussi les moins de 12 ans, les jeux vidéo
détrônant cette année les autres jouets. Les Français se démarquent sur ce
point de leurs voisins européens qui continuent à privilégier les cadeaux plus
« classiques », jeux de construction en tête.
La déferlante technologique n’épargne même pas les bébés. Comme en témoigne ce
communiqué envoyé par la société Hasbro : « Le high-tech se met cette année au
service des bébés et surtout des mamans modernes. Avec cette nouvelle gamme de
jouets d’éveil personnalisables Playskool : Made For Me propose une veilleuse
et un portique avec une clé pour lire les MP3, entièrement sécurisée pour bébé,
sur laquelle les parents pourront télécharger (légalement !) les musiques de
leur choix. »
« Parents et enfants » réserve une place de choix aux jouets plus classiques
Quitte à paraître
anachronique, « Parents et enfants » a volontairement omis, dans sa sélection
de cadeaux, les jouets et jeux électroniques. Les enfants sauront, dans ce
domaine, conseiller leurs parents.
Nous avons voulu préserver une place de choix aux jouets plus classiques, que
les enfants ont tendance à délaisser trop tôt (dès l’âge de 8 ans, voire 6
ans), alors que ces « vrais jouets » sont indispensables à leur développement,
comme le souligne Catherine Watine, directrice de la ludothèque 1-2-3 Soleil
(1).
« L'industrie du jouet est très forte sur le message : il faut vivre avec son
temps ; il faut de l'électronique dans les jouets. D'accord, mais à toute
petite dose. Il y a pléthore de jouets technologiques dans les chambres
d'enfants. Alors qu'il existe des jouets extraordinaires, conçus par des
éditeurs qui n'ont pas toujours les moyens d'en faire la publicité. Un enfant
se construit en ayant un pouvoir sur l'objet et non l'inverse. En particulier
les tout-petits n'ont pas besoin de jeux très sophistiqués. Il faudrait remettre
à l'honneur les jeux d'imitation, du faire semblant, qui permettent à l'enfant
d'agir sur le monde, de le recréer à sa manière. En jouant, l'enfant "apprend"
et "nourrit" son imaginaire. »
Elle nous propose, en page suivante, une sélection de jouets « basiques »,
solides, esthétiques, au mécanisme ludique simple, et qui donnent à l’enfant
l’envie de rejouer indéfiniment avec le même plaisir (ils ont tous été testés
en ludothèque).
Catherine Watine nous propose aussi une sélection de jeux de société, qui
continuent, malgré l’explosion du marché du jeu vidéo, à survivre. « Rien ne
remplace en effet une partie autour d’un plateau de jeu où on regarde les
autres dans les yeux. »
Jeux de communication, de stratégie, d’observation, d’adresse ou de hasard : il
y en a pour tous les goûts. Et il s’en crée chaque année de nouveaux. « Il est
passionnant, dit-elle, de découvrir de nouveaux jeux. Même si ce n’est pas
facile : la transmission de la règle se faisant par oral. Quand on offre un jeu
de société, le plus beau cadeau qu’on peut faire, c’est d’avoir décrypté la
règle avant et de la transmettre oralement. »
Et de jouer aussi avec l’enfant. Pour l’accompagner dans sa découverte, et
retrouver, à travers les jeux ou les jouets qu’on offre, ces instants privilégiés
d’émotions partagées.
Christine LEGRAND
(1) Association « Toit, accueil et vie », 4, square Jean-Pierre-Timbaud,
93100 Montreuil. Tél. : 01.43.60.94.90.
Référence : http://www.la-croix.com/parents-enfants/article/index.jsp?docId=2321615&rubId=24307