Rêvons notre cité
Ensemble, rêvons la cité de demain. Une cité où chacun respecte l’autre, où les droits à l’éducation et à la liberté sont reconnus. Une cité de fraternité et de justice, avec, au service de tous, le savoir et les différentes technologies. Une cité où toute religion travaille pour la paix, la joie et la réconciliation.
Combien loin sommes-nous de cette cité vertueuse et idéale, alors que sévissent partout les violences et les injustices et que le Liban est déchiré par d’inextricables conflits politiques et armés.
Formons-nous à l’école
Gardons cependant l’espérance de construire une société plus fraternelle et plus juste. Saisissons la chance de la bâtir avec nos mains d’adultes, de jeunes et de moins jeunes. Aujourd’hui, notre devoir est de nous former à devenir les citoyens responsables et bâtisseurs de demain.
Quelle meilleure opportunité que l’école pour former les jeunes Libanais et ceux du monde entier ? L’école n’est-elle pas la première expérience, parfois unique, d’apprentissage de la vie en société ? À l’école, nous apprenons à nous accepter les uns les autres, à vivre ensemble et à dépasser les conflits. À l’école, je vis et je grandis avec l’autre, et non à côté de l’autre. Je découvre les règles de la civilité. J’apprends surtout qu’il ne me suffit pas de pratiquer ces règles de la vie démocratique mais que je dois me les approprier pour toujours.
Ne dit-on pas que l’école est une mère nourricière ? Les nourritures reçues sont les valeurs d’amitié, de travail, de vérité, de pardon et d’amour que j’exploiterai toute ma vie durant. Comme la mère qui aide ses enfants à grandir, l’école m’aide à grandir en sagesse et en savoir, en confiance et en excellence.
Les valeurs essentielles
C’est dès aujourd’hui, à travers nos études, par notre formation à devenir des êtres libres, autonomes et responsables, que nous devons acquérir une culture qui privilégie la cohésion au lieu de la division, la communauté et la famille au lieu de l’individualisme, l’excellence intellectuelle et morale au lieu de la facilité et de la permissivité.
Quatre valeurs sont essentielles à la construction de votre cité :
. La culture du travail et de ses exigences
Pour acquérir des connaissances et un savoir-faire, il est impératif de travailler. Étudier ne peut être un verbe obsolète, bon pour les autres ou pour les premiers de classe ! Si je veux m’épanouir, découvrir mes capacités, participer à la vie de la cité et être socialement reconnu, je dois acquérir l’habitude de travailler, comme le dit si bien saint Paul : « nous n'avons mangé gratuitement le pain de personne, mais dans le travail et dans la peine, travaillant nuit et jour, afin de ne charger aucun de vous ».
(2e lettre aux Thessaloniciens 4, 8)
. La culture du mérite, vertu complémentaire de la culture du travail
Il existe dans de nombreux pays une importante décoration qui est celle de l’Ordre du mérite. Elle rend hommage à une personne qui, malgré les difficultés, s’est acquitté de son devoir, en travaillant dur pour réussir. Une personne qui, par sa propre volonté, et non grâce aux autres ou aux relations de ses parents, a acquis ce qui est louable. Une personne qui, par le mérite, détient certaines qualités intellectuelles et morales, comme l’excellence, la probité et la charité. Une personne qui ne se contente pas d’accomplir son devoir, mais qui se dépasse pour se donner sans compter. La décoration de l’Ordre du mérite récompense une personne qui a su allier tout le divin et l’humain qui sont en elle. Soyons méritants tout au long de notre parcours.
. Le discernement entre le vrai et le faux, l’important et le nécessaire
Aujourd’hui, les publicités ciblent avant tout les jeunes qui, à cause de leur manque de discernement, constituent leurs meilleurs clients. Il est essentiel d’avoir les repères et les indices nécessaires à l’établissement du bon choix en toute liberté. La liberté de choisir est une valeur précieuse dont je ne peux jouir que si j’ai appris à bien discerner. À l’école, j’apprends à prendre les bonnes décisions en fonction du bien et du juste pour décider des options qui vont ensuite engager toute ma vie. Sans cet apprentissage, je ne pourrai construire la cité humaine de demain.
. La pratique du langage sincère, vrai et respectueux des autres
Au cœur du rapport entre les hommes puisqu’il en exprime les pensées et les intentions, le langage détermine la vie sociale. Violent, dur, ordurier, il implique une volonté de nuire et mène à la discorde et aux conflits. Adoptons un langage modéré et sincère qui aide à la cohésion sociale et qui promeut l’échange et le dialogue civilisé.
Construisons notre cité humaine
Construire est un métier. Formons-nous dès aujourd’hui à notre métier de bâtisseur en acquérant les compétences et les réflexes essentiels. Construire une cité humaine est plus difficile que bâtir une cité de pierres. « Construire sur du solide et non sur le sable » (Mt 7, 24-26) exige compétences, patience, attention et volonté. Ne pas avoir peur des vents contraires, de la violence, du pessimisme, savoir comment placer une pierre à côté de l’autre sont indispensables pour ériger la clef de voûte qui soutiendra tout l’édifice.
Ensemble, engageons-nous à respecter ce contrat. Regardons la cité en tant que cité humaine qu’il faut rénover, restaurer, améliorer, embellir, et non comme une cité de pierres figée. Apprenons à être des citoyens soucieux de leur cité. Devenons les hommes et les femmes qui veulent réaliser leur propre vision de la cité idéale. Soyons ces hommes et ces femmes de discernement. Grâce à notre sens de la solidarité sociale acquis à l’école, garantissons dans notre cité des places aux plus fragiles, aux marginaux, à tous ceux qui ont besoin d’être aidés.
En nous préparant, dès aujourd’hui, à notre métier de bâtisseur, nous laissons former en nous l’être humain de demain.
Salim Daccache, s.j.
Recteur