Ancien élève du Collège Notre-Dame de Jamhour (promo 1999), Emile ISSA el-KHOURY est, actuellement, président de « Lebanus », une association socioculturelle, accordant des bourses à certains élèves défavorisés dans les écoles privées au Liban. Dans le cadre d'une visite au Collège le mardi 9 novembre, nous l'avons rencontré pour mieux connaître « Lebanus » et son président, un jeune homme de 23 ans, faisant preuve néanmoins d'une maturité exceptionnelle.
Pour moi, Jamhour, c'est beaucoup de bons souvenirs, c'est toute une vie. Avant de quitter l'école, on ne pense qu'à en finir, mais c'est après le départ que l'on se rend compte du bagage scolaire et des valeurs qu'on a acquis .En d'autres termes ,on prend conscience du mode de vie particulier que l'on a mené à Jamhour.
Il n'y a pas de souvenirs bien précis, mais je me souviens du dernier jour à l'école, le jour de la fête de promo, il y avait des camarades qui pleuraient : on était conscient que c'était tout un rêve, toute une vie qui était désormais derrière nous.
Il y a beaucoup d'enseignants dont je garde un très bon souvenir. Je pense notamment à Madame Laurence ABOU CHACRA, enseignante de français, avec qui j'ai gardé une relation amicale, même après mon départ de Jamhour, et au Père Victor ASSOUAD, qui était, non seulement notre aumônier en Terminales, mais aussi une personne toujours prête à nous écouter, à nous aider.
L'influence de la formation jésuite dans ma vie est très grande ; ce n'est pas seulement un excellent niveau d'éducation, c'est aussi des valeurs qui sont transmises aux élèves. J'ai intégré l'AUB après Jamhour, et dans les classes on nous reconnaissait, on distinguait les élèves de Jamhour. « Etre un ancien de Jamhour » était une sorte d' « étiquette » qui, en dépit de la connotation comique et satirique qu'elle portait parfois, indiquait au fond la présence d'un « plus » et une distinction des autres. La formation jésuite n'est pas uniquement une éducation, c'est un mode de vie qui forge la personnalité de l'élève en le poussant à relever des défis.
« Lebanus » est une association humanitaire et culturelle fondée en 1986 par un groupe d'étudiants libanais en France, et qui accorde des bourses à des élèves au Liban. Au départ, c'était une sorte de réponse à la guerre civile : en participant à la scolarisation des élèves, on les empêchait de faire partie des milices, et par conséquent, on leur sauvait l'avenir et effectuait un pas vers la paix. C'est une ONG (Organisation Non- Gouvernementale) qui fut alors imprégnée par la culture française des ONG. Aujourd'hui « Lebanus » est présente dans trois pays : au Liban, en France et aux Etats-Unis. Au cours de l'année, nous organisons des évènements culturels, dans le but de financer les bourses scolaires. Nous partons du principe du droit à l'éducation, reconnu dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Et là je tiens à préciser que « Lebanus » est une organisation indépendante, non politique et non confessionnelle.
C'est surtout à travers les activités sociales, notamment le Projet Social instauré en 1990, que l'on nous encourageait à être au service de la société et que l'on nous poussait à être solidaire avec les autres. J'éprouve beaucoup de respect et d'admiration à l égard les pères jésuites qui vivent leur message et leur cause, et qui oeuvrent discrètement, mais qui ont à la fois un grand impact. Je me souviens d'un cours de Catéchèse, où le professeur lançait une quête d'argent pour les pauvres tout en insistant sur le caractère symbolique de la contribution au partage.
D'abord, je désire terminer mes études par un doctorat en Sciences Politiques, afin de travailler par la suite au Liban et m'engager dans le domaine public ; à mon avis, il faut mettre ses compétences au service de la patrie.
C'est de la générosité que tout découle dans la vie et que l'on réalise plein de choses. Mais aussi ma devise c'est la devise des pères jésuites : « être des hommes et des femmes pour les autres ».
Ce serait trop prétentieux de ma part d'adresser des leçons aux jeunes, puisque je fais partie d'eux. Cependant, je constate qu'on est actuellement dans une phase transitoire dans l'histoire du Liban, où l' on ne peut pas dépasser le sens psychologique de la guerre. De plus, je constate un manque de lecture auprès des jeunes. .
Mon conseil : qu'ils vivent pleinement le parcours scolaire à Jamhour, et qu'ils profitent de tout ce que le Collège met à leur disposition.

Pendant les années 80, « Lebanus » accordait 2 ou 3 bourses par an. Pendant les années 90, ce nombre a passé à 40 à 50 bourses par an. Ces bourses couvraient 80 à 85% des frais de scolarité, afin de responsabiliser les parents, qui devaient financer le reste. Le pic historique de « Lebanus » fut pendant les années 1996 et 1997, où l'on accorda 190 à 200 bourses scolaires. Pendant les années 1998 et 1999, l'association a connu une chute due à la crise économique au Liban. Il a fallu attendre la venue d'une nouvelle équipe pour restructurer l'organisation interne de l'association et repartir en 2003 avec 71 bourses. En 2004, « Lebanus » a accordé 75 bourses, couvrant 45 à 50% des frais de scolarité, l'autre part étant payée par l'école.
L'étude des dossiers qui se présentent à « Lebanus » prend en considération un ensemble de critères, notamment la situation financière et familiale de l'élève (orphelin, salaire des parents.), et sa situation académique (relevé des notes), ainsi que le budget de l'association.
Elie Khoury 2nde 1
Ibrahim Nehmé SG1