Thème de l'année

Thème de l’année 2018-2019

Les réseaux sociaux et la vie privée : quelle communication ?

Après avoir réfléchi, depuis deux ans, sur les conditions d’un bon « vivre-ensemble » au Collège, nous avons pris le temps nécessaire pour travailler à une meilleure communication entre les différents partenaires de notre communauté. Écouter, parler, se taire et verbaliser sont des actions qui ont été évoquées pendant deux années scolaires complètes. Pour réussir, une communication se déploie dans l’expression et le silence, dans un mot dit et un mot tu, dans une parole proférée (le mot prononcé) et dans une parole silencieuse (le corps présent ; le corps qui écoute). Si le fait de s’exprimer est essentiel à une bonne communication entre nous, le fait d’écouter et de se taire semble aussi indispensable pour que la parole puisse être dite. Toute parole n’est pas nécessairement bonne à proférer ; toute expression n’est pas bonne à n’importe quel moment et n’importe où.

La parole exige des conditions bien déterminées pour qu’elle soit dite et entendue, pour qu’elle soit acceptée et pour qu’elle aboutisse à une action positive constructrice et durable. Tout ne doit pas être dit partout et à tous. Certains aspects de notre vie, qu’ils soient personnels, familiaux ou même scolaires, ne peuvent être dits et exhibés à tout bout de champ. La discrétion, le discernement et le tact demeurent toujours nécessaires à toute expression et toute parole.

Pour toutes ces raisons, et dans la suite des thèmes des trois années précédentes, nous désirons insister cette année sur la différence fondamentale entre le domaine privé et le domaine public, entre ce qui est réservé à une personne ou à un groupe déterminé de personnes et ce qui est exposé à l’intérêt et la curiosité de toute personne. Cette distinction, qui n’est pas nécessairement une opposition mais une complémentarité, semble nécessaire à l’éducation telle que la désire le Collège Notre-Dame de Jamhour.

Il est évident que ce qui nous a poussés à braquer la lumière sur la distinction privé/public, c’est la manière d’utiliser les réseaux sociaux, que cela soit par les enfants ou par les jeunes et/ou même par les adultes, parents, enseignants. Quand Aristote a écrit son livre référence sur l’éducation, l’Éthique à Nicomaque (334­330 av. J.-C.), les réseaux sociaux étaient encore inimaginables. Quand Jean-Jacques Rousseau a rédigé son Émile ou De l’Éducation (1762), Facebook, WhatsApp, Instagram, Snapchat étaient des réalités d’un autre monde. Jusqu’aux années 1990, au moment où l’usage de l’internet commence à croître, nul ne pouvait imaginer une éducation qui tienne compte de l’usage des réseaux sociaux.

Dans le contexte de 2018, en ce temps où l’on parle de nouvelles addictions aux réseaux sociaux et de centres spécialisés pour en guérir, il nous incombe de réfléchir et même d’inventer une nouvelle éducation qui aide nos jeunes à grandir et à mûrir. Il est plus nécessaire que jamais que parents et enseignants réfléchissent sérieusement à des moyens sûrs pour accompagner les jeunes usagers des réseaux sociaux. Éduquer, c’est surtout montrer l’exemple : une réalité que tout éducateur ne peut pas oublier. À l’âge de la révolution informatique, il nous faut de nouveaux instruments pour repenser l’éducation et pour développer une éthique adaptée aux circonstances et aux conditions du troisième millénaire.

Depuis deux décennies, nous assistons au Collège à un usage croissant, voire excessif, des réseaux sociaux. Sans conclure que cet usage est nécessairement nocif et mauvais, nous notons cependant que beaucoup d’élèves et même d’adultes exposent leur vie privée sur le net. Sorties, dîners, anniversaires, relations sociales, relations amoureuses. Tout est sur le net. Les états d’âme, les likes et les dislikes, les moods, les sautes d’humeur, les bagarres sont exposés sur la toile. Les couleurs politiques, sociales, religieuses et même sportives sont exhibées sur les pages cybernétiques de nos écrans. Tout n’est pas à condamner mais est-ce que tout est à exposer aux yeux du grand public et du monde entier ?

En effet, ce qui est posté sur les pages du web pourrait nous être nuisible notamment quand nos posts sont mis sans discrétion et sans discernement. Il va sans dire que l’usage de l’internet est un champ réel où s’exerce notre sens du privé et du public. Beaucoup d’élèves souffrent d’une photo ou d’une vidéo osées qu’ils ont envoyées par WhatsApp à un ami et qui ont été partagées par la suite avec tous les élèves du même âge. Beaucoup de jeunes souffrent du harcèlement de leurs pairs, qui s’exprime de mille et une manières ; cela peut éventuellement pousser certains jeunes fragiles à penser à mettre fin à leur vie. Beaucoup de personnes souffrent dans leur dignité quand elles voient d’autres en train de partager des rumeurs non fondées sur leur vie, sur leur famille et sur leurs amis. Beaucoup d’enseignants souffrent de quelques parents qui, sur leur groupe de classe, ne ratent pas une occasion pour les critiquer vertement sans prendre le temps de vérifier l’information partagée. Beaucoup de parents souffrent quand ils voient des enseignants du Collège afficher des paroles et des situations indignes d’un éducateur. Même la direction de l’école est heurtée quand elle trouve que des professeurs sont incapables de garder et de respecter la discrétion nécessaire aux conseils de classe. Ce qui est dit dans ces conseils est parfois immédiatement partagé sur les réseaux sociaux avec les parents et les personnes concernées. Nous vivons dans un monde où tout ce qui est privé risque de devenir public, où toute intimité est exposée aux yeux du monde entier. Cependant nous ne pouvons guère imaginer notre vie sans cette distinction à respecter ! L’espace cybernétique constitue un vrai défi à la vie privée.

Tout usage des réseaux sociaux n’est pas un mal absolu mais ces réseaux sont un outil à double tranchant. Ils peuvent constituer un espace d’information, de culture, de connaissances, de liens et d’amitiés saines, comme ils peuvent se transformer en un champ d’exhibitionnisme de tout genre, un domaine où la méchanceté humaine trouve un moyen puissant pour s’amplifier et pour nuire au plus grand nombre et à un plus haut degré. C’est ce qui nous fait dire qu’il faut trouver l’éducation adéquate à cette nouvelle réalité humaine pour en faire un moyen de communication saine et positive et pour que notre communication puisse lier et relier les êtres humains que nous sommes.

De fait, les mots de Saint Ignace de Loyola demeurent pour nous de toute actualité quand il écrit, dans son « Fondement et Principes » des Exercices Spirituels (1522 – 1524), que « L’homme est créé pour louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme, et les autres choses sur la face de la terre sont créées pour l’homme, et pour l’aider dans la poursuite de la fin pour laquelle il est créé. D’où il suit que l’homme doit user de ces choses dans la mesure où elles l’aident pour sa fin et qu’il doit s’en dégager dans la mesure où elles sont, pour lui, un obstacle à cette fin. » Les réseaux sociaux peuvent être un moyen de louer et de servir Dieu quand ils deviennent un espace de vérité et de rencontre, comme ils peuvent constituer un vrai obstacle à la louange et au service de Dieu. À nous éducateurs d’utiliser notre sens du discernement pour faire de ces moyens un instrument utile pour grandir en humanité et en spiritualité, ce qui constitue la plus haute louange de Dieu et le plus grand service rendu au Créateur.

P. Charbel Batour, S.J.
Recteur

 

Thème de l'année 2008-2009

Peut-on construire son avenir...... sans effort ?

Elles ne sont pas rares les appréciations sur les bulletins scolaires, qui évoquent l’effort : « efforts insuffisants », « efforts à poursuivre », « efforts à continuer », « doit redoubler d’efforts » et « le Conseil de classe apprécie ses efforts »…. Les enseignants, réunis en Conseil de classe, ou le Préfet qui veille sur le parcours scolaire de chaque élève, utilisent souvent l’une ou l’autre de ces expressions pour apprécier à sa juste valeur ce que l’élève, en être conscient et réfléchi, a mobilisé comme forces et moyens, diligence et sérieux pour aboutir aux résultats qu’on attend de lui. Quel serait donc le sens de ces appréciations ?

L’effort, mot magique, puisqu’il appelle à employer sa force, son adresse et son intelligence pour atteindre un but, signifie faire son possible pour vaincre une certaine résistance, extérieure ou intérieure, et qui empêche d’avancer. Tension de l’esprit qui cherche à résoudre un problème d’ordre intellectuel, l’effort suppose parfois un peu de souffrance et beaucoup de volonté ; c’est pourquoi on peut le percevoir comme quelque chose de désagréable.
L’entraîneur, qui encourage son coureur de fond ou son équipe, ne leur répète-t-il pas sans relâche : « on y est, encore un effort, continuez… ». Et que d’efforts et d’endurance déployés par l’alpiniste qui escalade les hauteurs pour atteindre les sommets, malgré le froid et la glace ? Nous avons écouté, ici même à Jamhour, le témoignage de l’alpiniste libanais Maxime Chaya qui a atteint le sommet de l’Everest ; il nous avait affirmé que sans effort physique, il n’aurait pas pu y arriver, mais que l’effort prenait son départ à l’intérieur de soi, de la volonté qu’on a à vouloir se dépasser. C’est bien là la marque d’une personnalité hors du commun.

Oui, l’effort est une qualité recherchée. Si l’éducateur l’impose, si l’entraîneur l’exige, c’est parce qu’ils savent l’élève capable d’avancer d’une manière autonome, parce qu’il possède les potentialités et les capacités nécessaires. Ainsi, l’aventure de l’acquisition du savoir nécessite un effort et de l’application. Il me semble bon de relever quelques points :
L’effort ne peut être  intermittent et temporaire, il requiert de la constance. Il est important, sinon nécessaire, de calculer l’intensité de ses efforts. Il est évident que l’on doit se reposer après une longue course. Mais, dans le cas du travail scolaire, comment définir l’effort du travail au jour le jour, de l’application au quotidien, du suivi attentif des cours ? Tout commence par la qualité de notre présence en classe, de notre degré d’attention… L’effort consiste ici à rester concentré, à ne pas se laisser perturber par les bruits d’à côté ou à ne pas troubler l’ordre indispensable pour éveiller son désir et sa volonté d’apprendre. Dépendre des cours particuliers, compter sur les photocopies des notes prises par les autres camarades sont là des attitudes de l’élève démissionnaire qui n’envisage de fournir aucun effort.

« Efforts à redoubler » : cette appréciation concerne l’élève qui se contente de ne faire fructifier qu’une partie de ses talents. C’est peut-être l’élève qui ne travaille pas assez, ou qui n’est pas conscient de ses potentialités ou qui se contente de calculer ses notes en fonction de la moyenne qui lui permettra d’assurer son passage à la classe supérieure en fin d’année, sans rien de plus ! Cet élève, n’est-il pas le serviteur de la parabole de l’Évangile, celui qui n’a pas voulu placer l’argent de son maître et qui a préféré le cacher pour le remettre tel quel à son Seigneur (Matthieu 25, 14-29) ? Si les notes ne disent pas tout, elles restent un indicateur fiable pour l’élève et pour ses éducateurs. Mais, peut-on dire d’un élève qui n’a fait fructifier que la moitié de ses talents qu’il a réussi sa formation scolaire ? Un élève qui compte sur une matière, au détriment d’une autre qui exigerait de sa part plus de travail et d’assiduité, comme, par exemple, les langues ? Peut-on dire de lui qu’il a acquis ses lettres de noblesse ?   « Il n’y a pas de loi plus funeste que celle du moindre effort », écrivait André Gide !

Déployer ses forces, faire appel à toutes ses ressources intellectuelles et spirituelles, fournir un effort ne sont pas une activité aveugle et désordonnée. Dans ce domaine, la règle d’or est de bien orienter son effort en bien gérant son temps, en établissant des priorités et en fixant convenablement son agenda quotidien. Il n’est pas vain le proverbe chinois qui dit : « cultivons le sens de l’effort ». Il ne suffit pas de déployer des efforts, parfois ces efforts sont stériles et ne rapportent aucun profit si je n’oriente pas mes forces dans le bon sens, si je suis fatigué ou si je n’ai pas la vision globale de ce que je dois réaliser. Si j’hésite sur un chapitre ou sur une notion que je n’arrive pas à assimiler, si je suis désemparé et que je n’arrive plus à faire de mon mieux, il vaut mieux laisser de côté un moment ce chapitre ou cette notion, et focaliser mes efforts sur des parties plus abordables. C’est surtout à ce moment que je peux compter sur mes professeurs et sur le tuteur de ma classe ; ils me fourniront l’aide nécessaire pour concentrer mes efforts selon le meilleur angle, pour stimuler ma motivation et me permettre d’avancer.

Que d’élèves n’ai-je vus, au cours des mes années d’éducateur, manifester leur joie suite à un effort dépensé, à des progrès enregistrés et des résultats acquis, et conquis, une fois l’objectif atteint. L’effort est moins couronné par les résultats que par le progrès réalisé. Il est nécessaire de considérer le progrès dans les savoirs avant de se pencher sur les chiffres. Les Latins sont d’ailleurs persuadés que « la victoire aime l’effort ».  Saint Ignace de Loyola, dans ses Exercices spirituels, mettra l'accent sur la pédagogie de l'exercice qui est basée sur l'activité personnelle, la réflexion et l'intelligence de l'élève. C’est quand les élèves ont bien compris le sens de l’effort prodigué et qu’ils ont goûté au plaisir d’avoir atteint leur objectif qu’ils deviennent aptes à dépenser encore d’autres efforts et à se dépasser. Ils sont alors de plus en plus confiants en eux-mêmes. Ils ne sont plus tributaires du simple devoir d’apprendre. Ils recherchent le plaisir et la joie d’apprendre ; ils se forgent une forte et riche personnalité et contribuent à la construction de la cité de demain. Leur goût et leur désir d’apprendre ne cesseront de grandir en même temps qu’eux.

Il est vrai que notre Collège offre des activités sportives, culturelles, spirituelles et sociales qui soutiennent notre effort et notre travail intellectuel. Dans ces activités, vous ferez l’expérience du labeur collectif, développant ainsi la solidarité qui vous unit en tant qu’élèves. Cette solidarité, au niveau du travail académique, se traduit par l’aide qu’apportent certains à d’autres, pour que tous progressent et réussissent leur scolarité. Quand il y a réussite, elle ne sera pas attribuée à une minorité ou à quelques personnes, parce que la mission d’un Collège jésuite est d’accompagner et de conduire chacune et chacun, au sein de la communauté scolaire, à la plénitude de ses possibilités.

Salim Daccache, s.j.
Recteur

Thème de l'année 2009-2010

Travailler en équipe, pour mieux réussir

Après la promotion d'une culture de l'effort, nous passerons cette année à celle du travail en équipe.

Cet objectif s'inscrit dans le prolongement du précédent. L'effort est une exigence personnelle : chaque élève, chaque professeur doit faire effort seul pour progresser, mais l'effort trouve sa plus grande efficacité dans le travail en équipe. C'est ensemble qu'on aplanit une montagne, ensemble qu'on bâtit une cathédrale, ensemble qu'on change une société.

Faire équipe n'est pas le point fort de notre société. Nous aimons tant agir individuellement, car nous pensons que la réussite est individuelle ; l'idée nous répugne de partager les fruits de la réussite. L'égoïsme est une tentation permanente et mène à un tissu social couturé, à des concurrences sauvages. On parle volontiers maintenant d'éducation à la "citoyenneté" : nous avons à préparer les citoyens de demain, prêts à s'accepter dans leurs différences et à collaborer pour réaliser de grandes choses. Le travail en équipe est la meilleure formation à la citoyenneté.

Jésus lui-même a soigneusement choisi, dans la réflexion et la prière, une équipe de douze disciples. Il les a patiemment formés, dans leurs différences. Il les a aidés à résoudre leurs conflits : « celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur ». Il en a choisi un parmi eux, pour être le socle, pour affermir. Et c'est à cette équipe qu'il a confié son Église.

Nous pratiquons depuis longtemps déjà le travail en équipe : il est de règle dans les travaux pratiques ; il est d'usage courant à certains niveaux*. Pour le promouvoir dans le Collège, le premier moyen est de le généraliser au cœur du processus scolaire : dans la classe. Si ce n'est fait, nous réserverons donc en classe une place au travail en équipe, pour découvrir, pour rechercher, pour produire. Cela ne sera pas sans difficulté ; travailler en groupes, cela fait du bruit, et le ton peut monter; il faudra ramener la classe au calme pour les autres activités. Mais même sur le plan scolaire, cela aura des retombées positives : il y aura moins d'élèves à la traîne, décrochés du peloton.

Il sera utile aussi de consacrer du temps dans la vie de classe pour la réflexion sur la pratique du travail en équipe : la gouvernance et l'organisation, le partage des tâches, la résolution des conflits. Ce sera le moment des ajustements, des corrections de tir qui rendront plus féconds les temps de travail en équipe.

Nous prendrons au sérieux le travail en équipe, non seulement dans l'espace et le temps que nous lui accorderons, mais jusque dans l'évaluation : nous accepterons parfois de mettre la même note à chacun, sans nous demander si la participation de chacun au résultat est la même. C'est le travail de l'équipe qui sera noté ; le travail de chacun dans l'équipe sera évalué dans l'équipe.

Dans la promotion du travail en équipe, nous pourrons nous appuyer sur des points forts du Collège.

Les sports collectifs sont une excellente démonstration de la nécessité, des modalités et des bienfaits du travail en équipe. On ne joue pas au football seul, et jouer à deux devient vite fastidieux. Dans l'équipe, les rôles sont différents ; selon ses qualités, on devient ailier, avant-centre ou gardien de but. Chacun a sa place, mais c'est toute l'équipe qui gagne - ou qui perd. Et les moments exaltants vécus ensemble créent des amitiés pour la vie.

Les mouvements ont chacun leur pédagogie, mais tous s'appuient sur la vie d'équipe - la patrouille des scouts. L'enfant est membre d'une équipe, et c'est dans son équipe qu'il se forme, qu'il participe aux activités, qu'il réalise des exploits, qu'il se fait des amis pour la vie.

Le Collège lui-même donne l'exemple d'une équipe éducatrice, qui articule plusieurs sous-équipes : le Comité des parents et surtout les différentes « équipes » qui animent le Collège, Conseil de préfecture, Conseils d'enseignement, équipes de coordination par matières - et je n'aurais garde d'oublier l'équipe des jésuites. Les élèves y découvrent que l'appartenance à une équipe n'est pas exclusive d'autres appartenances : une découverte importante pour le développement de leur liberté. Ils sont en outre très sensibles à l'exemple que donnent leurs éducateurs - et prompts à exploiter les divergences supposées ou réelles.

La culture de l'effort va donc cette nouvelle année s'épanouir dans le travail en équipe. J'évoquais comme fruit la citoyenneté. Ajoutons-y deux grandes valeurs : la solidarité et la fraternité, ou plus simplement, le plaisir de réussir ensemble, de se faire des amis pour la vie.

Bruno Sion, s.j.
Recteur

* Soulignons quand même une nuance entre travail de groupes et travail en équipes :  une équipe est plus stable dans sa composition qu'un groupe.

 

موضوع السنة 2009 ـ 2010
العمل الفريقي، من أجل نجاح أفضل


بعد تنشيط ثقافة الجهد، موضوع السنة الماضية، ننتقل، هذه السنة، إلى تنشيط ثقافة العمل الفريقيّ.
يُعتبَر هذا الهدف امتدادًا لموضوع السنة الماضية. فالجهد هو فريضة شخصية: على كل تلميذ ومعلّم أن يجهد، لذاته، بُغية التقدّم. إلاّ أنّ الجهد لا يجد فاعليّته الكبرى إلاّ في العمل الفريقي. معًا نمهّدُ جبلاً، معًا نبني كاتدرائيّة، معًا نبدّل مجتمعًا ونطوّره.
فالعمل الفريقي لا يشكّل الأهميّة اللافتتة في مجتمعنا. نحن مطبوعون على الفردية، إذ إننا نعتبر أن النجاح هو فرديّ. ففكرة تقاسم ثمار النجاح تنفّرنا. الأنانية، غواية الإنسان الدائمة، تقود إلى نسيج اجتماعي ممزّق، وإلى مزاحمات همجيّة. يكثر الحديث اليوم عن التربية على "المُواطَنة" التي ترمي إلى إعداد مواطني الغد لأن يكونوا مهيَّئين لقبول بعضهم البعض، في اختلافاتهم، وللمساهمة في تحقيق منجَزاتٍ كبرى. فالعمل الفريقي يُعتبر التنشئة الفضلى على المُواطنة.
ويسوع نفسه، إختار بعناية، وتأمّل ، وصلاة، فريقًا من اثنَي عشر تلميذًا. لقد نشّأهم، بصبرٍ، بالرغم من اختلافاتهم، وساعدهم على حلّ نزاعاتهم: "مَن أراد أن يكون الكبير فيكم، فليكن لكم خادمًا". لقد اختار واحدًا منهم ليكون القاعدة والمثال، ولِيثبّتهم. ولهذا الفريق سلّم كنيسته.
إننا، منذ زمن، نطبّق طريقة العمل الفريق في مدرستنا: لقد أضحى عُرفًا، وهو نشاط مألوف، في بعض المستويات (1). والوسيلة الوحيدة لتنشيطه في مدرستنا تكمن في تعميمه وإدخاله في صميم مسارنا المدرسي: في الصف. وإن لم يكن يُعمَل به بعدُ، فعلينا أن نخصّص وقتًا في ساعات الصف للعمل الفريقي، للاكتشاف والبحث والتأليف. وهذا يتطلّبُ، ولا شك، تعبًا وجهدًا. وإن أحدثَ العمل الفريقي بعض الضجّة وارتفاعًا، فعلى المربي إعادة الهدوء إلى الصف ليتسنّى للتلاميذ استيعاب الموادّ الأخرى. وسيكون لهذا النشاط، على المستوى المدرسيّ، ارتدادات جِدّ إيجابيّة؛ وبذلك يصبح عدد التلاميذ الذين في المؤخرة، والذين دون مستوى الصف، متدنّيًا.
وسيكون من المفيد أيضًا، تخصيص وقت في الحصة، من أجل التفكير في المنحى العملاني للعمل الفريقي: إدارتُه وتنظيمه وتوزيع مهامّه، وحل النزاعات التي قد تحصل. هذه هي مرحلة تصويب الرماية وتصحيح المسيرة التي تجعل العمل الفريقي أكثر نتاجًا وخصبًا.
نقوم بالعمل الفريقي، بكثير من الجِدِّيّة، ليس فقط في المكان والزمان اللذين نخصّصهما له، ولكن، حتى في عملية التقييم: نقبل أحيانًا، بأن نضع العلامة ذاتها للتلميذ، بدون النظر إلى نتيجة عمله؛ فلا يُؤخَذ إلاّ بنتيجة العمل الفريقي. وعمل كل تلميذ يُقيَّم في فريقه.
في مجال تنشيط العمل الفريقي يمكننا أن نرتكز على ميزاتٍ هامّة في مدرستنا.
الرياضة الجماعيّة تشكّل تعبيرًا رائعًا عن ضرورة العمل الفريقي وفوائده العملية. لعبة كرة القدم لا تكتفي بلاعب واحد. واللعب بين إثنين، ما يلبث أن يصبح ممِلاًّ. وفي الفريق تختلف الأدوار، كلٌّ بحسب مواهبه وكفاءاته. منهم من يصلح لأن يكون ظَهيرًا أو قبل خط الوسط، أو حارس مرمًى، أو... كلٌّ في مكانه. ولكن الفريق كلّه هو الذي يربح ـ أو يخسر. والفترات الحماسيّة التي تُعاشُ معًا، تبني صداقات العمر.
لكل من الحركات أصولها وفلسفتها؛ إلاّ أن كل شيء يعتمد على الحياة الفريقية ـ دورية الكشّافة. الولد عضو في فريق. وفي فريقه يتنشّأ ويشارك في الأنشطة، ويحقّق البطولات والانتصارات، ويبني صداقات العمر.
والمدرسة بالذات، تشكل خير نموذج كفريق تربوي تنبثق منه عدة فرق صغيرة: لجنة الأهل، وبخاصة مختلف "الفرق" التي تحرّك المدرسة وتنشّطها، كمجلس الإدارة ومجالس التعليم وفرَق منسّقي الموادّ، وأخشى أن أنسى فريق اليسوعيين. يكتشف التلاميذ أن الانتماء إلى فريق لا ينفي الانتماءات الأخرى: إكتشاف هامّ من أجل تنمية حريتهم وتطويرها. من جهة أخرى، التلاميذُ يتأثرون، عميقًا بمثل مربّيهم؛ فسرعان ما يستغلون الفوارق والتباينات المفترضة أو الحقيقيّة.
ثقافة الجهد ستتفتح إذن، هذه السنة، في العمل الفريقي. لقد ذكرتُ إحدى ثمراتها وهي المُواطَنة. ولْنُضِفْ أيضًا قيمتين هامّتين، وهما: التضامن والأخوّة؛ أو بطريقة أبسط، فرحَ النجاح معًا، ونسْجَ صداقاتِ العمر.

الرئيس

الأب برونو اليسوعي

(ترجمة أنطوان بربر)

1. ينبغي التمييز بين العمل الفريقي والعمل في فرقة؛ فالفرقة هي أكثر ثباتًا وديمومة في تكوينها من الفريق.

Thème de l'année 2010-2011

Goûter la joie de vivre au Collège

Après le travail en équipe, nous veillerons cette année 2010-2011 à goûter la joie de vivre au Collège. Le travail en équipe a été mis en œuvre selon le génie propre de chaque division, de chaque discipline. Nous ne l’abandonnerons pas – les thèmes d’année s’empilent, ils ne se remplacent pas – mais apporterons quelques aménagements : par exemple, la règle de permanence au long de l’année sera assouplie. Et nous serons plus attentifs à la joie du succès en équipe, comme les Espagnols du Mondial.

 

JOIE DE VIVRE

La joie de vivre est faite de bien des joies, petites et grandes; tentons un inventaire, en sept catégories :

  • la joie d’exister : la joie simple et profonde de respirer, de marcher, de courir, de manger, de regarder, de parler, de chanter, de calculer, de raisonner ; la joie de grandir ; la joie des sens : regarder, écouter, humer et savourer, palper ; la joie de contempler la nature, dans un silence émerveillé ;
  • la joie d’avoir, de posséder : une perle, sa première voiture, sa maison, la terre de ses ancêtres, son pays, son cartable, sa trousse et ses crayons ;
  • la joie du faire : la joie de « la belle ouvrage », le travail bien fait, en prenant son temps ; la joie de s’appliquer à un coloriage, de réciter par cœur une poésie ; la joie de bien écrire, de souligner, d’encadrer ; la joie de la netteté, de la propreté, de l’ordre et de la discipline ; la joie de la performance, du record, la joie de se dépasser, la joie de la victoire ; la joie de la réussite, de la moisson, de la récolte et des vendanges ; la joie de la science : apprendre et découvrir, s’exprimer, explorer le vaste monde et son histoire ; la joie de bâtir et de planter, de transformer le monde par l’agriculture, l’élevage, l’industrie, la technologie ;
  • la joie et la satisfaction du devoir accompli : la leçon apprise, le devoir rendu à l’heure, l’engagement respecté ; la joie aussi de voir ses efforts reconnus, du bon point, de la récompense ;
  • la joie de l’autonomie, de la solitude, de l’indépendance, de la liberté ; la joie de l’engagement, de la promesse ; la joie des vœux, des noces ;
  • la joie d’être ensemble : la famille et les amis, la classe, les filles et les garçons, les équipes et les délégués, la solidarité, la fraternité ; la joie du partage, de donner et de recevoir ; la joie du repas ; la joie de l’amour conjugal ; la joie de la justice ; la joie du service et du travail pour les autres ; la joie d’être utile ; la joie parfois austère du dévouement, du sacrifice ;
  • la joie des enfants de Dieu : la joie d’être dans la main du Père, la joie de suivre le Christ, la joie de la vie dans l’Esprit, la joie de la communion des saints et le bonheur éternel.

Ces joies sont inscrites en nous par la création. Le Dieu de bonté nous a créés bons dans un monde bon et il nous l’a confié. L’exercice droit de nos facultés produit le beau, le bon et suscite la joie. Cependant nous ne sommes pas tous et toujours joyeux, ni même heureux. Un ennemi a semé de l’ivraie dans le bon champ. Par le péché, la mort et le malheur sont entrés dans le monde. À chacune des joies on peut associer son antisymétrique, à chaque médaille son revers, à chaque béatitude sa malédiction. Certaines joies sont frelatées et conduisent au malheur. Ce monde bon est aussi une vallée de larmes. La condition humaine est devenue tragique.

Il a fallu la rédemption. Le Dieu de bonté nous a donné son Fils, qui par sa mort nous a libérés du péché et de la mort, ouvrant le champ à d’autres joies : la joie de se découvrir pardonné, sauvé ; les joies des Béatitudes : heureux les pauvres, heureux ceux qui pleurent, heureux les persécutés pour la justice.

JOIE DE VIVRE AU COLLEGE

Accompagnant la croissance des enfants, un collège est un lieu privilégié où peuvent naître et s’éprouver les joies naturelles de la création, comme on l’aura repéré au passage. Notre première tâche d’éducateurs est de les signaler aux élèves, pour qu’ils puissent mieux les goûter. En mathématiques, par exemple, remarquer la satisfaction du calcul exact ou de la mise en forme rigoureuse d’un raisonnement, souligner l’élégance d’une solution, éveiller à la réflexion sur la cohérence des sciences.

Nous ne pouvons faire abstraction de l’ivraie dans le champ. Si nous avons choisi ce thème, c’est aussi parce que nous avons noté des défaillances dans le vivre ensemble : l’apparition de cliques, le manque de respect des personnes et des biens, les conduites à risque. Le Collège met à jour son projet d’établissement ; le comité de pilotage du projet a tracé plusieurs lignes d’action que nous allons adopter et mettre en œuvre pour que progresse la vie collective.

Les mesures ne sont pas encore définies, mais le cadre est tracé. Il y aura des mesures de discipline pour les rangs, la propreté, le silence dans les couloirs ; et des mesures d’accompagnement pour ouvrir les bandes, éloigner la violence, encourager l’acceptation de l’autre.

 

JOIE DE VIVRE A LA MAISON

Ce que nous pourrons faire sera coup d’épée dans l’eau sans l’appui des parents. Le devoir d’éducation commence à la maison. Les défis du vivre ensemble au Collège reflètent les carences du savoir-vivre en société. C’est pourquoi nous associerons le Comité des parents à la définition des mesures et à leur mise en œuvre.

La joie de vivre est d’abord un don ; elle aussi le fruit d’un effort. Allons-y.

Bruno Sion, s.j.

Recteur

Thème de l'année 2011-2012

2011-2012

Vivre au sérieux

En conseil de classe, l’appréciation « élève sérieux » dispose à toutes les indulgences. Quelle est donc cette qualité dont on ne parle plus guère après l’école, et comment la cultiver ? Commençons notre enquête par la recherche de ce qui n’est pas sérieux, à l’école de Jean de La Fontaine nous peignant d’abord le lièvre ou la cigale pour mieux mettre en valeur la tortue et la fourmi.

Ce qui n’est pas sérieux
L’élève sans sérieux s’amuse, perd son temps, et celui des amis. Il copie ses travaux écrits de l’Internet, ou bien d’un camarade. Il passe son temps à l’ordinateur et révise seulement au moment des examens. Il pense bien à son avenir, mais les sollicitations du présent étouffent sa bonne volonté.
En société, notre « il n’est pas sérieux » classe l’entrepreneur, le plombier ou le garagiste quand nous découvrons une malfaçon dans son travail, fait à la va-vite.
En équipe, l’élève qui n’est pas sérieux est un poids mort: on ne peut compter sur lui car il promet, mais ne tient pas.

Ce qui est sérieux
Nous n’avons qu’une vie, sans retour au passé – mais avec un joker, le pardon des péchés. Nos actions ont valeur d’éternité : une fois posées, nous ne pouvons y toucher, le temps est irréversible. Et nous serons jugés sur nos actions. Au soir de notre vie, au jour du jugement, serons-nous fiers encore de nos actions présentes ?

Être sérieux, c’est vivre au présent, bien faire ce que je fais. En classe je suis attentif, tout entier dans ce que le professeur m’aide à découvrir et à maîtriser ; je soigne mon écriture, je souligne à la règle : mes cahiers deviennent des références, que les autres m’empruntent pour les photocopier après une absence. Le soir à la maison, je peux alors boucler mes révisions en quelques minutes et j’ai du temps pour lire, chaque soir dans une langue.

Être sérieux, c’est aussi une attitude dans la vie. Réfléchir : « est-ce bien vrai ce que je dis là ? », « est-ce juste d’agir ainsi ? », « où me mènera cette action ? », «quels sont les enjeux de la situation ? ». Respecter ce que j’ai promis. Aller jusqu’au bout, finir. Le professeur sérieux annote avec autant de soin la dernière copie que la première.

Sérieux rime avec joyeux
Le sot lie le sérieux au triste, à l’ennuyeux. Le vrai sérieux vit dans la paix, dans la joie profonde, la joie d’une conscience claire. Audacieux, il prend des risques calculés, il entreprend, et le soin, la persévérance qu’il y met garantissent la réussite. Avec les autres, avec Dieu, sa devise est : fidélité, confiance.

En mars parmi nous, le P. Adolfo Nicolás nous invitait à vivre en profondeur. Jésus nous invite avec Pierre à «avancer en eau profonde ». Plongeons dans le sérieux, et nous serons heureux.

Bruno Sion, sj
recteur

Thème de l’année 2013-2014

Thème de l’année 2013-2014

Heureux les artisans de paix

Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu !
Mt 5,9

 

Tous les trois ans, le Collège met à jour son projet d’établissement, en choisissant quelques axes d’effort particulier. Pour la période 2013-2016, les axes retenus sont les suivants :

  • prendre soin de l’environnement et de l’hygiène ;
  • combattre pour la sécurité, contre le harcèlement ;
  • développer les capacités d’expression dans les différentes langues ;
  • promouvoir l’accompagnement pédagogique.


Nous nous efforcerons de progresser en même temps selon les quatre axes. Cependant, nous donnerons une certaine priorité au deuxième, qui touche à la vie collective : dans l’enquête initiale, les professeurs citaient la violence comme notre principal défi. Et nous donnerons à notre combat une visée positive, en adoptant pour étendard la septième béatitude, celle des pacifici, les artisans de paix.

La violence en effet envahit la société, et le Collège n’en est pas indemne. Évoquons seulement la violence politique et les accrocs sécuritaires, la violence domestique : les abus, les femmes battues – et la circulation routière. Au Collège, nous déplorons plusieurs formes de violence :

  • les bagarres en récréation, jeux de mains, bandes et cliques se liguant contre une victime ;
  • la e-violence sur FaceBook ou WhatsApp, diffusion de photos, commentaires désobligeants, calomnies, menaces ;
  • les insultes, les mots vulgaires, les grossièretés, le vocabulaire de charretiers.


Face à cette violence, les artisans de paix ne baissent pas les bras. Au combat, il y a les chefs : préfets, professeurs, et les fantassins qui portent le poids des mêlées quotidiennes, les accompagnateurs pédagogiques. Nous nous efforçons d’impliquer aussi les élèves, par des interventions en classe, par la motivation des délégués, par la réflexion en catéchèse. Ce sera l’objet des fiches d’action du projet d’établissement. Le programme national ProtectEd auquel adhère le Collège nous soutiendra. Et nous envisageons une formation à la médiation.

La récompense promise aux artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu. Rien que cela. C’est dire combien la question est vitale. À la sortie du paradis terrestre, le premier péché est la violence de Caïn envers son frère Abel, par jalousie. La vue de la méchanceté de l’homme inspire à Dieu le désir d’effacer le monde par le Déluge. Dans sa miséricorde, il épargne Noé et les siens, et il envoie son propre Fils qui se fait victime de la violence jusqu’à la mort pour nous libérer de la violence et de la mort, pour faire de nous des fils adoptifs.

Alors n’hésitons pas à faire de nous-mêmes des artisans de paix. C’est un dur combat, à l’encontre des pratiques du monde. Mais la récompense est grande.

Bruno Sion, sj
Recteur

Thème de l’année 2014-2015

Thème de l’année 2014-2015

Respecter le respectable

En cette année 2014-2015, nous chercherons à respecter tout être qui mérite le respect : ainsi la nature, le collège, le pays, soi-même, les autres, jusque Dieu.

Respecter la nature. L’écologie, le développement durable ne sont plus seulement des lubies de doux savants, mais une nécessité. L’épuisement des ressources naturelles, le réchauffement climatique, la pollution des nappes sont des réalités dont les effets nous atteignent déjà. Le Collège a la chance d’abriter une forêt de 10 hectares. Défendons-la en lui rendant son état de nature, mais aussi en renforçant sa protection contre le feu.

Respecter le Collège. Respect matériel d’abord : éviter les graffitis sur les tables de classe et les murs des couloirs ; user des toilettes en enfant civilisé ; mettre les déchets dans les poubelles, etc. Mais aussi respect moral : connaître et appliquer son Règlement, éviter d’en médire, marquer sa fierté d’y vivre et d’y étudier.

Respecter le pays. Ses montagnes et ses plages, ses sources ; sa cuisine et sa musique ; sa langue. Et aussi son drapeau, son hymne national. Mais encore sa diversité, son régime politique, ses institutions, ses représentants. Tout n’y est pas également respectable, mais mettons en valeur ce qui peut l’être.

Se respecter soi-même. Respecter son corps, son rythme de sommeil, son hygiène ; se nourrir avec mesure. Se tenir debout, à sa place, pieds au sol, et se comporter avec dignité, avec noblesse. Il y a des choses que je ne fais pas : mentir, tricher, voler. « Le scout met son honneur à mériter confiance. »1 Retrouvons le sens de l’honneur.

Respecter les autres. Ici, la justice est en cause. « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. » 2 Les autres ont droit au respect. « Honore ton père et ta mère » 3 : leur parler de notre vie, même en gardant un jardin secret ; leur obéir. Respecter ses maîtres : les saluer ; ne pas troubler la classe : demander la parole avant de poser une question, ne pas se déplacer ; leur parler avec déférence.

Respecter le personnel de service, leur personne et leur travail.

Et respecter ses camarades : s’interdire de les frapper, mesurer ses propos, réfléchir avant de poster leur image.

Respecter Dieu. Nous sommes créés pour le louer (Que ton nom soit sanctifié), le révérer (Que ton Règne vienne), le servir (Que ta volonté soit faite). Lui donner de notre temps. Il est des invocations qui ressemblent à des convocations, pour gagner à la loterie, réussir des examens, échapper à la mort (N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même et nous avec toi) ; ou pour obtenir une réponse, sentir sa présence. Demandons avec instance, avec confiance, mais en nous prosternant.

Des choses sont moins respectables. L’argent doit être respecté, lorsqu’il représente de la sueur et de la peine ; mais pas la richesse. Les valeurs du monde. « Vanité des vanités, dit Qohélet, et tout est vanité ! » 4

1 Premier article de la loi scoute.
2 Premier article de la Déclaration universelle des droits de l’homme (ONU, 1948).
3 Quatrième commandement.
4 Ecclésiaste 1,2.

Bruno Sion, sj
Recteur

Thème de l’année 2015-2016

Thème de l’année 2015-2016

 

Vivre ensemble

Pourquoi insister sur le thème du « vivre ensemble » pendant une année scolaire ? Est-il possible de vivre autrement ? A-t-on un autre choix ? Certainement non. Pour les humains que nous sommes nous ne pouvons envisager notre vie qu’ensemble. En famille, à l’école, en société c’est toujours avec les autres que nous découvrons la vie et que nous la vivons avec ses joies et ses peines.

À l’école, élèves et éducateurs, mineurs et adultes vivent ensemble pendant plusieurs années et essaient de mener à bien leur tâche commune, la tâche d’éduquer et celle d’être éduqué. Il est vrai que le « vivre ensemble » au Collège Notre-Dame de Jamhour est une expérience fondatrice qui accompagnera les élèves pour le reste de leur vie. Il suffit de voir l’attachement des anciens à leur école pour réaliser à quel point cette vie est profondément transformatrice.

Cependant, le « vivre ensemble » ne saurait se réduire à cet aspect positif et valeureux. En vivant avec les autres, nous rencontrons beaucoup de difficultés et nous sommes confrontés à des contraintes qui, de prime abord, semblent aller à l’encontre de notre liberté personnelle. En fait, il n’y a pas de « vivre ensemble » sans un minimum de régulation qui demeure nécessaire à l’organisation de cette vie commune, à sa continuité, et à l’intérêt de tout un chacun. Le « vivre ensemble », qui revêt pour nous une valeur suprême, a un prix ; ce prix s’appelle la loi !
À l’école, nous appelons cette loi le « règlement intérieur ». Intérieur dans le sens de « propre » à notre établissement mais aussi dans le sens où cela doit faire partie de notre intériorité, des choses que chaque élève, chaque éducateur est censé intérioriser. Une loi qui demeure extérieure à celui qui l’applique est toujours vécue comme une contrainte, voire une injustice. En revanche, une loi raisonnablement et affectivement intériorisée devient la condition de possibilité d’une vie collective paisible, joyeuse, respectueuse et productive.

Cela dit, la loi et le règlement ne sauraient être un but en soi. Certes le règlement du Collège est le fruit d’une longue expérience. Pourtant il demeure second par rapport à son but ultime, le « vivre ensemble ». Ce règlement est censé

  • créer le cadre nécessaire à l’éducation et à l’enseignement,
  • promouvoir le respect entre les différents partenaires de la vie scolaire
  • assurer la sécurité physique et morale des mineurs comme des adultes
  • préserver la justice entre les élèves et les éducateurs,
  • encourager la solidarité et l’empathie de tous à l’égard de tous,
  • aider à vivre la joie d’être ensemble et le bonheur de trouver sa place parmi les autres
  • préserver à long terme les intérêts de tout le monde.

Voilà quelques conditions d’un « vivre ensemble » réussi !
Parlant de ses Amis, Jésus dit : « je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » (Jean 10 :10). Ouvrons-nous donc à cette parole de vie pour devenir les amis de Jésus et œuvrons ensemble pour faire de notre Collège un véritable espace de vie où la grâce du « vivre ensemble » portera des fruits pour le présent et pour l’avenir.

P. Charbel Batour, s.j.
Recteur
 

 

Thème de l’année 2016-2017

Thème de l’année 2016-2017

Parler pour vivre, ou vivre pour parler

L’année passée, nous avons pris le temps de comprendre les conditions d’un « vivre ensemble » sain dans notre communauté scolaire. Ce temps nous a permis de découvrir l’importance de la qualité de la communication, d’un dialogue sincère et d’une parole simple et claire entre nous. En cette année 2016-2017, nous allons mettre l’accent sur ces trois dimensions qui n’en font qu’une, à savoir la dimension de la Parole.

L’expérience de la Parole conditionne notre vie, avant même que nous ne venions au monde. Nos parents commencent à parler de nous, avant même que nous ne naissions : par la Parole des autres, nous retrouvons une place dans l’espace familial. À notre naissance, nous prenions possession de cet espace en prononçant une Première Parole, qui est un cri du fond de l’être, un désir de vivre qui, en ouvrant nos poumons et notre bouche, ouvre notre cœur à l’appel des autres. Le « vivre ensemble » trouve là son sens profond. Notre Première Parole, qui est à la fois une parole de souffrance et un désir de vivre avec les autres, résonne dans un espace où le désir des autres, nos parents, nous précède.

Transmise par le désir de nos parents sur nous, la Parole touche notre corps et le nomme, elle nous donne un nom, un prénom. Ce nom devient notre identité : sans ce nom, nous ne pouvons pas exister ! La Parole accompagne désormais tous les détails de notre vie. Avant que nous ayons l’aisance de son usage, les autres nomment pour nous tous les mouvements de notre corps et de notre cœur. La langue maternelle trouve là ses racines. Pourquoi cette langue est tellement facile à apprendre ?! Parce que c’est la langue de l’amour, de l’affection et des soins prodigués. Apprendre une langue et bien la parler ne peut se faire que dans un contexte d’amour ! Le contraire est aussi vrai : le refus d’une langue et de son contexte nous rend cette langue hermétique. L’apprentissage de la langue arabe classique au Collège en est une parfaite illustration.

Si pendant nos années scolaires nous continuons à développer notre langue maternelle, cela ne garantit pas pour autant une bonne communication avec les autres. Nous pouvons même apprendre plusieurs langues sans que nous ne parlions vraiment avec les autres. En effet, la Parole véritable s’avère parfois difficile, voire impossible. Il nous arrive quelquefois de parler pour ne rien dire ou, pire encore, pour mé-dire. La peur, le soupçon, la haine et la jalousie tuent la Parole en notre cœur, le lieu de l’éclosion de toute Parole véritable, en laissant place à une parole creuse, mensongère, méchante voire criminelle.

C’est pourquoi nous, éducateurs, parents et enfants, avons un rapport complexe à la Parole. Si à l’origine la Parole nous appelle à la Vie et nous la transmet, une parole peut facilement se retourner contre la Vie... Quand nous nous harcelons les uns les autres, quand nous médisons les uns des autres, quand nous nous envions les uns les autres, nous faisons résonner une parole qui s’est dévoyée, qui s’est trompée de chemin et qui est devenue dangereuse… une telle parole peut devenir une arme puissante capable de blesser gratuitement, de détruire et d’anéantir les autres. Quand elle perd sa source et sa fin - la Vie, une parole devient sadique, méchante, voire mortifère…

À l’école, comme dans toute communauté, une parole nous fait vivre comme elle peut nous tuer. Notre expérience, en classe, sur la cour de récréation, pendant les réunions ou ailleurs, ne fait qu’illustrer l’ambivalence de l’acte de parler. Dès le départ, la Parole est associée à la souffrance. Mais, il y a souffrance et souffrance… Née dans la souffrance, la Parole véritable peut faire souffrir pour construire. Être vraiment dans le dialogue et l’ouverture ne signifie pas simplement tenir des propos doux et complaisants… Notre « vivre ensemble » à l’école, marqué par le désir d’éduquer et de faire grandir, nous invite parfois à dire une parole aussi forte qu’un NON… Sans ce NON, qui pose des limites entre les personnes et qui délimite un champ de vie, le  « vivre ensemble » devient un chaos total. La souffrance causée par la Parole peut devenir pour nous une occasion de grandir, de mûrir et d’apprendre à respecter les autres. Dans nos relations à l’école, nous sommes tous appelés à bien discerner la qualité de la Parole qui traverse nos cœurs et nos lèvres pour être sûrs que, si elle peut faire souffrir, cette souffrance est pour la vie et non pour la mort…

Et « Dieu créa tout par sa Parole », nous disent les premières pages de la Bible ; Dieu donne la Vie par sa Parole. Il dota l’homme du pouvoir de re-création par la Parole :
Adam recréa toutes choses autour de lui en les nommant… De plus, Dieu propose de nous recréer par sa Parole de pardon et de miséricorde. Sa Parole libère en nous les sources de la Vie et réconcilie nos cœurs avec la Vie véritable. Ce pardon et cette miséricorde demeurent des outils puissants pour réouvrir les chemins de la communication entre nous. Jésus, la Parole de Dieu, nous donne l’exemple même de ce pardon en acte, qui délie les langues et redonne à la parole l’éclat de sa fraîcheur originelle. En cette année où nous cherchons à améliorer la qualité de la parole et du dialogue, demandons au Seigneur d’ouvrir l’oreille de notre cœur à sa Parole et le courage de l’incarner afin que la Vie continue à fleurir sur notre colline.

Charbel Batour, S.J.
Recteur

 

Thème de l’année 2017-2018

 

Thème de l’année 2017-2018

Le silence et l’écoute à l’origine du travail scolaire

Constituant un aspect important du vivre-ensemble, la communication a retenu notre attention au cours de l’année scolaire 2016-2017. Nous avons mis l’accent sur la parole comme le moyen privilégié de cette communication, non seulement dans le milieu scolaire mais dans la vie tout court. Nous avons découvert l’importance d’une parole franche entre nous et nous avons mis en valeur le dialogue entre les différents partenaires de l’école : éducateurs, élèves et parents d’élèves. Était-ce suffisant ? Certainement pas.

En fait, malgré tous les efforts déployés pour améliorer la qualité de la communication à l’école, nous avons bien conscience que ces efforts demandent du temps pour porter des fruits. La parole échangée entre nous s’inscrit toujours dans le temps et l’espace d’une relation humaine et seul le temps peut la faire fructifier. Pour toutes ces raisons, nous poursuivrons cette année nos efforts pour améliorer la qualité de la communication au sein de notre établissement en mettant l’accent sur un autre aspect de la communication, à savoir l’écoute et le silence.

Si la parole est le médium nécessaire à toute communication humaine véritable, cette parole ne se réduit guère à un ensemble de mots ou de gestes échangés entre les personnes. Elle est d’abord une prédisposition innée, une ouverture fondamentale, à l’écoute qui est le fondement réel de toute communication humaine. La parole est sonore mais elle est d’abord silence et écoute. L’écoute dans le silence est le berceau de notre humanité. Tout commence par l’écoute et c’est le silence qui donne sens et profondeur à tout mot dit ou geste échangé. Cette expérience fondamentale marque notre vie humaine dès sa racine.

Se développant autour du cinquième mois de la vie intra-utérine, l’ouïe est le sens le plus aiguisé chez le fœtus. Quand ce sens s’ouvre à la vie, le petit d’homme vit au rythme des battements du cœur de sa mère. Ce battement consiste en une alternance rythmée entre bruit et silence. C’est le silence qui donne le rythme et le sens au bruit. Sans ce silence, il n’y a pas de sens. Nos mots mêmes sont un ensemble de sonorités, marqué par des pauses, des silences, significatifs. Sans silence, les mots se réduisent à un bourdonnement continu dépourvu de toute signification utile. Chaque mot est constitué de syllabes séparées par des pauses - des silences. Chaque phrase est constituée par des mots séparés par des pauses - des silences. Chaque discours est un ensemble de phrases séparées par des pauses- des silences. Aussi la parole humaine est¬elle façonnée par le silence significatif et c’est dans ce silence que la communication humaine ne cesse de naître. Source silencieuse de toute communication, l’écoute du silence marque la distance physique et psychologique entre les êtres humains. Tout mot prononcé naît dans le silence, le mot naît du non-mot, du silence. Même quand on parle, on s’écoute pour parler, on écoute le silence d’où sourdent les mots. Aussi l’acte de s’écouter est-il concomitant à tout mot prononcé et à tout discours élaboré.

Qu’est-ce que cela a à faire avec notre vie scolaire et pourquoi revenir à l’origine de la vie pour parler de notre vivre-ensemble en 2017-2018 ? Comme dans la vie, à l’école tout tourne autour de la parole qui est en même temps mot et silence, mot et non-mot. La vie scolaire des éducateurs et des élèves est fondée sur cet exercice fondamental d’écoute et de parole. Nous baignons tous dans cet environnement de parole et d’écoute. Le professeur qui explique une notion mathématique ou qui déclame un poème. L’élève qui essaie de comprendre un professeur qui explique une nouvelle notion ou qui prend la parole en classe pour poser une question. Un parent qui écoute son enfant qui lui raconte ce qu’il a vécu en classe. Un professeur qui écoute une mère qui le rencontre pour parler des problèmes de son enfant en classe. Un préfet qui écoute un père qui vient lui demander une explication concernant tel ou tel problème à l’école… Nous sommes tous pris dans cette relation d’écoute et de parole et la qualité de notre vivre-ensemble demeure tributaire de cet acte humain fondamental.

Dans le silence, les mots peuvent être bien entendus comme ils peuvent être mal entendus, malentendus. Tout dépend de la qualité d’écoute et de notre capacité à dépasser certains jugements qui peuvent brouiller l’acte réel d’écoute. Certains, par exemple, se demandent à quoi servent les rangs à l’école, à quoi sert ce temps de calme que nous prenons avant d’entrer en classe pour inaugurer notre journée scolaire. Ils regardent cet exercice à partir du point de vue de l’autorité et considèrent que cette pratique dénote une tendance à maintenir une discipline militaire à l’école. Voilà un des malentendus entre nous! Le calme de quelques minutes qu’on instaure le matin à l’école vise à aider les élèves comme les éducateurs à revenir à ce silence intérieur qui est la source du savoir et de la motivation humaine. Un éducateur qui apprécie le calme est celui qui aura moins de mal à retrouver en lui-même la motivation profonde qui le pousse à exercer son métier… un élève qui apprend à se taire pourra découvrir le lieu de son repos qui lui permet de s’ouvrir à la vie scolaire et qui touche son désir d’apprendre, de découvrir et de vivre avec les autres.  Le silence n’est pas le silence des mots seulement mais le silence de tout le corps. Les rangs ne sont qu’une manière d’entrer dans le silence du corps, origine de tout savoir et de toute éducation.

Cette ambiance que nous essayons de vivre dans le cadre scolaire va sûrement à l’encontre de notre tendance culturelle à vivre dans le bruit continuel… les téléphones portables collés tout le temps à nos oreilles, les écouteurs qui bouchent souvent nos oreilles, la musique forte qui marque les lieux de notre vie en famille et avec les amis, les klaxons des embouteillages qui marquent la conduite dans notre pays, tout cela demeure loin de ce que nous essayons de vivre à l’école… Cependant rien ne peut se faire en profondeur sans silence ni écoute : toute production bien écrite, tout morceau de musique bien joué, tout but bien marqué, tout exercice de physique bien fait dépendent tous de l’écoute et du silence. Dans la vie scolaire, l’écoute du silence est le lieu de naissance de tout ce qui est nouveau, de tout ce qui est beau, de tout ce qui est performant, de tout ce qui est intelligent.

Ainsi prenons-nous toute une année scolaire pour nous exercer davantage à cet acte d’écoute dans lequel nous serons tous impliqués. Il ne faut pas oublier qu’à l’origine de l’éducation jésuite se trouve une éducation à l’écoute, un effort pour rentrer dans le silence de son cœur à travers les Exercices de Saint Ignace de Loyola. Ce qui apparaît peu mais qui fonde notre éducation, c’est une expérience de la prière fondée sur l’écoute de la parole de Dieu. Dieu parle d’abord en silence et son silence est éloquent, il touche les profondeurs de notre cœur humain. Cette expérience cachée à l’école est à l’origine de notre institution et de notre éducation. Puissions-nous retrouver cette origine cachée de notre vie pour que nous accomplissions tous la raison d’être de notre vivre-ensemble, l’éducation de nos enfants et de nos jeunes à la plénitude de la vie.

P. Charbel Batour, s.j.
Recteur