Page 153 - Nous-288
P. 153
Amicale
Journée Champêtre « Jamhourôlac »
Dimanche 29 octobre 2017, 11h (Domaine de Tanaïl)
’innovation des journées champêtres fut champêtre chemin. Le déjeuner a été servi au restaurant Al Khan
Lcette fois-ci par excellence et nous a conduits « hors al Makssoud d’arcenciel. Un repas typiquement libanais
les murs », à Tanaïl, plus précisément. À l’issue d’une avec mezzés, taboulé, grillades et même une hrissé
expédition en autocar qui nous a menés dans la plaine de bouillonnante, trônant dans une marmite géante pendue
la Békaa, nous sommes arrivés sous un soleil rayonnant à une crémaillère surplombant un feu de braise. L’arak,
et providentiel au domaine des pères jésuites. En effet, qui sied bien à ce genre de table, coulait à flot, et le repas
le carton d’invitation, affublé d’un bien joli dessin était animé par un chanteur talentueux qui a égrené les
représentant l’église de Jamhour les pieds baignant dans chansons populaires libanaises. Les rythmes de dabké ont
un lac, image bucolique illustrant le réveillé la fibre nationale et festive des invités, et bientôt,
thème Jamhourôlac, nous était une farandole joyeuse se formait dans les allées séparant
parvenu avec une mention les tables. Les enfants ont eu aussi leur lot d’animation
inquiétante : « se munir avec des piñatas et des jeux de zoom que le secrétaire
d’un parapluie ». Cette général de l’Amicale, M. Nagy el-Khoury, a eu le don de
phrase aurait découragé ressusciter pour l’occasion. Après le dessert de fruits, servi
plus d’un, mais « à cœur sur une charrette de quatre saisons et comprenant des
vaillant »… et les anciens loukoums écrasés entre deux biscuits Marie, faisant office
de Jamhour ne sont point de madeleines de Proust nationales, nous nous sommes
frileux et se sont regroupés retrouvés à l’Ecolodge pour la prière du soir. L’Ecolodge est
dare-dare dans la cour de une sorte de village surgi des temps anciens, construit
l’église de Notre-Dame de la Consolation, sous
l’œil bienveillant de l’icône médiévale turinoise
de la Sainte Vierge et de son fils. La procession
qui précédait la messe présentait en offrande les
produits du terroir libanais ainsi qu’une plaque
portant les noms des six pères jésuites, martyrs
exécutés pendant l’occupation ottomane. C’est
d’ailleurs en quelque sorte en dédommagement
à cet acte barbare que fut octroyé le domaine de
Tanaïl aux pères jésuites. Domaine qui, à l’époque,
abritait un couvent et un orphelinat et comprend
à présent l’école des métiers, un observatoire, un
domaine viticole, une ferme modèle, ainsi qu’un
lac artificiel conçu pour irriguer les plantations bio du entièrement en torchis et blanchi à la chaux à la manière
domaine. d’autrefois. Le confort y est rudimentaire mais s’accorde
Accueillis par des bénévoles d’arcenciel, nous avons avec la préservation de l’environnement. Ainsi, c’est sous
savouré un casse-croûte appétissant et bienvenu, suivi un mûrier revenu au goût du jour pour nourrir les vers
d’une visite de la ferme, de la pépinière et de la station de à soie que nous avons entonné avec le père Dalmais le
tri des déchets. Encouragés aussi par le temps qui était au chant mélodieux et chargé d’émotion dédié à la Vierge
beau fixe, nous avons entrepris la promenade en direction Marie : « L’Ombre s’étend sur la terre ». M. Nagy el-Khoury
du lac. À notre surprise, celui-ci avait bien rétréci en raison nous a ainsi rappelé, brièvement et avec nostalgie, la
de la sécheresse qui sévit depuis l’été. Preuve éclatante du tradition selon laquelle était donné « l’envoi » en fin de
dérèglement climatique ! Nous avons pu ainsi parcourir semaine des élèves des Jésuites sur la cour de la Vierge
à sec une grande partie du lit argileux et écaillé du lac en chantant ce cantique, dans les rangs, face à la tribune
avant d’arriver au seuil de la petite maisonnette abritant du préfet de discipline.
les oies et canards. Ces bestioles, quoique bien « élevées », C’est ainsi que, sur ces airs qui nous ont rappelé les temps
nous ont démontré leur tempérament revêche en d’autrefois, nous nous sommes séparés, à regret il est
détalant à notre vue et poussant de hauts cris rauques vrai, mais toutefois heureux d’avoir participé au succès
et effarouchés, ameutant les gardes qui vinrent illico de cette journée mémorable.
se ranger dans leur camp en nous priant de rebrousser Bernard Tabib
Promo 1986
Nous du Collège - N 288 - Mars 2018 153
o

