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Nous du Collège - N 292 - Février 2020 Tribune 81
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3arabé-franco-englizeh
i l’anglais suffit aux Américains, le Libanais, Na3iman ! Pourquoi donc a-t-on besoin de formuler
Slui, ne se contente pas des trois langues un vœu à celui qui sort de la douche ou qui rentre
apprises à l’école, il en invente une quatrième, de chez le coiffeur ?
généreux mélange des autres, malaxée au gré D’autres termes écornés sont presque devenus
des générations, remixée à loisir par des locuteurs scientifiques : Mpannak, mdaprass… s’imposent
made in Lebanon. comme une transformation d’une pathologie en
verbes d’état. Je tiens à citer le mbawmar (terme
Certains puristes crieront au scandale, d’autres cher à notre collègue AB) qui trouve sa racine dans
s’offusqueront de cette pratique que l’on a beau le point-mort d’un levier de vitesse manuelle, et qui
croire réservée à une classe sociale modeste, le aussi indique un état d’arrêt, d’hébétude…
3arabé-franco-englizeh n’en devenant que plus
saillant dans la bouche d’une élite éduquée et
raffinée.
Eh oui ! Le Libanais parle avec ses mains, usant de
gestes parfois exagérés, mais il manie avec brio
une langue bien de chez nous !
Les expressions ne sont-elles pas une marque
sociale, l’empreinte d’un vécu commun et de
traditions transmises et mises à l’épreuve dans un
Orient ancré dans son passé et tourné en même
temps vers le monde ?
Voici quelques-unes des tendres expressions que
nous sommes probablement les seuls à utiliser et à
comprendre :
D’autres expressions se passent de tout commentaire :
Bonjour, el madame Madamtak ? - viens un peu = viens ici
Yiii, il a des ennuis ? Haraaaam ! - viens un peu, maman = viens ici, mon fils/ma fille
C’est pas vrai ! Ya allah ! - viens chez moi, maman = approche-toi, mon fils/
Tayyib, ok, ça va… ma fille
Ton fils est brave à l’école, ma heik ? - tirer le siphon = tirer la chasse d’eau
Une mère à son enfant : « Viens chez moi que je te hug ». - écouter la parole = obéir
Ma fille fait du ballet un jour oui un jour non ! - toucher son salaire = recevoir
On monte de classe et on descend à Beyrouth. - porter ses habits = s’habiller
À votre « bonjour » on répond : Bonjourein, Ahla ! - faire de la danse = suivre des cours de danse
Bonsoirkoun. - il est classe = il a de la classe
Bonsoir tous les soirs ! - le petit nom = le prénom
- taper à la porte = frapper à la porte
- taper un texte = saisir un texte
Certains termes, que nous utilisons avec tant de - on a demandé de toi = de tes nouvelles
naturel, n’ont pas d’équivalent dans les langues - autostrade = autoroute
étrangères que nous connaissons : - douceurs = pâtisseries, confiseries
Au lieu de « Bon appétit », nous disons : Sahtein
= 2 santés (en considérant que l’alimentation est
forcément un indicateur de santé, une seule santé >>>
ne suffisant pas !).

