Hommage - Au Collège N-D de Jamhour, à l’initiative des anciens du collège
Les multiples facettes de Charles Corm, poète, homme d’affaires et rassembleur

 

Quarante-trois ans. Il aura fallu 43 ans après sa mort, évidemment, pour qu’un hommage soit rendu à Charles Corm, ce grand Libanais, grand poète, grand humaniste et grand pionnier dans plus d’un domaine de la vie active du pays. Un hommage privé, bien sûr, organisé par le Centre sportif, culturel et social de N-D de Jambour, son collège, en collaboration avec l’amicale des anciens. Le dicton ne ment jamais, celui-là surtout: «Nul n’est prophète en son pays.»
C’est en présence de ses enfants, de ses petits-enfants, de beaucoup d’anciens et d’amis venus participer à cette manifestation du souvenir que les anciens ont évoqué la personnalité, le professionnalisme, le talent fou de cet autre ancien, ce poète à l’œuvre d’une brûlante actualité.
Joumana Hobeika, vice présidente du comité directeur du centre, a présenté Charles Corm, ce fils du grand peintre Daoud Corm, qui, à 25 ans, fonde et dirige la Revue phénicienne, tribune politico-culturelle de la scène libanaise de l’époque… Commerçant de profession, ce grand mécène crée le premier pavillon libanais à l’Exposition universelle de New York…
C’est le père Sélim Daccache, le maître de céans, qui devait prononcer un mot de bienvenue considérant que « lire Corm, c’est méditer sur une œuvre qui nous révèle un enseignement sur Dieu… sur la Bible… l’enfance… l’adolescence… le Liban…» . Le père Daccache devait conclure son intervention en annonçant la création du prix Charles Corm pour la meilleure œuvre littéraire.

L’homme et le poète
En fervent ancien du collège, en mécène convaincu, Michel Eddé a été le premier à témoigner pour parler du parcours brillant de l’élève Corm, mais aussi de l’homme et du poète, mettant l’accent sur son humanisme, son détachement des biens de ce monde, sa soif de l’absolu, sa quête de la vie éternelle, fidèle en tout à l’enseignement de saint Ignace. L’ancien ministre était ému (jusqu’aux larmes par moments) et émouvant dans la lecture des textes et des vers tirés de l’œuvre du poète pour illustrer ses propos.
En homme de lettres, Chérif Majdalani a, lui, parlé de Charles Corm le poète. Un poète, penseur, fondateur des dogmes idéologiques de la République libanaise qui, à travers la Revue phénicienne qu’il a créée et La montagne inspirée, une de ses œuvres principales, a inventé deux grandes notions: l’identité supraconfessionnelle du Liban et la redécouverte du patrimoine libanais. Majdalani a également évoqué la construction de l’imaginaire chez Charles Corm, l’encyclopédie poétique qu’il a fabriquée et son chant mystique sur la beauté du monde. «Dans son œuvre globale, Corm enchâsse le Liban dans cet ensemble immense et fait de lui le cœur de ce corps poétique qui est la création... Il met le Liban et le monde sur un même plan, faisant du Liban un microcosme qui porte en germe le monde», a dit Majdalani qui a affirmé que « le poète est le maître du sonnet… qu’il s’amusait beaucoup à la rime. L’humour de la poésie de Corm est un remerciement adressé au Créateur. Sa poésie a des audaces, joyeuse, elle fait même penser au “zajal”». «Je dirai, devait conclure Majdalani, que c’est un poète arabe écrivant en français.»

Le pionnier dans les affaires
et la politique
A son tour, Samir Abillamah a évoqué Charles Corm l’homme d’affaires qu’il a connu à travers le témoignage de son père, qui a été l’un des directeurs des entreprises Corm. On apprend par exemple que ce poète a été un homme d’affaires pionnier dans plus d’un domaine au Liban: l’importation de voitures de luxe (Ford), la création de chaînes de véhicules et de tracteurs dans toute la région du Moyen-Orient, ainsi que de salles d’exposition, de magasins de pièces de rechanges, d’un réseau de concessionnaires. Il a été ainsi promoteur de la première publicité pour voitures dans un quotidien, de la première étude de marché, de la première calculatrice, etc. Avec les 1000 ouvriers et employés que comptaient les établissements Corm, il fonde le syndicat des importateurs de voitures. Et, ce détenteur de plusieurs distinctions internationales, a décidé de mettre fin à sa vie active à l’âge de 40 ans, cédant ses entreprises aux personnes qui l’entourent.
En bon journaliste, Camille Ménassa, lui, a abordé l’actualité brûlante de Charles Corm, l’homme politique rassembleur et l’écrivain, en commençant par dire «qu’il aurait été triste de constater que les questions qu’il se posait il y a un peu moins d’un siècle, quant à l’indépendance, l’intégrité territoriale et les frontières du Liban ainsi que celles relatives à l’entente entre ses fils et à la loyauté de certains de ses dirigeants, se posent aujourd’hui encore et dans les mêmes termes. Seuls les acteurs ont changé. Il aurait été réconforté par contre de savoir que la lutte continue… déçu de constater que même l’indépendance du pays ne fait encore pas l’unanimité des Libanais.» Ménassa a développé ces propos abordant ces éternelles et complexes relations libano-syriennes évoquées déjà, à l’époque, par Corm.
Hareth Boustany a dit avoir beaucoup entendu parler de Charles Corm et lu son œuvre grâce à son père, Fouad Ephrem Boustany, ce grand érudit, auteur d’une encyclopédie, entre autres, et ami du poète.

L’œuvre complète
Le mot de la famille et de la fin a été prononcé par le petit-fils du poète, Charles David Corm, qui n’a pas connu son grand-père dit-il, mais a «retenu de lui le sens du juste, du nationalisme et du dévouement». «Il aurait été embarrassé par cet hommage», a encore dit Charles David Corm, qui devait remercier les intervenants, un à un, et annoncer la publication de l’édition de l’œuvre complète de Charles Corm en 10 volumes (présentée déjà dans cette même page par Edgar Davidian) grâce, une fois de plus, à l’insistance de Ghassan Tuéni, cet amoureux du livre et du patrimoine culturel. Une entreprise qui a nécessité 10 ans de travail à l’avocat Michel Loutfi, décédé depuis. Charles Corm a également remercié l’avocat Jamil Jabre qui a écrit la biographie de son grand-père. Il est à noter que les recettes de la vente de l’œuvre complète de Charles Corm vont au profit de la caisse de solidarité du collège.
Tous ces témoignages ont été ponctués par une lecture de poèmes choisis et récités par Charles Hervé Faucon, un ami de la famille.
Une exposition a été organisée pour l’occasion montrant des manuscrits, des ouvrages, des portraits, des affiches, des photographies de la famille comme des scènes de la vie quotidienne de l’époque.
Quatre générations de Corm: Daoud le peintre, Charles le poète et, maintenant, David le fils et Charles le petit-fils, tous anciens des pères jésuites. Tout comme l’autre célèbre fils de Daoud Corm, le peintre Georges Corm, son fils Georges, écrivain, économiste et ancien ministre.

M. C.