Mot de Nagy Khoury à l'occasion de la Fête de l'Enseignant
Le 8 mars 2004
25 ans à Jamhour !
Dieu, que le temps passe vite …
Seigneur, que la vie est courte …
Je ne sais vraiment pas comment je pourrais caser en une seule vie tout ce que j’ai envie de réaliser !
Je me demande si je n’ai pas intérêt à me convertir, avant qu’il ne soit trop tard, à la religion druze ou à l’hindouisme !
Mais, Dieu que Christ est grand !
Et je voudrais, chers Pères, chères Sœurs, chers collègues et néanmoins amis, lui rendre hommage ce soir.
C’était il y a 25 ans, en septembre 79. J'avais alors 25 ans (pour l'âge, faites vos calculs!). J’accompagnais ma sœur au Collège pour ses formalités d’inscription en Philo. Et je ne sais pas ce qui m’a pris, au lieu de l’attendre sagement en voiture, de vouloir à tout prix saluer le père Dalmais, préfet général à l’époque.
J’étais loin de penser qu’à cette minute où je descendais de voiture, ma vie allait basculer.
Mon père, tout heureux que son fils aîné ait obtenu sa maîtrise en Droit, rêvait de le voir embrasser la carrière d’avocat et de diplomate.
S’il savait qu’en mettant pied à terre dans une démarche de courtoisie et d’amitié, le père Dalmais allait le convaincre de donner à Jamhour, à titre tout à fait provisoire, quelques heures de français, et que Jacques Triolet, préfet de discipline, allait lui confier la responsabilité de l'animation en Première… S’il le savait, il aurait envoyé ma sœur en taxi !
Mais c’était, promis, juré, à titre provisoire ! Juste pour dépanner le Collège à quelques jours de la rentrée scolaire ! Et aussi pour passer le temps en attendant de trouver un bon cabinet d’avocat ouvert et opérationnel (souvenez-vous, en 79, tous les cabinets étaient grands ouverts, non pas grâce à une abondante clientèle, mais … grâce aux obus !).
Et c’était le début de l’aventure …
Une aventure au quotidien qui a vécu, jusque-là, à titre tout à fait provisoire, 25 ans ! Sans qu’un seul jour ne ressemble à un autre.
Ne vous inquiétez pas … Je vous épargnerai le récit de l’aventure, plusieurs d’entre vous en connaissent certainement de nombreux chapitres.
Je vous dirai seulement que je ne regrette pas un seul instant de m’être embarqué dans cette galère. Parce que, croyez-moi, Jamhour n’est pas une sinécure pour qui veut s’y engager pleinement !
Même si cela n’a pas toujours été facile, même si j’ai eu à bouleverser quelquefois un train-train commode pour certains, même si j’ai dû aller par moments à contre-courant, j'ai essayé, en toute âme et conscience, d'exercer au mieux mon rôle d’éducateur… avec Amour. Et Dieu, que ce métier est beau !
Mon poste d’animateur socioculturel que j’ai eu à inventer de toutes pièces avec le Père Clément (et que beaucoup d’établissements scolaires nous ont jalousé), mes 20 ans à la tête du CAS et du Nous du Collège, mes 12 années dans l’Orientation professionnelle en Première, mes 7 ans d’enseignement du Français et de l’Histoire-Géo (je me suis même fourvoyé dans une année de Catéchèse), mes 14 ans au Comité du CAEJ, mes 18 ans au sein de l’Amicale des Anciens, les dizaines et centaines de fêtes, cérémonies, conférences, sorties, voyages et autres événements dont j’ai eu à m’occuper, ont été pour moi autant de joies qui m’ont permis de me réaliser.
Mon grand bonheur a surtout été mon rapport privilégié avec les élèves. Quelle joie de les aider à rêver, à s'accomplir, à militer pour les bonnes causes, à forger leur personnalité !
Quelle joie aussi de les retrouver, dans le cadre de l'Amicale, pour poursuivre, en amis, la route ensemble.
Mon engagement à Jamhour, voyez-vous, a toujours été un engagement Politique (avec un grand P, j’entends). En effet, comment mieux servir son pays qu’en contribuant à former sa jeunesse ?
Tout au long de ce parcours,
… comment ne pas rendre grâce à Dieu qui a toujours été à mes côtés,
… comment ne pas rendre hommage à ma famille, et particulièrement à ma mère, qui a supporté mes absences, mes angoisses et mes surmenages,
… comment pourrais-je oublier le mérite du grand homme qu’a été pour ce Collège le père Robert Clément, mon père spirituel qui m’a surtout appris à mieux aimer et servir,
… comment ne pas être fier d’avoir collaboré au quotidien avec des hommes tels que le Président Charles Hélou et le Ministre Michel Eddé,
… comment ne pas apprécier la grande confiance que m’ont accordée les recteurs de ce Collège,
… comment ne pas souligner la qualité de ma collaboration, qui a souvent frôlé la complicité, avec le père Salim Daccache qui a cru en mon action au sein du Collège et de l’Amicale et qui l’a soutenue,
… et comment, enfin, ignorer l’immense plaisir que j’ai eu à collaborer avec plusieurs éducateurs, religieux ou laïcs, de ce merveilleux Collège qui s’inscrit dans la pure tradition jésuite et qui continue à donner à ce pays, envers et contre tout, "des hommes et des femmes pour les autres" ?!
Pour hier, mais aussi pour demain, je rends grâce à Dieu.
Merci.
Nagy Khoury