Page 118 - Nous 299
P. 118

Nous du Collège - N  299 - Juillet 2023
                                    o
   118            Anciens















          de  démocratie,  c’est  notre  volonté,  la  volonté   désobéir. À nuancer quand même qu’il faut avoir
          générale à laquelle on est soumis. En effet, dans     des circonstances et des lois réellement injustes
          la démocratie, l’Homme est soumis à sa propre         pour  justifier  la  désobéissance  et  non  seulement
          volonté puisque ce dernier doit suivre aujourd’hui    une volonté personnelle de non-conformité à la loi.
          les lois qu’il a instaurées hier, des lois qui dans le   En effet, c’est du devoir du citoyen de garder un
          contexte présent, peuvent s’avérer injustes. Dans ce   équilibre. Un État très fort serait une tyrannie, mais
          cas, la désobéissance ne semble plus si péjorative    dans un État très faible, nous périssons. Par ailleurs,
          qu’elle ne l’était. En abordant ce point de vue, elle   une  des  finalités  ultimes  de  l’État  est  le  bonheur,
          commence à se justifier, à paraitre dans l’intérêt de   le bon augure. Pour atteindre cette finalité morale
          la justice, à paraitre comme un droit. D’autre part,   tant recherchée, la liberté est une des conditions
          Marx dénonce aussi la propriété privée, qui forme     comme dit par Aristote « ce n’est pas en vue de
          une partie essentielle de la loi et du droit. Pour lui,   vivre, mais en vue d’une vie heureuse que l’Homme
          l’idée du « ceci est à moi à l’exclusion de tous les   intègre une société ». Ainsi, le bonheur, et la liberté
          autres » est absurde. Et dans ce cas aussi, on peut   par extension, sont des concepts que l’Homme
          penser à la désobéissance comme un droit, ou non-     doit garder dans l’État. Et en vue du bonheur et
          respect des lois ou de la propriété privée dans le    de la liberté, la justice est la condition impérative.
          but ultime de la justice. De surcroit, comme abordé   La  justice  délimite  les  libertés  et  donc  maintient
          par Machiavel, la fin justifie les moyens. Si la fin est   un équilibre qui mène au bonheur. Et puisqu’il est
          la justice, les moyens qui pourraient tourner autour   du  devoir  de  l’Homme  de  garder  et  soutenir  son
          de la désobéissance sont justifiés et peuvent même    bonheur, c’est aussi de son devoir de maintenir la
          être considérés comme un droit.                       justice, même s’il doit désobéir pour le faire, faisant
                 La désobéissance peut ainsi être vue comme     ainsi de la désobéissance un devoir.
          un  droit,  un  moyen  qui  mène  à  une  fin  ultime,  la
          justice. Lorsque les lois sont miroirs d’une injustice,      En conclusion, le concept ultime qui est en
          la désobéissance pourrait être justifiée. Mais face à   jeu est la justice. Dans une société, la désobéissance
          une injustice, la désobéissance peut avoir un rôle    peut causer le chaos et il faut donc obéir aux lois
          plus puissant, plus impératif qu’un droit.            et les suivre. Mais du moment où ces lois ou leur
                 La désobéissance peut  être considérée         application devient injuste, la désobéissance est
          comme  un  devoir. Selon  Alain,  l’Homme  est        un droit, voire même un devoir, pour maintenir la
          responsable de deux choses : suivre les lois et être   justice  et  même,  pour  aller plus  loin,  le bonheur.
          responsable face à une injustice de ces lois. Pour lui,   Mais,  même  si  la  désobéissance  est  justifiée,  ne
          si un État est despotique, si la tyrannie règne, ce n’est   compromet-elle pas la sécurité des citoyens dans
          pas la faute de l’État même, mais celle du citoyen.   un État ? Cette sécurité n’est-elle pas impérative,
          Le citoyen est responsable de garder et entretenir    voire même une condition de l’État ?
          la justice et, en cas contraire, de se révolter contre
          l’injustice. Et c’est donc du devoir de l’individu de
   113   114   115   116   117   118   119   120   121   122   123