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Nous du Collège - N 299 - Juillet 2023
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de démocratie, c’est notre volonté, la volonté désobéir. À nuancer quand même qu’il faut avoir
générale à laquelle on est soumis. En effet, dans des circonstances et des lois réellement injustes
la démocratie, l’Homme est soumis à sa propre pour justifier la désobéissance et non seulement
volonté puisque ce dernier doit suivre aujourd’hui une volonté personnelle de non-conformité à la loi.
les lois qu’il a instaurées hier, des lois qui dans le En effet, c’est du devoir du citoyen de garder un
contexte présent, peuvent s’avérer injustes. Dans ce équilibre. Un État très fort serait une tyrannie, mais
cas, la désobéissance ne semble plus si péjorative dans un État très faible, nous périssons. Par ailleurs,
qu’elle ne l’était. En abordant ce point de vue, elle une des finalités ultimes de l’État est le bonheur,
commence à se justifier, à paraitre dans l’intérêt de le bon augure. Pour atteindre cette finalité morale
la justice, à paraitre comme un droit. D’autre part, tant recherchée, la liberté est une des conditions
Marx dénonce aussi la propriété privée, qui forme comme dit par Aristote « ce n’est pas en vue de
une partie essentielle de la loi et du droit. Pour lui, vivre, mais en vue d’une vie heureuse que l’Homme
l’idée du « ceci est à moi à l’exclusion de tous les intègre une société ». Ainsi, le bonheur, et la liberté
autres » est absurde. Et dans ce cas aussi, on peut par extension, sont des concepts que l’Homme
penser à la désobéissance comme un droit, ou non- doit garder dans l’État. Et en vue du bonheur et
respect des lois ou de la propriété privée dans le de la liberté, la justice est la condition impérative.
but ultime de la justice. De surcroit, comme abordé La justice délimite les libertés et donc maintient
par Machiavel, la fin justifie les moyens. Si la fin est un équilibre qui mène au bonheur. Et puisqu’il est
la justice, les moyens qui pourraient tourner autour du devoir de l’Homme de garder et soutenir son
de la désobéissance sont justifiés et peuvent même bonheur, c’est aussi de son devoir de maintenir la
être considérés comme un droit. justice, même s’il doit désobéir pour le faire, faisant
La désobéissance peut ainsi être vue comme ainsi de la désobéissance un devoir.
un droit, un moyen qui mène à une fin ultime, la
justice. Lorsque les lois sont miroirs d’une injustice, En conclusion, le concept ultime qui est en
la désobéissance pourrait être justifiée. Mais face à jeu est la justice. Dans une société, la désobéissance
une injustice, la désobéissance peut avoir un rôle peut causer le chaos et il faut donc obéir aux lois
plus puissant, plus impératif qu’un droit. et les suivre. Mais du moment où ces lois ou leur
La désobéissance peut être considérée application devient injuste, la désobéissance est
comme un devoir. Selon Alain, l’Homme est un droit, voire même un devoir, pour maintenir la
responsable de deux choses : suivre les lois et être justice et même, pour aller plus loin, le bonheur.
responsable face à une injustice de ces lois. Pour lui, Mais, même si la désobéissance est justifiée, ne
si un État est despotique, si la tyrannie règne, ce n’est compromet-elle pas la sécurité des citoyens dans
pas la faute de l’État même, mais celle du citoyen. un État ? Cette sécurité n’est-elle pas impérative,
Le citoyen est responsable de garder et entretenir voire même une condition de l’État ?
la justice et, en cas contraire, de se révolter contre
l’injustice. Et c’est donc du devoir de l’individu de

