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JAPON
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Avant de partir pour le Japon inconnu, François, pendant quinze mois, naviguera entre Goa et les différents postes des Indes.

A Goa, bien des tristesses l'assaillent : des deuils ont décimé ses amis ; le vice-roi Sousa a changé ; l'évêque vieillit désabusé ; des zizanies se sont glissées dans le groupe des Pères et des Frères : François doit en renvoyer l'un ou l'autre de la Compagnie de Jésus.

Le 20 mai 1548, jour de la Pentecôte, Anjiro, son serviteur et un troisième Japonais sont baptisés par l'évêque d'Albuquerque, en la cathédrale de Goa. Anjiro sous le nom de Paul de la Sainte-Foy, son serviteur sous le nom de Jean, le troisième sous le nom d'Antoine.

François prépare son départ. Il n'a malheureusement pour informateur qu'Anjiro qui ne connait guère que le petit coin du Japon où il est né et la secte bouddhiste à laquelle il appartient. Ses renseignements créent chez François un Japon de rêve : les cœurs y seraient mûrs pour accueillir la Parole de Dieu !

 
 

Le 15 avril 1549, François quittait Goa pour Malacca. Courte escale. En la fête de Saint Jean Baptiste il embarque pour le Japon sur une jonque chinoise dont le capitaine porte le surnom trop vrai de Ladrâo (le voleur). L'accompagnent : Anjiro, Jean et Antoine, le P. Cosme de Torrès et le jeune Frère Juan Fernandez. Il emporte pour le " Roi du Japon" une cargaison de cadeaux, car il songe à se présenter à lui en qualité de Nonce du Pape…

                

Le 15 août 1549, le Ladrâo abordait à Kagoshima.


Le projet de François est clair : se rendre le plus tôt possible " là où réside le Roi du Japon ". Le Roi, il se l'imagine omnipotent, souverain absolu, efficace, à l'image de François Ier de France ou de Jean III de Portugal. Comment en eût-il été autrement ?

 

 
 

François reste dix-sept mois au Japon.

Du 15 août 1549 au mois d'octobre 1550, à Kagoshima, François loge dans la famille d'Anjiro et s'initie aux coutumes japonaises : cérémonie du thé, baguettes pour les repas, salutations, longues stations assises sur les talons et autres nouveautés. Tout se passe bien, d'abord, quoique les conversions soient bien moins nombreuses que les conversations ! François est même reçu par le daïmyo (qu'il s'obstine à nommer " le duc "). Anjiro " traduit " le catéchisme apostolique de François. Le P. Cosme apprend (sans succès) la langue du pays, comme le Frère Fernandez (avec succès).


Alphabet japonais

Mais voici que la faveur du daïmyo se refroidit sous la poussée de bonzes bouddhistes à qui François a osé reprocher leurs vices. François, qui rêve toujours d'aller trouver le Roi, laisse Kagoshima aux soins du P. Cosme et d'Anjiro. et part pour Yamaguchi avec le Frère Fernandez et Bernard le Japonais.

Octobre-décembre 1550, François réside à Yamaguchi, ville résidence du plus puissant des daïmyos du Japon. C'est une ville de quelque dix mille maisons, d'une centaine de temples et de monastères très riches. Ici François tente sa chance : sans solliciter la permission du daïmyo, voici qu'avec ses deux compagnons il se met à prêcher " dans les rues, nous plaçant aux croisements où passent les gens ". L'échec est total.

Une semaine avant Noël, François, Fernandez et Bernard partent pour Miyako, aujourd'hui Kyoto. Miyako était déjà l'une des plus belles villes de l'Asie. Elle fut pour François le lieu de ses plus cruelles désillusions : le " Roi du Japon " a beau descendre de la déesse solaire, il n'est qu'un roi de théâtre, qui ne sort - qu'on ne sort, plus exactement - de son palais délabré que pour certaines cérémonies officielles, et lorsque l'on se présente, dans la tenue de François, aux portes de ce palais, on en est vigoureusement écarté. Autre déception : les fameuses " universités " sont en fait des monastères peuplés et riches : un gueux n'y est pas admis. François et Fernandez peuvent être les premiers Européens à pénétrer si avant dans le Japon, ils n'ont plus qu'à rebrousser chemin. En mars 155 1, les voici de retour à Yamaguchi.

François qui a compris à ses dépens qu'au Japon, un daïmyo est plus puissant en fait que " le Roi ", se décide à frapper un grand coup. Il se présente au daïmyo de Yamaguchi, non plus en pauvre itinérant, mais en grand costume d'ambassadeur du Pape et les bras chargés de cadeaux : une horloge qui sonne les heures, deux paires de lunettes, un mousquet à trois canons et même un tonnelet de vin de porto… Le daïmyo, ébloui, donna aux missionnaires toute autorisation de prêcher leur doctrine ; il mit même à leur disposition, pour se loger et recevoir, un monastère bouddhiste.

Mais en dix semaines, il ne se fit aucune conversion. Jusqu'au jour où un Japonais cracha au visage de Fernandez qui prêchait sur une place publique. Le Frère prit calmement son mouchoir de papier, essuya son visage et continua de parler... Devant cette sérénité, un des plus acharnés adversaires de François se convertit et demanda le baptême.

Quand François partit en septembre, plus de cinq cents personnes s'étaient converties. Malheureusement une révolution éclata peu après et le daïmyo périt dans l'émeute.

La renommée de François est telle en ces parages que le daïmyo du Bongo (province du Kiou-Siou) l'invite à prêcher l'Evangile sur ses terres. François part pour ce nouveau pays en août 1551. Il y reste trois mois.

 
 

Depuis deux ans, François n'a reçu aucune nouvelle d'Europe, ni même des Indes. Il décide de retourner à Malacca. Le bateau qui le porte est pris dans une terrible tempête qui le jette sur une île proche de Canton. Là, François retrouve un riche marchand de ses amis de Cochin, Diégo Pereira. Pereira lui montre une lettre clandestine provenant de Portugais tombés aux mains des Chinois et qui souffrent dans les geôles de Canton. Ces prisonniers supplient Pereira de se faire nommer ambassadeur du Portugal à la cour de Pékin pour leur venir en aide. Pour François, cette lettre est une illumination. Du rivage de Chine il rentre à Malacca sur le navire de Pereira: les deux hommes échafaudent leur plan... Et l'on atteint Malacca le 27décembre 1551.

Malacca fit à François un accueil chaleureux. Le Père Perez qui missionnait là lui remet un paquet de lettres. L'une venait d'Ignace, elle était datée du 10 octobre 1549 : Ignace nommait François " Provincial de l'Est ", c'est-à-dire de toutes les missions de la Compagnie de Jésus depuis le cap Comorin jusqu'au Japon. Depuis deux ans, François était Provincial sans le savoir !

 

 
 

François retourne ensuite à Goa où il trouve dans les Indes une situation fort troublée. Il en décèle aisément la source: le Père Antoine Gomez, le recteur du collège de la Sainte-Foy ; il a remplacé les élèves indigènes par des fils de familles portugaises, contre les intentions du Roi Jean.

En deux mois, François remet toutes choses en ordre : il rétablit la bonne entente des missionnaires de la Compagnie de Jésus avec le vice-roi, les autres Religieux, les Frères de la Miséricorde ; il restaure la vie religieuse des Jésuites, quitte à expulser de l'Ordre et même à renvoyer en Europe certains ferments d'indiscipline (Gomez est du nombre !); il règle au mieux les difficultés en personnel ou en ressources des différents postes ; il encourage, soutient, redonne élan et enthousiasme, même lorsqu'il doit réprimander ou punir. Sans négliger de payer de sa personne pour les prédications, les confessions, les catéchismes...

Il écrit des lettres, rédige des rapports, donne ses instructions à Barzée, le nouveau recteur de Goa, à Gonçalo Rodriguez qui peine durement à Ormuz, à Cypriano, "le satrape " de San Tomé, à d'autres encore. Comme Ignace, François a l'art de percevoir les qualités de ces " enfants terribles " de la mission !

 

Je termine, en priant votre sainte charité, Père très exemplaire de mon âme, à genoux prendant que j'écris cette lettre, comme si j'étais en votre présence, de me confier instamment à Dieu notre Seigneur dans vos pieux et saints sacrifices et prières : qu'Il me donne d'apercevoir sa très sainte volonté dans cette vie présente, avec la grâce pour l'accomplir parfaitement.

Finale d'une lettre de François à Ignace

 

Cependant, avec Diégo Pereira, il prépare son départ pour la Chine. Ils se présenteront à la Cour de Pékin, lui François, en Nonce du Pape, lui Pereira, en ambassadeur du Roi du Portugal (par la grâce du vice-roi !). Les " très riches présents " ne sont pas oubliés. Pereira y dépense une fortune.

 
 

Pour aller plus loin :

- Les jésuites aujourd'hui au Japon (site en anglais... et japonais)
- La dépêche de l'agence de presse Zénith à l'occasion du 450ème anniversaire de l'arrivée de François au Japon
- Site en anglais commémorant le 450ème anniversaire de l'arrivée de Xavier au Japon
- Le premier jésuite japonais, un compagon de François-Xavier

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