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Malacca (Singapour) est un des centres de commerce les plus actifs de l'Extrême-Orient. Ville où s'entassent pêle-mêle les races et les religions ; mais la minorité portugaise domine les autochtones de toute la puissance de ses soldats. Pendant trois mois, François s'efforce de remettre un peu d'ordre dans la communauté chrétienne elle-même, dont l'exemple est trop souvent un contre-témoignage du christianisme. Pour cela, il use de la méthode qui lui a si bien réussi à Goa : le contact direct. Il entre dans les foyers où abondent les concubines ; il ne craint pas d'aller dans les tripots, les maisons de jeux et de plaisirs. Le dimanche, il prêche, confesse dans l'église Notre-Dame-de-l'Assomption. Il n'oublie pas d'ailleurs les épaves misérables de la "cité des fleurs et des parfums" : juifs, musulmans, pauvres, malades, prisonniers.

Alors commence pour François le 1er janvier 1546, une croisière de 1740 miles à travers la mer des pirates. C'est à Amboine que débarque d'abord François. Il y trouve une "clientèle" à laquelle il ne s'attendait pas : une cargaison de marins espagnols, que les Portugais ont faits prisonniers et jetés dans les cales de huit grands navires. A ces captifs, François s'efforce d'apporter tous les secours matériels et spirituels qui sont en son pouvoir. Le 10 mai, il écrit aux Pères de Goa :

  "La flotte m'a tenu en haleine du matin au soir, écoutant un flot incessant de confessions, visitant les malades, prêchant, confessant et réconfortant les mourants. J'y ai passé tout mon temps pendant le carême, avant et après... L'île d'Amboine fait environ 25 à 30 lieues de pourtour, elle est populeuse, avec sept villages de chrétiens."  

 

 
 

Il reste à Amboine jusqu'à la mi-juin ; alors, une fois encore, il reprend la mer. François voudrait visiter toutes les îles de cette constellation marine. Il s'arrête ici ou là, au gré des capitaines des bateaux et selon l'humeur des vents. Ses amis l'avaient dissuadé de se lancer dans ce voyage, tant les gens de ces îles sont cruels. En vain ; il n'accepte même pas les antidotes dont on le conseille de se munir :

  "Mes m'offrirent des antidotes avec des larmes, mais en les remerciant de tout mon cœur pour leur amour et leur bonté, je n'ai pas accepté leurs défensives, car je ne voulais pas me charger d'une crainte que je n'éprouvais pas, surtout rien perdre de la confiance que je fais entièrement à Dieu."  

 

Vers le milieu de juin 1546, il se dirige vers l'île de Ternate : la population est païenne, les Européens ont des mœurs très relâchées car Goa a pris la fâcheuse habitude d'y délester tous ses éléments indésirables.

François s'installe à l'hôpital et s'occupe des malades et des mourants. Le dimanche, il prêche aux quelques chrétiens. A Ternate, dit-on, son catéchisme eut un succès extraordinaire : les chants de François retentirent bientôt partout...

Comme aux mois d'été la population tout entière est mobilisée pour récolter les girofles, il en profite pour rédiger le seul livre qu'il ait jamais écrit : une sorte de "somme" de la doctrine chrétienne inspirée par les Exercices Spirituels d'Ignace.

Il reprend la mer pour l'île du More, et y passe trois mois. C'est là sans doute qu'il fait les rencontres les plus périlleuses de son aventureuse existence : car les autochtones sont passés maîtres dans l'art des poisons, ils collectionnent les têtes coupées et sont friands de chair humaine. Ignorant le premier mot de leur idiome, François, lorsqu'il croise l'un de ces barbares sur son chemin n'a qu'un langage : il lui sourit et il l'embrasse !

 
 

Ici comme ailleurs, François cherche à discerner parmi les quelques chrétiens de l'île, des hommes capables d'assumer la responsabilité de petites communautés.

En décembre 1546, François revient à Ternate, où il essaie de mieux organiser la communauté chrétienne. Peu après Pâques, il rejoint Amboine, puis Malacca. Une grande joie l'y attend : il y trouve trois de ses frères de la Compagnie de Jésus. Ils restent ensemble pendant un mois. François informe et forme ses trois recrues ; puis les Pères partent à leur tour vers les îles : deux d'entre eux y mourront martyrs.

  "Ces îles abondent en consolations spirituelles, tous ces périls, tous ces labeurs, si on les accepte volontiers pour le seul amour et le service de Dieu notre Seigneur, sont d'abondants trésors de grandes consolations spirituelles ; si bien qu'en peu d'années, on perdrait la vue, sous l'abondance des lagrimas consolativas (larmes de joie)..."  

 

 
 

En décembre 1547, quelqu'un d'étrange surgit soudain dans l'existence de François, et va influer sur l'orientation de son apostolat : un Japonais du nom d'Anjiro. C'est un noble, appartenant peut-être à la classe des samouraïs. Il a une quarantaine d'années. Depuis cinq ans, il erre en quête d'un maître spirituel qui puisse rendre la paix à son âme, lourdement chargée de péchés de jeunesse et même d'un homicide. En 1545, Anjiro a entendu parler de François comme d'un homme de Dieu vraiment extraordinaire. En 1546, pour rencontrer François qui, lui disait-on, séjournerait à Malacca, Anjiro quitte Kagoshima, sa patrie et franchit les trois mille miles qui séparent Kagoshima de Malacca.

De ses conversations avec Anjiro, François retire une vision merveilleuse - où se mêlent l'utopie et la vérité - des "îles du Japon" :

  "J'ai demandé à Anjiro si les Japonais se feraient chrétiens si je revenais avec lui dans son pays. Il me répondit que non... Mais si je satisfaisais à leurs questions et si je me conduisais de telle manière qu'ils ne trouvent rien à blâmer dans ma conduite, alors, après m'avoir connu pendant six mois, le roi, la noblesse et tous les gens de distinction se feraient chrétiens, car les Japonais, disait-il, sont entièrement guidés par la loi de la raison."  

François s'enthousiasme : il partira vers cette nouvelle terre promise.

 
 

Pour aller plus loin :

- Site en anglais sur François et les Moluques
- Découvrir les Moluques et les clous de girofle (site du courrier international)
- "Moluques. Djihad contre les chrétiens", un article de juin 2002 du Nouvel Observateur

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