« L'embarras est l'angoisse du choix » Albert Brie
Depuis notre plus jeune âge, nous sommes confrontés à des choix, des plus simples, comme glace au chocolat ou à la vanille, aux plus complexes comme aller au cinéma ou au théâtre. Par la suite, les alternatives sont moins superficielles et certains choix que nous serons amenés à faire engageront notre avenir.
L'avenir est entre nos mains, oui ! Et c'est de notre avenir qu'il s'agit ! Enfant, notre vie dépendait des choix de nos parents. Et puis arrive le jour où nous devons, en quelque sorte, couper le cordon ; tout ce que nous ferons de notre vie repose alors sur nos choix ! Des choix difficiles à entreprendre... Que choisir ? Comment ? Pourquoi ? Autant de questions que l'on se pose et auxquelles nous ne trouverons pourtant pas de réponses toutes faites, dans les livres, les annales ou les répertoires... « Si l'on travaille, c'est pour l'argent, alors mieux vaut dès le début choisir un métier rentable » ; « Mais non, faire ce que l'on n'aime pas ne mènera nulle part parce que nous le ferons mal » ; « Pour pouvoir vivre heureux, il faut avoir de l'argent » ...
« Il ne faut pas tout prendre au sérieux et notre vie dépend grandement de notre choix de choses que nous prenons ou avons prises au sérieux. » Daniel Desbiens
Interview avec Mike Ayvazian (Ancien et éducateur au Collège)
Dans un entretien qu'il a bien voulu nous accorder, M. Mike Ayvazian, coordinateur des matières artistiques et professeur de théâtre au Collège, a évoqué le problème des choix. En effet, M. Ayvazian a commencé par des études d'ingénierie (Mechanical Engineering) avant de changer complètement de cap, estimant que cette filière ne lui était pas destinée. Et ce changement de direction l'a mené à l'art du théâtre, qu'il exerce actuellement.
- Quelles sont les circonstances qui vous ont conduit à changer de cap ?
En 2e année universitaire, j'avais 19 ans, et j'étais en cours comme d'habitude. J'ai brusquement réalisé que je n'étais pas dans mon élément, que j'étais un artiste dans l'âme. J'ai aussitôt décidé de changer de filière, sans même attendre les résultats des examens que je venais de présenter. Je n'étais vraiment pas épanoui en engineering ; mon caractère passionné ne pouvait s'accorder de vivre dans la routine, et surtout, il faut aimer ce que l'on fait, alors que je n'aimais pas ce que je faisais.
- Dans quelle filière étiez-vous inscrit au Collège ? Reflétait-elle un choix personnel ?
J'étais, à l'époque, inscrit en Maths élèms., ce qui correspond aujourd'hui à une classe de SG. Comme j'étais assez bon au niveau des matières scientifiques (un des premiers de classe !), j'avais sciemment choisi de faire Maths élèms.
- Quels étaient vos rêves d'adolescent ?
Ma mère m'a rappelé qu'enfant, je voulais devenir vendeur de kaaks (rires). Adolescent, je rêvais déjà d'être sur scène, mais je me disais qu'un tel métier ne me ferait certainement pas gagner ma vie !
- Quels sont les facteurs qui ont influencé vos choix ?
Il n'y a pas de facteur spécifique, mais il faut savoir que pour mes parents, le théâtre n'était pas un métier, alors que devenir ingénieur était plus qu'honorable. De plus, au Collège, on me conseillait fortement d'opter pour les sciences, vu que j'étais assez bon dans ces matières. Autour de moi, en société, le théâtre ne représentait pas non plus la carrière idéale...
- Avec le recul, regrettez-vous aujourd'hui vos choix ou en êtes-vous satisfait ?
Je ne regrette absolument pas, bien au contraire, je suis très heureux d'avoir effectué ce choix-là.
- Est-ce que ce que vous faites aujourd'hui est, pour les autres, une carrière ?
Honnêtement, à ce niveau, l'avis des autres m'importe peu. Je suis bien dans ma peau, je suis convaincu de ce que je fais et je suis heureux. De plus, l'art du théâtre est un métier en soi. Pour ma part, je me suis plutôt consacré à l'éducation et j'aime beaucoup travailler avec des jeunes : une vocation peut-être héritée du CAS. J'ai un atelier et je donne des sessions ; un tel horaire vaut la peine d'être qualifié de carrière. J'ajouterai que j'ai des amis très aisés qui ont un train de vie insupportable. La routine dans laquelle ils vivent les rassure peut-être, mais je ne saurais jamais m'y adapter.
- Comment qualifieriez-vous votre décision de changer de carrière ?
Intuitive. J'aurais dû y penser dès le début. À l'époque, nous n'avions pas les mêmes opportunités qu'aujourd'hui. Je ne me serais jamais douté de mes dons artistiques sans le CAS, qui m'a demandé un jour une mise en scène urgente pour une quelconque animation !
- Est-ce qu'une deuxième chance vous aurait mené au même choix ?
Au même choix sûrement, mais j'aurais peut-être fait les choses autrement. Avant de m'inscrire dans une filière de théâtre, j'aurais commencé par une filière littéraire qui aurait de loin facilité mon travail. En effet, au cours de mes premières années de théâtre, alors que j'excellais au niveau des techniques plutôt physiques et mécaniques du cours, je trouvais, contrairement à mes camarades, des difficultés en analyse de films.
Quand j'étais encore à l'école, contrairement à mes amis qui ont envoyé des tonnes de demandes à des tonnes d'universités, je me suis contenté d'envoyer une demande à l'AUB, pour des études d'ingénierie et une autre, pour l'architecture. Je n'étais pas convaincu, mais je n'avais pas d'autre choix. Je me serais peut-être acclimaté si je n'avais pas changé de cursus, mais cela n'aurait jamais été la même chose ; je n'aurais jamais bénéficié de cette liberté d'expression que j'ai acquise grâce au théâtre.
- Selon vous, sur quoi devraient reposer les choix de filière et de métier ?
À l'école, il faut tenir compte de ce qu'on aime et de ce que l'on sait faire. Pendant ma crise de « mais qu'est-ce que je vais faire plus tard ? » on m'avait un jour conseillé de faire du théâtre. Quant aux études universitaires, elles devraient correspondre aux domaines où nous sommes le plus qualifié. Il en est de même pour le choix du métier, mais la chance joue un gros rôle dans tout cela.
- Comment faire pour préparer les jeunes à effectuer les meilleurs choix, à savoir décider ?
Il faut leur offrir des chances d'essayer, ce que l'on appelle plus couramment les stages. Il est important qu'ils sachent se poser des questions problématiques, du genre « comment fait-on » et non pas « quoi faire ». Il est surtout important de savoir que changer de filière ou d'études n'est pas un dérapage mais un ajustement du chemin.
- Comment faire pour s'assurer que la décision prise est la bonne, la plus mature ?
Juste « Trust your instinct! »
- Un bon métier est-il synonyme d'un métier qui permet de vivre confortablement ?
Du tout ! On peut avoir de l'argent sans pour autant être heureux. On ne vit qu'une fois, il faut plutôt chercher à « vivre » et non à « survivre ». De plus, si on aime le métier qu'on exerce, on y excelle.
Propos recueillis par Youmna Moacdieh - 1reH
