Pour mesurer l'ampleur du choc de l'élection de Barak Obama à la magistrature suprême aux États-Unis, il serait tentant de reprendre l'allusion qu'il a lui-même formulée lors de son investiture : à savoir que son propre père, à cause de sa couleur, n'aurait pas été servi dans certains restaurants des États-Unis, il y a de cela une quarantaine d'années. Ce choc salutaire n'a pas manqué de susciter des réflexions partout dans le monde. Même au Liban, les paris allaient bon train cet été : passera, passera pas ? Nombreux étaient ceux qui considéraient que le racisme n'étant pas mort aux États-Unis, l'Amérique ne porterait pas un homme de couleur à la présidence.

Pour les nombreux inconditionnels d'Obama, l'élection de ce dernier représentait une rupture avec l'image des États-Unis, puissance capitaliste et impérialiste. Incarnant le bien absolu, Obama serait un ange noir, appelé par enchantement à résoudre tous les problèmes du monde.
Mais n'y aurait-il pas une voie médiane ?
Il ne fait pas de doute que l'élection de Barak Obama représente un formidable renouveau pour les États-Unis, renouveau qui ne manquera pas de se répercuter aux quatre coins de la planète. Formidable avancée des « Civil Rights », il était jusqu'à hier difficilement concevable qu'un descendant des Afro-américains, communauté ayant tant donné pour l'Amérique mais étant tout de même restée dans un statut social d'infériorité, puisse être appelé à présider aux destinées des États-Unis.
Si le Ku Klux Klan est bien mort, si les idées qu'il a véhiculées ne sont plus de mise, nombreux étaient ceux qui, sous cape, refusaient à un noir l'égalité socioculturelle avec les blancs. L'élection de Barak Obama, due principalement à sa forte personnalité, à sa culture et à son érudition, vient infliger un camouflet à ceux qui, jusqu'à il n'y a pas si longtemps, lui déniaient à cause de sa couleur toutes ces qualités.
Politiquement, l'élection est hautement symbolique, puisque après une décennie de pragmatisme et de soutien aux divers lobbies économiques aux États-Unis (industrie lourde, armement...), ne voilà-t-il pas que Barak Obama vient opérer un retour aux sources, vers les principes moraux des Pères fondateurs ? La fermeture du centre de détention de Guantanamo et l'abolition des interrogatoires musclés sont autant d'illustrations de cette orientation.
Last but not least, le domaine de la politique étrangère devrait également être le théâtre de changements significatifs. Le désengagement militaire d'Irak et l'engagement à rejouer le rôle d'honest broker dans le conflit israélo-palestinien ainsi que le soutien à une véritable démocratisation en douceur des pays émergeants devraient caractériser l'ère Obama.
Obama arrivera-t-il à réaliser tous ces objectifs ?
La tâche est d'autant plus mal aisée que Barak Obama est un président qui a suscité un immense élan d'espoir aux États-Unis d'abord, et partout dans le monde ensuite. Cet espoir ne risque-t-il pas paradoxalement de se révéler comme une arme à double tranchant ?
Pour s'en convaincre, il suffit de passer en revue les immenses défis qui attendent le nouveau président américain.
À l'intérieur tout d'abord, le traitement de la récession économique est une priorité qui risque d'engloutir les fonds du contribuable américain ainsi que l'énergie du nouvel occupant de la Maison-Blanche. Ceci sans compter avec l'opposition de toutes les personnes et des groupes de pression qui pourraient se sentir lésés par les réformes entreprises.
À l'extérieur surtout, les embûches semées sur la voie du règlement israélo-palestinien ne semblent pas près d'être levées. D'un côté un raidissement israélien est à prévoir du fait que le Likoud de Netanyahu est appelé à exercer le pouvoir ; de l'autre les ambitions démesurées de l'Iran dans le domaine nucléaire ainsi que sa volonté d'être le tuteur des mouvements de résistance au Moyen-Orient (Hezbollah et Hamas) seront autant de pièges sur la voie de la paix, paix nécessaire, paix vitale à la crédibilité des États-Unis dans le monde.

L'élection de Barak Obama reste un formidable levain d'espoir pour tous les opprimés, les laissés-pour-compte de par le monde. Mais cette élection demeure un point de départ qui demande à être confirmé tous les jours par les orientations et les succès de Barak Obama dans des domaines qui ne dépendent pas toujours de sa seule volonté. Tous ceux qui se réjouissent aujourd'hui feraient mieux d'être patients et d'attendre les prochaines décisions d'Obama. À ce dernier, il faudra de la détermination, de la sagesse, de la sagacité... et de la chance, beaucoup de chance pour arriver à véritablement changer les États-Unis et le monde ; pour que le « Yes we can » ne se transforme pas en « We could have »...
Elie Béchara - SG1
