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Amicale






            entre le bien et le mal (la morale). Dans cette perspective,   au pouvoir. En ce sens, le peuple n’a pas toujours raison
            considérer que le peuple n’a pas raison serait remettre en   vu que les décisions qu’il prend ne sont pas le fruit de la
            question les lois, puisque c’est le peuple qui détermine   volonté générale (comme expliqué précédemment) mais
            le droit. Si l’on considère que les lois ne peuvent pas être   d’une volonté particulière, égoïste et intéressée, qui ne
            récusables (sinon elles perdraient leur crédibilité et l’état   cherche pas le bien du peuple, mais son bien personnel.
            civil disparaîtrait au profit de l’état de nature, chaotique   Dans ce cas, la décision prise par le peuple ne sera pas
            et anarchique), alors le peuple ne peut pas avoir tort.   nécessairement la meilleure décision pour lui, et les lois
            Dans un régime politique où le peuple a un rôle central,   ne satisferont pas l’ensemble du peuple et n’assureront
            il devient donc injuste de ne pas respecter la décision du   pas le bonheur des gens avec égalité. Les manipulateurs
            peuple puisque c’est elle-même qui est à l’origine du droit :   qui cherchent à gouverner par l’intermédiaire du peuple
            en démocratie, par exemple, les lois sont expression de   pourront alors user de la manipulation de celui-ci pour
            la volonté générale (volonté de chacun en tant qu’il veut   instaurer des lois qui favoriseraient leur domination
            le bien commun), et comme chaque individu constituant   sur le peuple ! C’est pourquoi Marx affirme que les lois
            le peuple cherche à satisfaire ses propres intérêts, la   favorisent la domination d’une classe sur une autre. En ce
            loi qui sera édictée sera une sorte de compromis qui   sens, le peuple n’a pas toujours raison tout simplement
            satisfera l’ensemble des individus (même s’il faut faire des   parce que les décisions qu’il prend proviennent d’une
            sacrifices). Elle est donc juste, et agir à l’encontre de cette   manipulation insidieuse dont il ne se rend pas compte
            loi est donc injuste et mal. Désobéir aux lois (qui sont le   et ne visent donc pas le bien commun.  Les  politiciens
            fruit de la volonté générale), c’est avoir tort. En ce sens, le   peuvent alors continuer à accroître leur domination sur le
            peuple a toujours raison, c’est lui qui décide les normes   peuple en l’endormant intellectuellement, en atrophiant
            de la justice et de la morale (qui permettraient ensuite de   son intelligence (selon  Tocqueville). Un peuple sans
            dire s’il a raison ou tort).                         intelligence est  un peuple  sans raison,  et en l’absence
                                                                 de raison, la décision du peuple n’est plus fiable, ce qui
            Il semble donc évident que le peuple ne peut pas avoir   infirme totalement notre thèse de départ qui affirme que
            tort, que ses décisions sont vraies, justes et bonnes. Mais   les décisions du peuple, qui passent par le prisme de la
            peut-on pour autant prendre la parole du peuple comme   remise en question à de très nombreuses reprises, sont
            vérité absolue ? Doit-on sacrifier la parole du peuple   très absolument fiables.
            ou,  au  contraire,  peut-on  la  remettre  constamment  en
            question ? En d’autres termes, le peuple sait-il toujours   Dans une autre perspective, comme la « décision du
            ce qu’il fait ? Ne peut-il pas se tromper ?          peuple » est décision de la majorité du peuple (car il
                                                                 est quasiment impossible  qu’une décision soit prise à
            Tout d’abord, nous pouvons affirmer que le peuple peut   l’unanimité), alors il y aura toujours certaines personnes
            avoir tort vu que sa décision  n’est pas toujours issue   qui n’adhèrent pas à la décision de la majorité (la décision
            d’un profond raisonnement et d’une remise en question   générale du peuple ne correspond pas à la somme des
            assidue. Ces décisions seraient alors immédiates plutôt   décisions de tous les individus qui le constituent, à une
            que réflexives. En effet, selon Platon, le peuple n’est pas   décision unanime de tous les individus). Or, l’histoire
            assez compétent pour gouverner vu qu’il est prisonnier   nous a prouvé que la majorité n’a pas toujours raison
            des méandres de la caverne, monde sensible, matériel   et que  le nombre n’est pas un critère essentiel à la
            et factice, siège de la démocratie (règne de l’opinion),   vérité (par exemple, Galilée, qui, contre toute l’Église
            de la démagogie et de la manipulation. Ainsi, le peuple   de l’époque qui l’avait condamné, plaidait en faveur de
            serait constamment influencé de toutes parts par les   l’héliocentrisme, théorie reconnue aujourd’hui comme
            « maîtres du langage », les orateurs, les rhéteurs, les   vérité scientifique). D’ailleurs, le fait que nous soyons en
            sophistes, qui cherchent à acquérir le pouvoir par le biais   train de remettre en question, sur deux pages déjà, la
            de la manipulation du peuple. Dans cette perspective, le   vérité absolue et la justice profonde émanant de la parole
            peuple ne sait pas toujours ce qu’il fait. Il est dans l’illusion   du peuple, ne montre-t-il pas qu’une partie du peuple,
            de décider de son propre gré (il ignore et ignore son   qui peut sans doute avoir raison, peut avoir une décision
            ignorance), illusion qui le fait sombrer davantage dans   qui est contraire à la décision du peuple, qui est décision
            la  caverne  et  l’expose  toujours  plus  aux  manipulations   de la majorité ? Si nous revenons à la thèse de Platon,
            de ceux qui cherchent à accéder au pouvoir. Le peuple   n’est-il pas vrai que la majorité pourrait être incapable
            serait donc non plus un ensemble de personnes        de prendre les bonnes décisions et que ce devoir se doit
            averties capables de décider ce qu’il y a de plus juste,   d’être réservé à une minorité fermée, capable de sages
            de meilleur, et de plus vrai, mais un outil dans les mains   décisions (pour Platon, il s’agit des philosophes) ?
            de manipulateurs arrivistes prêts à contrôler, aliéner
            (du latin alienus – devenir autre) le peuple pour arriver

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