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Amicale






          Nous pouvons donc comprendre que si la décision du   En outre, au-delà du devoir du peuple qui est celui de
          peuple semble à première vue infaillible, le peuple peut   participer à la prise de décision politique, le philosophe
          également se tromper. Dès lors, comment remettre en   et le penseur ont eux aussi un devoir : celui de respecter
          question la parole du peuple sans l’opprimer ? Comment   les décisions mises en place par le peuple, de « vivre avec
          lui donner raison sans prendre le risque que sa décision   elles », mais de toujours garder leur esprit critique bien
          soit néfaste pour la société ? Comment respecter la   aiguisé, leur permettant de bien discerner le processus
          parole du peuple sans pour autant l’accepter comme   de  manipulation  inhérent à  la  société,  et  de  bien
          vérité absolue ? Et qui peut juger du vrai et du faux, du   comprendre où le peuple a raison et où le peuple a tort.
          juste et de l’injuste, si ce n’est le peuple lui-même ?  Ainsi, le rôle du philosophe serait d’écouter le peuple et
                                                              de délimiter le champ de justesse de ses décisions afin de
          Dans un premier temps, il est important de préciser   pouvoir l’avertir de ses potentielles erreurs. En ce sens,
          l’importance de l’exercice politique, du débat, des   le philosophe aide le peuple à avoir raison, c’est-à-dire
          élections récurrentes, des discussions, de la confrontation   à prendre les meilleures décisions, plus favorables à ses
          des points de vue, des délibérations, afin d’assurer   propres intérêts. Afin d’accomplir ce devoir, le philosophe
          la mise en place des meilleures lois, et la prise des   doit alors procéder en deux temps : un temps de silence,
          meilleures décisions. En effet, si le peuple a eu tort, alors   de contemplation et d’analyse, qui lui permettra de
          les nouvelles élections lui permettront de perfectionner   séparer le bien du mal, le juste de l’injuste, les fois où le
          ses décisions, de corriger ses erreurs, d’actualiser son   peuple a eu raison des fois où il a eu tort, et ceci avec
          consensus, afin de finir par avoir raison sur le long terme.   sagesse et discernement, et un temps de parole, où le
          Ainsi, si le peuple élit un président qui portera atteinte   philosophe s’adresse au peuple et cherche à l’avertir de
          à sa liberté (donc si le peuple a tort), il pourra lors des   ses potentielles erreurs, et à faire en sorte qu’il puisse
          élections suivantes choisir un meilleur président, qui   avoir davantage raison.
          respectera  plus  sa  liberté.  C’est  pourquoi  le  meilleur
          régime politique est celui qui assure l’équilibre entre   En conclusion, les décisions prises par le peuple étant
          l’aspect absolu et catégorique de la décision du peuple   décisions de la majorité, semblent à la fois infaillibles
          et son aspect réfutable, c’est-à-dire un régime dans   puisqu’elles  ont été filtrées un nombre incalculable de
          lequel le peuple peut lui-même remettre en question   fois par la raison des différents individus qui les ont prises,
          sa décision et réagir en conséquence pour réparer ses   et irréfutables car fondatrices de la loi et de la justice à
          erreurs. C’est le cas de la démocratie : un peuple qui a   l’intérieur d’un État, ce qui nous pousserait à penser que
          élu un président qui ne tient pas ses promesses a le droit   le peuple a toujours raison et que c’est même lui qui
          de  manifester  afin de demander que  sa  réelle  volonté   détermine le champ du juste et du non juste, du bon et du
          soit respectée. Le régime convenable respecterait alors   mauvais, donc de ce qui peut permettre d’approuver ou
          le choix du peuple et considérerait ce choix comme   de rejeter la justesse de ses choix. Pourtant, le peuple étant
          étant fondamental mais n’exclurait pas la possibilité du   constamment soumis à la démagogie et la manipulation
          débat, des referenda, des manifestations, des nouvelles   de ceux qui cherchent à accéder au pouvoir, et la
          élections, afin de permettre au peuple d’avoir de plus en   majorité pouvant potentiellement se tromper, on peut
          plus raison en corrigeant ses erreurs à chaque fois et en   comprendre que le peuple puisse prendre de mauvaises
          prenant de plus sages décisions. En ce sens, en avançant   décisions qui peuvent, par exemple, servir qui aurait
          vers l’avenir, le peuple apprend à avoir raison à travers   envie d’asseoir sa domination sur lui. C’est pourquoi il
          l’exercice politique continu, c’est-à-dire en ne renonçant   est nécessaire de respecter le choix du peuple, fondateur
          pas à son devoir qui est celui de participer à la prise de   de la vie politique et décideur principal de l’organisation
          décision, à la gouvernance. D’ailleurs, n’utilise-t-on pas   de l’État tout en n’oubliant pas sa potentielle remise en
          l’expression « fait son devoir de citoyen » pour désigner   question par le peuple, qui va apprendre à avoir raison,
          une personne qui va voter ? C’est ainsi qu’en condamnant   en réparant ses erreurs passées, dans un régime lui
          l’abstention et en s’impliquant dans les élections, les   donnant la possibilité d’avoir de plus en plus raison, et
          délibérations et les débats politiques que la décision du   en écoutant les penseurs et philosophes qui observent la
          peuple finira par être la meilleure, que le peuple finira par   société et analysent les décisions du peuple avec sagesse
          avoir raison en apprenant des fois où il n’avait pas raison   et discernement.
          et en enrichissant sa vision de la politique, écoutant les                                Raymond Diab
          idées des autres qui le pousseront à réfléchir. De cette                                Promo 2017 (SG2)
          manière, la décision du peuple est toujours respectée et
          appliquée en tant que décision déterminante de l’État,
          mais elle garde toujours une potentialité de remise en
          cause et d’amélioration.

         140   Nous du Collège - N  288 - Mars 2018
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