Page 161 - Nous-288
P. 161
Carnet de famille
M. Joseph Farès (Abou Khalil)
Décédé le 23 décembre 2017
Ancien éducateur au Collège de 1962 à 2002
Enseignant d’arabe, d’histoire et de traduction
surveillant en 1 re
Père de Simon (Promo 86), de Karim (Promo 96) Farès,
de Rose-Marie Farès Khater et de Andrée Farès Bejjani (Anciennes)
Monsieur Joseph Abou Khalil : Maître et combattant du quotidien
C’est en 1969-1970 que, sanglé dans son costume cravate de couleur sombre, portant son
inséparable cartable, Monsieur Joseph Abou Khalil, notre professeur d’histoire-géographie
e
et de traduction, fait une entrée remarquée en classe de 6 C1.
Sa réputation de professeur exigeant l’avait précédé. On ne plaisante pas avec lui. N’est-il pas
l’adjoint de Monsieur Manoli, le redoutable et redouté préfet de discipline ? Parcimonieux
pour les notes, n’est-il pas aussi habile à manier le verbe (en arabe, en français, en latin) qu’à
tirer à la craie le crâne du rêveur au fond de la classe ?
Je revois ses cours d’histoire des civilisations anciennes dans le vieux Malet et Isaac. Et ses
cours de traduction, dans le fameux d’Alverny et Hajjar.
Rigueur de la présentation, complétée par un résumé dicté ; travail sur carte murale ; souci du
détail et précision de la terminologie, cela marque les élèves que nous sommes : nous nous
sentons grandir !
Les règles, les tournures et les idiomes, le Pschent des Pharaons, les ziggourats des
Mésopotamiens, les trirèmes des Phéniciens, le siècle de Périclès et les conquêtes d’Alexandre
n’avaient plus de secrets pour nous.
Intransigeant pour le travail et le sérieux, exigeant avec lui-même d’abord, il peut aussi l’être
avec nous.
Quelques années plus tard, en première année de droit, mon cours d’histoire des institutions
juridiques et politiques a davantage de sens. Je retrouve avec intérêt les cours de Monsieur
Abou Khalil sur la démocratie athénienne !
En 1979-1980, je débute comme professeur d’histoire en sixième, puisant et plagiant à loisir
ses cours qui m’ont tant marqué.
J’ai appris de Monsieur Abou Khalil que toute matière est indispensable à l’éveil culturel et à
l’ouverture au monde quand elle est rendue intéressante par un professeur compétent qui
aime son métier et aime ses élèves.
En 1981, jeune surveillant en troisième, je fais mes armes dans le bureau de Monsieur Azar.
Monsieur Abou Khalil y passe systématiquement toutes ses heures libres. II n’en a pas
beaucoup. Il ne vient pas chez Monsieur Azar pour lui rendre visite ou pour boire du café et
rencontrer du monde. II est là parce qu’il y a dans la pièce une table libre à laquelle il s’installe
pour corriger inlassablement, avec rigueur et méthode, ses nombreux paquets de copies.
Quand ses élèves réussissent mal un devoir, il me confie parfois, à moi, son ancien élève qui
est passé maintenant de l’autre côté de la barrière, ses doutes et ses scrupules. A-t-il bien
réussi à faire parvenir son enseignement ?
J’ai appris de ce professeur chevronné que dans le métier d’enseignant rien n’est jamais
définitivement acquis et que la conscience professionnelle nécessite une continuelle remise
en question.
Je retrouve Monsieur Abou Khalil en 1993, Secrétaire de la préfecture des Grands.
Combattant du quotidien avec un courage sans égal et une ténacité à toute épreuve, il est
toujours là.
161
Nous du Collège - N 288 - Mars 2018
o

