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Tribune
femme, adulte ou enfant, victime ou pas des Chacun de nous est invité, quelles que Ramy Zein
stigmates de la guerre, est invité à vibrer au soient ses préférences littéraires, à explorer
rythme des battements du cœur de Siham. à travers les mots les entrailles du Liban et
Cette œuvre m’a profondément marqué et de son histoire. En Libanais de cœur et/ou
appris. J’ai pu, en suivant les traces de Siham, de sang, il est de notre devoir d’encourager
« vivre » un infime semblant de la guerre de l’essor d’une culture propre, d’évoluer en
1975 dont j’avais tant entendu parler par prenant conscience et compte des traces de
mes proches. Ce roman a eu le pouvoir de notre passé… Ces œuvres recèlent une forte
m’immerger dans le dur quotidien d’une puissance : elles permettent la création d’une
vie en pleine guerre ; le son terrifiant des mémoire collective. À quoi sert la mémoire ?
bombardements, la peur du lendemain, la À tisser des liens transgénérationnels, Charif Majdalani
pénurie, la colère, ce profond sentiment assurer une continuité dans l’Histoire, se
d’injustice, « Pourquoi moi ? », « Pourquoi cette rappeler, se souvenir, comprendre pour ne
violence ? », « Pourrais-je un jour me balader plus commettre les erreurs passées.
de nouveau dans les si beaux quartiers de
Beyrouth ? ». Ce fut également une occasion Le travail de mémoire n’est malheureusement
pour moi de comprendre mais aussi de pas assez pris au sérieux au Liban ; chaque
communiquer. Je réussis à m’accaparer en confession a ses mémoires.
quelque sorte la mémoire de cette guerre, La littérature libanaise nous offre une
me forger une identité nationale en vue passerelle à travers laquelle le jeune
d’un lendemain plus prospère, dialoguer commence à comprendre le vécu des Nadia Tueni
avec mes parents, partager leurs souvenirs générations qui le précèdent.
de guerre personnels, leurs peurs enfouies Les survivants de guerre demeurent bloqués
depuis ce temps. Ces conversations étaient par la haine, la peur, une amnésie totale.
épurées de tout avis politique, de prise de On feint d’oublier pour ne pas pardonner,
parti ou de dénonciation ; elles émanaient un travail de mémoire est impératif pour
du cœur et étaient tout simplement sincères pardonner sans jamais oublier. La gravité de
et authentiques, elles dépeignaient la la situation est telle qu’il suffit aujourd’hui
tristesse et la nostalgie, la complexité de d’un dérapage verbal pour faire ressurgir les
l’être humain et sa réactivité par rapport aux démons de la guerre, pour que chaque partie
temps sombres. J’ai pu finalement mettre ou confession se retrouve « blessée dans son
une image sur tout ce dont j’avais entendu amour-propre » et risquer de retomber dans Amin Maalouf
parler. Il existe une grande différence entre la violence, les conflits, la catastrophe.
apprendre les événements et la causalité de
cette guerre dans les livres d’histoire d’une Si des parents ne souhaitent pas
part, et la comprendre par soi-même, à communiquer à leurs enfants leurs souvenirs
travers des mots simples et vrais, la parcourir de guerre, un message circule quand
dans la peau d’une jeune fille libanaise même, le non-dit, la peur, le traumatisme, la
détruite et en vue d’une reconstruction. confusion, l’incertitude … en somme : vivre
dans le déni. Les placards du passé resteront
Bien d’autres écrivains libanais ont fait remplis de cadavres, l’ignorance ne sera
preuve d’un certain génie littéraire pour que plus répandue au sein des nouvelles Alexandre Najjar
nous raconter l’histoire d’une terre autrefois générations. Commençons ainsi ce travail
si fertile, la « Suisse du Moyen-Orient ». de mémoire, nous les jeunes d’aujourd’hui,
On compte bien évidemment Amin remparts de l’avenir de notre nation. Lisons,
Maalouf, Charif Majdalani, Nadia Tueni, apprenons, et dialoguons pour mieux
Alexandre Najjar… qui n’ont cessé et ne comprendre, mais surtout pour pouvoir
cessent de remporter des distinctions en avancer sur le chemin d’une reconstruction
reconnaissance de leurs travaux. définitive. Posons-nous la question suivante :
Quel Liban voulons-nous réellement ?
Il est essentiel de ne pas porter de préjugés Antoine Daher SV1
sur la littérature francophone libanaise.
96 Nous du Collège - N 288 - Mars 2018
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