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138      Carnet de Famille                                                  Nous du Collège - N  292 - Février 2020
                                                                                                  o






          En 2017, il avait intitulé la retraite « Mettre sa vie en
          parabole », en référence au titre du livre d’un jésuite
          belge, Dominique Collin.
          Et au cours de la dernière retraite en 2018, il s’est
          beaucoup inspiré de la retraite donnée en 2006
          par le cardinal Bergoglio aux évêques d’Espagne. Il
          avait de l’admiration pour le pape François.
          Le Père Dalmais accompagnait nos retraites avec
          simplicité et modestie, il aimait les moments
          d’échanges et de partage, écoutant et respectant
          l’avis de chacun.
          Dans l’introduction d’une des premières retraites, il
          nous avait dit « J’avoue que j’aborde toujours une
          retraite que je dois accompagner avec une certaine
          crainte : le ministère de la parole de Dieu est quelque
          chose de redoutable, car il n’est pas facile d’être un   Marche matinale autour du lac de Taanayel, lors d’une retraite
          instrument docile et fidèle dont le Saint Esprit se sert   spirituelle avec les Anciens.
          pour parler dans le secret des cœurs. Et pourtant     l’appel que Dieu avait adressé à Abraham : “Quitte
          Dieu veut que sa parole vivante soit communiquée,     ton pays, ta parenté, et la maison de ton père, et va
          transmise par des bouches humaines ». Et d’ajouter    dans le pays que je te montrerai et je bénirai ceux
          en se référant au Père de Lubac : Lorsque j’enseigne   qui te béniront”»...
          mon frère, ce n’est pas moi qui l’enseigne en réalité,   Il s’était laissé conduire par le Seigneur. Il considérait
          mais  nous  sommes  tous  deux  enseignés  de  Dieu.   que le Seigneur lui avait donné de nombreuses
          La Vérité n’est pas un bien que je possède, que je    grâces, et il le remerciait pour cela. Il était d’une
          manipule et distribue à mon gré. En le donnant, il    lucidité éclatante et savait qu’il arrivait au bout du
          faut que je le reçoive encore ; en le faisant trouver,   chemin.
          que je le cherche encore.
          Il nous a appris que Dieu n’est pas une abstraction : il   Nous  l’avions  quitté  à  la  fin  de  septembre  2018,
          faut parler avec Lui, il faut savoir se vider pour mieux   en  nous  donnant  rendez-vous  pour  la  prochaine
          se remplir de Lui. Et d’ajouter : Dieu est semeur ; le   rencontre. Mais le Seigneur en a voulu autrement ;
          champ à ensemencer qu’il préfère, c’est le cœur de    Il a choisi de rappeler auprès de Lui son Serviteur
          l’homme.                                              le 15 août 2019, jour de l’Assomption de la Vierge,
          Au cours de ces retraites, il célébrait la messe dans   pour laquelle le père Dalmais avait une dévotion
          les trois rites : latin, maronite et byzantin. Et au cours   particulière.
          des messes maronite et byzantine, il tenait à faire
          son homélie en langue arabe.                          Avec le Père Jean Dalmais, s’en va le dernier des
          Il y avait aussi cette marche aux flambeaux, le samedi   grands pères jésuites français de l’avant-guerre
          soir, jusqu’au lac ; le Père Dalmais tenait à faire cette   civile venus de France dans ce Liban qu’ils ont aimé
          marche,  malgré  la  fatigue.  Et  il  nous  donnait  sa   et au service duquel ils se sont mis. Il représentait
          bénédiction devant la statue de la Vierge.            la mémoire de Jamhour et en était devenu l’icône
          Je  veux  enfin  me  rappeler  la  marche  matinale,   pour de nombreuses générations.
          qu’avec mon ami Victor nous avions la chance de
          faire avec lui : il allait d’un pas alerte et ferme autour   Cher Père Dalmais, nous ne vous dirons jamais assez
          du lac et nous admirions avec lui le lever du soleil et   notre affection et notre reconnaissance pour tout ce
          l’aube pointer sur cette belle plaine de la Békaa et   que vous avez fait pour nous et pour de nombreuses
          sur le Mont-Liban qui nous surplombait.               générations  libanaises passées  au Collège  durant
          Au cours de l’une de ces marches, il nous a fait part   votre présence à Jamhour. Vous avez servi le Liban
          de son histoire, de sa vie qu’il ne regrettait pas :  et le Seigneur ad majorem Dei gloriam !
          « Je me suis toujours senti libre et heureux, disait-
          il.  En  songeant  à  mon  parcours,  je  peux  évoquer
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