Page 100 - Nous 294 - Février 2021
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100 Carnet de famille Nous du Collège - N 294 - Février 2021
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Allô, Zeina...
« Allô, Zeina ? » Nous sommes le 5 août 2020 et je
tourne en rond chez moi. Je n’ai pas été touchée
par l’explosion ni ma famille. Mais je ne veux pas
rester les bras croisés à ne rien faire. Je veux me
rendre utile, aider. C’est pour cette raison que
j’appelle Zeina, pour lui demander conseil. Zeina est
une amie et une femme d’action d’une très grande
générosité. Elle n’a d’ailleurs pas attendu mon
coup de téléphone pour se mettre en mouvement
et activer ses nombreux contacts auprès de
personnes ressources et d’ONG qui peuvent venir
en aide aux victimes. Lorsque, quelques jours plus Zeina et Caroline « porteuses de lumière »
tard, nous mettrons en place une petite « cellule
de crise » composée d’éducateurs, elle en sera avec lucidité et courage. Elle savait qu’elle pouvait
bien sûr partie prenante et l’une des plus actives, ne pas traverser cette nouvelle épreuve et elle me
s’ingéniant à trouver des solutions là où d’autres demandait de prier pour elle… Alors, même si je
auraient baissé les bras. crois qu’aujourd’hui tu peux « voir Jésus face à
face », je veux te dire, Zeina, que je suis très triste,
C’est que Zeina est une passionnée et une vraiment et sincèrement très triste… Et en même
battante, une femme débordante d’énergie et temps, je remercie le Seigneur, qui nous a permis
d’enthousiasme, une « bûcheuse » comme il n’en de nous rencontrer et de faire un bout de chemin
existe pas beaucoup et une femme aussi d’une ensemble…
très grande franchise, un trait de caractère que j’ai Katia Wehbé
toujours aimé chez elle – dans l’Évangile de saint
Jean, elle me fait penser à Nathanaël, dont le Christ En mémoire de Mme Zeina Naccache
a dit, avec admiration, à l’occasion de leur première
rencontre : « Il n’y a pas de ruse en lui. » Je connais Chers amis, chers professeurs, chère famille de Jamhour,
Zeina depuis son arrivée au Collège, non seulement Une mère et une sœur nous a quittés. Le 17 février, Mme Zeina
Naccache, professeure d’arabe en classe de Terminale, a laissé
en tant que collègue mais très vite aussi de manière ses enfants et ses amis pour rejoindre notre Seigneur, qui lui a
plus personnelle grâce à des projets dans lesquels sûrement souri en la recevant dans Sa maison.
nous nous sommes impliquées toutes les deux. Je dis ses enfants car en réalité Zeina n’a pas laissé d’élèves sur
Cette proximité m’a permis de découvrir d’autres son passage, nous l’appelions madame, certes, mais ce n’était
facettes de sa personnalité, en particulier sa grande que par formalité. Elle avait cette façon de nous parler, de nous
corriger, de nous regarder à travers sa caméra d’ordinateur –
sensibilité et sa fragilité et peut-être plus encore souvent réglée trop haut pour que nous puissions voir tout son
sa profondeur humaine que l’expérience de son visage – que personne ne saurait décrire. Elle était à la fois très
premier cancer avait creusée. stricte et n’acceptait aucun écart mais gardait toujours cet air
tendre et son petit sourire en coin.
Elle corrigeait toutes nos fautes faites à l’oral et ne s’exaspérait
Mais les deux traits de caractère qui m’ont le plus jamais de nous voir répéter la même phrase 20 fois jusqu’à ce
impressionnée lors de son dernier séjour à l’hôpital, qu’on la prononce correctement – et Dieu sait comme ça peut
et que je garde précieusement dans mon cœur, sont être frustrant. Un regard tendre et impassible, un cœur en or
sa pudeur et son courage. Lorsqu’elle est entrée à et une patience sans limites, que puis-je être en train de décrire
l’hôpital pendant les vacances de Noël, j’ai essayé sinon une mère aimante et attentionnée ? Cependant, Zeina
de lui téléphoner à de nombreuses reprises, très n’était pas qu’une mère, c’était une amie chère aux yeux des
chanceux qui l’ont connue. Ses collègues parlent d’une femme
souvent sans succès. C’est que Zeina avait très vite souriante au quotidien, généreuse envers tout le monde,
fixé les règles du jeu : « Envoie-moi des messages, pleine d’entrain et de vie, toujours prête à aider les autres, à
je les lirai et cela me fera toujours plaisir. Mais je remplacer en cours ceux qui en ont besoin et, par-dessus tout,
ne t’appellerai que lorsque j’irai bien. » C’était sa une personne d’une grande intelligence et une amie de bon
manière à elle d’être pudique, sa délicatesse… Et conseil.
Que dire de plus ? Je pense qu’ils ont de la chance là-haut.
lorsqu’elle m’appelait, elle faisait face à sa maladie Rami Bazan Te8

