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96      Carnet de famille                                                Nous du Collège - N  294 - Février 2021
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          M. Ghazal, le passionné...

          M. Ghazal nous était très cher. C’était un passionné
          et de physique, et de chimie, et il a tout fait pour
          nous faire aimer ces matières.

          En classe de chimie, il était tel un sorcier, dans son
          tablier blanc, le dos tourné, les bras écartés des
          deux côtés d’une équation. Ses mains devenaient
          de la matière et ses doigts, le nombre de molécules.
          D’un geste leste, il croisait ses mains pour nous
          annoncer d’une voix solennelle : « Dans le monde
          de la matière, rien ne se crée, rien ne se perd, tout
          se transforme. »

          En classe de physique, c’est au laboratoire qu’il
          nous avait emmenés un jour pour nous montrer
          que la nature a horreur du vide. Il nous parlait avec
          passion de l’expérience de Magdebourg et, voyant
          qu’un élève ne l’écoutait pas (petit clin d’œil à mon
          ami Patrick Georges), il lui a demandé de faire lui-
          même l’expérience. M. Ghazal d’un côté et Patrick
          de l’autre ont tenu chacun les deux hémisphères
          censés être inséparables à cause du vide à
          l’intérieur. Était-ce Patrick qui avait tiré trop fort ou     Nous du Collège N  237, avril 1992
                                                                                      o
          était-ce M. Ghazal qui n’avait pas assez fait le vide,
          ou étaient-ce simplement les deux hémisphères
          qui étaient devenues trop usées ? Il n’en demeure      depuis que j’ai quitté le Collège, était un homme
          pas moins que ce qui ne devait pas arriver arriva, et   doux. C’était un professeur aimant, patient et
          que les deux hémisphères ont lâché, faisant perdre     passionnant, un homme de cœur autant que de
          l’équilibre autant à M. Ghazal qu’à Patrick, qui se    sciences.
          sont retrouvés tous les deux par terre.                Je dois aux qualités de M. Ghazal mon choix de la
                                                                 neuro-pédiatrie, qui fait mon bonheur au quotidien.
                                                                 De lui, j’ai appris que, quel que soit le problème,
                                                                 il y a une façon simple et efficace de le résoudre,
                                                                 qu’avec le sourire il est plus facile de transmettre
                                                                 aux étudiants les connaissances les plus complexes,
                                                                 et que travailler avec les jeunes maintient l’esprit
                                                                 frais et alerte.
                                                                 Rizkallah Ghazal, au nom de toutes les générations
                                                                 à qui tu as inculqué l’amour des sciences, je te dis
                                                                 merci.

                                                                                               Élie Rizkallah (Promo 79)


                  Octobre 1996, avec le R.P. Salim Daccache


          C’était la seule fois où nous ayons vu M. Ghazal
          perdre son expression calme et souriante…
          Oui, parce que Rizkallah, comme j’aimais l’appeler
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