Gabriel Yared, Promo 66, est né au Liban en 1949 où il a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans. De 4 à 14ans, l'essentiel de sa vie s'est passé au pensionnat, chez les jésuites à Beyrouth.
Depuis 1980, il consacre l'essentiel de son activité à la composition de musiques de films - plus de soixante-dix à ce jour - dont plusieurs lui ont valu de prestigieuses récompenses. En 1997, sa notoriété s'impose au niveau international : il obtient, entre autres, un Oscar, un Golden Globe et un Grammy Award pour la musique du film « The English Patient » d'Anthony Minghella. Il compose aussi la musique d'autres films qui ont connu un franc succès comme « Troy », « Cold Mountain » ou encore « City of Angels ».
Pour son talent hors du commun et sa passion pour le domaine musical, le parcours de Gabriel Yared est celui d'un élève qui a su suivre ses rêves et réaliser ses ambitions jusqu'au bout. Il a accepté de nous faire part de son expérience personnelle et de sa conception du succès.
« Je suis rentré pensionnaire chez les pères jésuites à 4 ans et j'y suis resté jusqu'à l'âge de 14 ans. Sans m'étendre sur d'inutiles détails, tous mes souvenirs de cette époque sont tombés dans un puits sans fond, comme il arrive souvent quand on veut oublier ses "petites peines d'enfant".
Cependant, les rares souvenirs qui émergent sont toujours rattachés à la Musique : la première fois où j'ai entendu le son de l'orgue en provenance de la tribune de l'église de l'Université Saint-Joseph à Beyrouth ; la première leçon de piano avec Bertrand Robillard, lui-même titulaire de l'orgue de l'Université ; la première réunion de chorale avec le père Mayet et le déchiffrage d'un choral à quatre voix de Jean-Sébastien Bach ; et puis la première fois où j'ai été autorisé à accompagner, sur l'harmonium, les messes latines de 6h30, juste après le réveil des pensionnaires et avant leur petit-déjeuner.
En fait, ma scolarité s'est déroulée au rythme de mon seul intérêt, cet intérêt qui s'est transformé plus tard en passion, la Musique.
Je ne pense pas que ma scolarité m'ait « aidé » dans le choix de ma carrière car, je vous le rappelle, une carrière d'artiste ou de musicien était fort mal perçue dans les années 60 et peut-être bien encore aujourd'hui... Mais je considère que ma scolarité m'a ouvert certaines portes : j'ai eu à Jamhour beaucoup d'opportunités, celle de pratiquer la musique chorale, celle de pouvoir apprendre le piano, de participer aux fêtes de fin d'année en créant un petit orchestre, et plus tard la possibilité de jouer de l'orgue pendant les offices... Toutes ces opportunités m'ont conforté dans l'idée que je devais, comme je le savais pertinemment au fond de moi, me destiner au métier de compositeur.
Je tiens à dire à ceux qui rêvent de prendre leur envol qu'il ne leur suffira pas d'être passionné. Il vaut mieux être confronté à des obstacles, à des obligations autant que je l'ai été moi-même, à savoir l'obligation de réussir à passer d'une classe à l'autre, de passer mon bac français et mon bac libanais, de faire deux années de droit (car mon père jugeait que la musique n'était pas un métier) et tant d'autres devoirs et restrictions... Et on découvre, bien plus tard, que ces obstacles étaient nécessaires, essentiels à votre évolution car ils deviennent des leviers qui vous permettent de vous forger, de vous dépasser et aussi de tester votre endurance et le bien-fondé de votre passion.
Quant à ma conception du succès... je n'en ai pas. Le succès provient d'un jugement public, d'une reconnaissance pas toujours justifiée, souvent peu éclairée, et, à mes yeux, le plus important ne réside pas en cela. »
