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Le soulèvement populaire
vu par les jeunes DOSSIER 55
Nous du Collège - N 292 - Février 2020
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Éclairage sur la crise
économique
algré leur âge, les jeunes ressentent que la crise économique est un problème grave. Soit parce
Mqu’ils ressentent le stress de leurs parents, inquiets pour leur emploi ou leurs économies, soit
parce que la crise a un impact direct sur leurs vies. Le Nous du Collège a interrogé Mme Myriam Bazan
Coordinatrice des Sciences économiques et sociales au Collège pour expliquer cette crise aux jeunes lecteurs
du Nous.
Nous : Comment peut-on expliquer à nos élèves la crise économique qui touche actuellement le
Liban ?
Myriam Bazan : On parle habituellement de crise économique lorsqu’un pays produit moins
qu’auparavant et quand les prévisions économiques annoncent une diminution du PIB (Produit
Intérieur Brut) ou une augmentation du PIB moins importante que celle de l’année précédente.
Au Liban, la crise est aggravée par le manque de confiance dans l’État et dans ses politiques
économiques qui ne tiennent pas compte des réels besoins des citoyens.
Même lorsque l’État trouve une réponse à un besoin, par exemple en octroyant la nouvelle grille
des salaires, il néglige son incidence sur une dette publique qui dépasse déjà 150% du PIB (3 e
au monde derrière le Japon [240%] et la Grèce [179%]). L’endettement public limite les moyens
de l’État pour soutenir l’économie, ce qui affaiblit son rôle et provoque la crise économique. De
plus, il existe un important déficit commercial au Liban. Ainsi, le Liban importe bien plus qu’il
n’exporte, il vit au-dessus de ses moyens et, pour importer, il a besoin de devises étrangères
(dollars américains et euros) pour payer ces importations, à l’heure même où l’entrée des capitaux
a beaucoup diminué. D’où le manque de devises.
Nous : Pourquoi le citoyen a-t-il perdu sa confiance dans les institutions de l’État ?
MB : Depuis plusieurs
décennies, l’État augmente
les impôts et n’assure pas en
retour les services publics et
collectifs adéquats. Devant
ce manque de prestations,
il est normal que le citoyen
perde toute confiance dans
les institutions de l’État,
qui, en plus, est accusé de
corruptions.
Ainsi, au lieu d’investir dans
des secteurs productifs, le
citoyen va, par prudence,
épargner son argent ; on
appelle cela l’épargne de
précaution. Il va même essayer
de mettre son épargne en lieu
sûr, hors du pays, on parle
alors de « sortie des capitaux », Illustration : Marilynn Jalbout 5 5
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et cela se produit depuis 2017.

