Page 58 - Nous 292
P. 58
Le soulèvement populaire
DOSSIER
58 vu par les jeunes
Nous du Collège - N 292 - Février 2020
o
le retour à l’habitude...
près avoir vécu une période très mouvementée en traverse le pays. La presse, les parents, les amis, les
Araison de la fermeture des routes, occasionnée réseaux sociaux… autant de sources pour s’informer
par le soulèvement populaire du mois d’octobre, les de l’actualité et pour y puiser l’idée de revisiter les
routines journalières devaient enfin reprendre leur manifestations à notre propre façon.
cours. Il fallait désormais retourner à la normale, L’heure H a enfin sonné. Des drapeaux libanais de
aller à l’école. Nos bancs de classe, refroidis par toutes les dimensions virevoltaient dans les couloirs et,
notre absence, nous attendaient, et ce n’est qu’une sans plus tarder, regagnaient le lieu du rassemblement.
fois repris les horaires habituels que les bus scolaires Sur place, une considérable masse d’élèves s’est
ont redémarré… Il nous fallait, après trois semaines tôt fait remarquer. Aucune expression déplacée ou
d’interruption, reprendre le rythme des habitudes inappropriée n’est venue heurter nos oreilles. Nous
perdues, retrouver le rythme soutenu du travail à n’entendions que des cris de manifestants demandent
longueur de journée. On aurait dit la rentrée de une seule chose : un avenir meilleur pour leur patrie.
septembre en plein hiver… Ce n’était que le cri de jeunes Libanais qui faisait
Cette reprise brutale n’a pas plu à tout le monde… vibrer la place.
Chez les plus petits, elle semblait catégoriquement
refusée alors que chez les plus grands, elle demeurait
temporairement acceptée. Certains craignaient le
retard dans leurs programmes tandis que d’autres
ne pensaient qu’à s’amuser. Nous n’avions quand
même pas le choix : retourner à l’école, nos parents
nous l’avaient tous imposé.
Le jour J est finalement arrivé. Mercredi 6 novembre
2019, nous avons réintégré nos classes. Le
retentissement de la cloche signait notre arrivée.
Au Petit Collège, la reprise du travail s’est déroulée
sans encombre. Il n’y eut aucune discussion autour
du sujet phare de l’actualité. Les enseignants, de leur
côté, se sont contentés de rassurer leurs élèves et de
leur prodiguer quelques conseils en matière sécurité.
Au Grand Collège, les choses ne se sont pas passées La révolte du 17 octobre nous a bon gré mal gré
de la même manière. Plus précisément, des élèves de poussés à nous intéresser davantage à notre pays
Terminale, avec évidemment l’accord des préfets, ont et à surtout réaliser que, quoi qu’il se passe, nous
décidé d’organiser un rassemblement afin de faire ne le laisserons jamais tomber. Tant de fois, nous
entendre la voix des jeunes lycéens libanais, qui, eux avons entendu les rumeurs les plus folles sur notre
aussi, avaient leur propre avis sur la situation du pays. cher pays, des rumeurs qui ont mis nos nerfs à rude
Ainsi, bon nombre d’élèves du cycle secondaire se épreuve, au point que nous ne pensions qu’à une
sont retrouvés le jeudi 7 novembre, à la deuxième chose : quitter le plus tôt notre pays. Mais, à présent,
récré, sur la Cour de la Vierge pour exprimer leurs avec plus de recul, nous pouvons avoir la certitude
convictions ainsi que leurs opinions quant aux que ce n’étaient que des rumeurs…
tenants et aboutissants de la situation critique que Mariane Sadek Rahmé 2 4
de

