1re 2 : L’immortalité

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L’immortalité, dans vingt ans !

Devons-nous nous fier à ces affirmations optimistes deRay Kurzweil, informaticien américain ?

Depuis la nuit des temps, l’homme, terrorisé par l’idée de sa mort, a toujours rêvé de la dépasser, d’être maître de ses ‘‘sorties’’ de scène.
C’est dans les plaines préhistoriques qu’occupaient nos ancêtres animistes, qu’est né le concept d’immortalité. Cette idée n’a depuis jamais quitté l’esprit humain…

L’Homme parviendra-t-il à accomplir sa quête d’immortalité ?

C’est d’abord dans la littérature, mythologique comme moderne, que l’homme s’évertue à matérialiser son désir d’immortalité.

Cependant, rares sont les récits mythologiques qui témoignent d’une victoire de l’homme sur la mort. Celui-ci échoue au contraire, à l’image de Gilgamesh, héros mésopotamien, ou d’Orphée, héros grec, alors qu’il est tout proche du but. Mais encore, dans la littérature moderne, ce thème n’a cessé d’obséder les auteurs, comme leurs personnages. Nous pouvons ainsi évoquer le personnage de Lord Voldemort, issu de l’œuvre de J. K. Rowling, Harry Potterquiest réduit à tuer de sang-froid des innocents, afin de créer des objets ensorcelés, les Horcruxes, où il pourra conserver des fragments de son âme. Dans Harry Potter, comme dans de nombreuses autres œuvres littéraires modernes, la quête d’immortalité s’oppose aux valeurs humaines, à la bonté, à l’humilité, à l’amour, et enfin à l’essence même de la vie. L’immortalité apparaît ainsi comme une situation anormale, rejetée autant que désirée par l’inconscient humain.



Harry Potter et les Reliques de la Mort

 

C’est alors dans la religion que l’homme trouvera refuge. Qu’il s’agisse des anciens égyptiens, des bouddhistes, des chrétiens ou des musulmans, les religions ont toujours pour objet de culte une ou plusieurs divinités immortelles à laquelle les croyants s’identifient. Mais aussi, la plupart prône le caractère immortel de l’âme humaine, de par la promesse d’une vie éternelle, qui continue après la mort, ou grâce à la réincarnation. Ainsi, la mort n’est plus réellement une mort, puisque la vie continue après sous une autre forme. Cependant, pour accéder à cette vie éternelle, la mort serait un passage obligé. Or, le but ultime de la quête de l’immortalité est d’évincer cet obstacle, de vivre à tout jamais sur Terre.

Depuis quelques années, cette recherche d’éternité, qui ne se résumait autrefois qu’à des rêves, est désormais chose possible.En effet, les impressionnantes avancées scientifiques que connut la fin du siècle dernier, concrétisenténormément ces aspirations à la vie éternelle.

La découverte d'espèces capables de se régénérer (la salamandre) ou même de rajeunir indéfiniment (la méduse Turritopsisnutricula, seul animal immortel) constitue déjà plusieurs pistes de recherche. Ainsi, l'apparition et le perfectionnement de techniques scientifiques nouvelles comme la génomique (l’étude des gènes), la thérapie génique (le traitement des maladies par les gênes), la biologie cellulaire ou le clonage thérapeutique, permet de réaliser que l'immortalité humaine est une idée de plus en plus concrète.

La méduse Turritopsisnutricula

 

La principale innovation est sans nul doute une découverte très récente concernant le vieillissement à l’échelle cellulaire. Ce dernier serait conditionné par une perte progressive des extrémités des chromosomes, les télomères. En effet, lorsque nos cellules se divisent, une petite portion située à l'extrémité de l'ADN ne peut pas être copiée par l'enzyme responsable de la réplication de l'ADN (l'ADN-polymérase). Ce phénomène entraîne, au fil des divisions, un raccourcissement des télomères. Ces derniers, ne codant pour aucun caractère, protègent ainsi la séquence d’ADN codant. Cependant, passé un certain nombre de divisions, les informations de l’ADN commenceront à être touchées, et les télomères actionneront une sorte d’ ‘‘alarme’’, qui interrompra la division et causera la mort de la cellule.

La possibilité de contrôler cette ‘‘horloge télomérique’’permettrait ainsi de freiner le vieillissement, ou encore, de l’interrompre, pour atteindre l’immortalité. Or, nous savons qu’une enzyme, la télomérase, est capable d’interrompre le processus en remplaçant l'ADN perdu, conservant ainsi la longueur des télomères. Cependant, cette situation présente un haut risque de cancérisation de la cellule.
Une autre voie s’ouvre également dans le domaine de la science : celle des cellules-souche.
Il en existe deux types: les cellules souches embryonnaires et les cellules souches adultes. Les cellules souches embryonnaires sont des cellules pouvant être retrouvées chez l’embryon, chez le  fœtus et au niveau du cordon ombilical du nouveau-né. Elles présentent la faculté de pouvoir se spécialiser en différentes cellules (musculaires, nerveuses) sans jamais mourir du fait de l’importante production de télomérase en leur sein. Une utilisation de ces cellules nécessiterait cependant la destruction d’embryons surnuméraires issus d’une fécondation in-vitro ce qui est condamnable pour des raisons éthiques. Les cellules souches adultes sont quant à elles plus faciles à  prélever et ont des propriétés voisines de celles des cellules souches embryonnaires  (bien que leur potentiel soit plus restreint). Elles devraient permettre d’entrevoir des thérapies efficaces pour de nombreuses maladies.
Finalement, l’application de la cryoconservation associée à l’utilisation des nanotechnologies pourrait permettre de conserver le corps d’un individu dans de la glace ou dans de l’azote liquide, empêchant ainsi toute activité métabolique, afin de ressusciter le patient après avoir trouvé un remède à la maladie qui aurait dû causer son décès. Des nano-robots pourront alors réparer les dommages liés à la congélation vu qu’ils peuvent atteindre des zones théoriquement inaccessibles de l’organisme.
Cependant, ces découvertes scientifiques ne constituent que des pistes de recherches, très controversées quant à leur respect de la morale et de l’éthique. Elles pourraient ainsi ne pas aboutir, du moins pas avant de très nombreuses décennies.
Mais quand bien même celles-ci réussiraient à procurer à l’être humain l’objet de sa quête éternelle, de multiples questions se poseraient alors : l’immortalité est-elle sans danger pour l’individu et pour l’espèce ? Ou encore l’homme a-t-il réellement besoin de vivre à jamais ?

Sylvain DAOU
Rita HANNA
Julien KAIKATI
Grégoire YETERIAN