Dîner de la fête des professeurs de Jamhour
8 mars 2010 - Hôtel le Royal à Dbayeh

Révérend Père Recteur,
Révérends Pères et Sœurs,
Chers Membres du Comité des professeurs,
Chers Amis au féminin, au masculin et au pluriel,

Quelle favorable coïncidence que d’être avec vous en cette belle fête de l’Enseignant libanais, et de partager avec vous, encore une fois - sans doute la dernière - ce moment de joie.
Il est de mon devoir d’exprimer ma reconnaissance au Père recteur, le P. Bruno Sion, au Secrétaire général du Comité des professeurs, Mme Hoda Hélou, et à M. Barbar, notre poète de l’Arabie heureuse, pour leurs mots chaleureux et élogieux. Je vous remercie aussi pour la présentation que je viens de visionner avec vous. Je voudrais vous remercier surtout, toutes et tous, d’avoir insisté pour que l’on puisse profiter de l’occasion pour se revoir et saluer les vingt ans que j’ai passé avec et parmi vous à Jamhour.
Permettez-moi d’exprimer mon affection et d’avoir une pensée particulière pour certaines personnes qui  ont marqué  ce Collège, au cours des années : la multitude d’anciens enseignants, bien représentés ce soir parmi nous, avec à leur tête le P. Jean Dalmais.  Je pense aussi au P. Alex Bassili, ce fidèle combattant, et au regretté P. Robert Clément, ce brave de tous les projets. Je n’oublie pas les préfets de division, le personnel de l’administration et de l’intendance, surtout ceux qui habitent le couloir dit de l’administration, avec un clin d’œil à Ramza Diab et à Jean Fallah. Comment ne pas saluer les enseignants et les enseignantes, les éducateurs et les éducatrices impliqués dans le devoir quotidien d’enseigner, d’éduquer, d’accompagner et de veiller sur notre jeunesse à Jamhour, Grand Collège et Petit Collège, et à Saint-Grégoire.
J’ai été heureux de porter avec vous le fardeau, durant cette longue période, bravant les difficultés et partageant les moments difficiles comme les moments les meilleurs. Puisque je fais un tour de lieux, comment ne pas saluer aussi ceux qui travaillent dans le spirituel, la coordination, les sports, le social, le service de santé, la communication, le Centre sportif et culturel, les anciens élèves et tous les autres que j’oublie de mentionner…
En fait, j’ai compris une chose au cours de ces derniers mois : pour bien partir d’un lieu où vous avez  travaillé, galéré et construit ensemble, souvent dans la joie et dans le rire, parfois dans la peine et l’angoisse, il ne faut pas oublier de se dire merci, un merci mutuel entre amis et partenaires.
Je voudrais vous dire ce soir que le passé n’est point des jours qui disparaissent mais une vie construite de labeur et d’amour ; que la complicité vécue au quotidien donne à notre mission éducative une dimension humaine, inoubliable, et qui m’accompagne là où je suis.
Ainsi, si je suis là ce soir, c’est pour vous dire, chacune et chacun, par votre prénom, merci du fond du cœur pour tout ce que vous avez été pour moi durant des années, enseignants et éducateurs professionnels, partenaires conscients de la gravité de votre mission éducative. Évidemment, nous vivons sous le régime de l’humanité, même sauvée en Jésus-Christ, elle reste pourtant faible et nous n’arrivons pas toujours à honorer toutes les exigences de notre mission qui tire sa raison d’être du projet d’éduquer de la Compagnie de Jésus, de la mission culturelle et humaniste du Liban et de la conscience professionnelle de chacune et de chacun.
Éduquer, selon le projet éducatif de la Compagnie de Jésus, c’est cibler l’excellence académique, c’est aider chacun à atteindre la stature du Christ Jésus, c’est former des femmes et des hommes pour les autres. Éduquer, c’est se reconnaître les uns les autres, en tant que partenaires qui partagent la même mission.
Une mission au service du Liban, ce Liban qui, bien plus qu’une nation, est un message de culture, de justice, de liberté et de pluralisme. Ce Liban pour qui l’éducation et la culture sont la vraie richesse, et la personne humaine le véritable capital. L’enseignant et l’éducateur ne sont alors que la conscience d’un peuple désireux d’apprendre et de construire une nation, et vous, enseignants du Liban, enseignants de Jamhour et de Saint-Grégoire, vous êtes la conscience en actes de ce peuple et de notre nation, de cet espace éducatif national qui s’appelle Jamhour.
De votre conscience intime, retenez que l’enseignant est un professionnel, que le professionnel est compétent et que le compétent est un éducateur amoureux qui se donne sans compter, qui fait l’institution, cette institution qui doit toujours le considérer, l’aimer et l’honorer.

Chers Amis,
Victor Hugo disait : «  Les diplomates trahissent tout, excepté leurs émotions » et Oscar Wilde soulignait que « les femmes sont plus aptes aux émotions que les hommes ». Ce soir, je me reconnais dans ces deux citations : je suis le diplomate, mais comme les femmes, je suis aussi enclin à une forte émotion. Relativiste né, venant d’une famille où travailler la terre porteuse de fruits est une mission pour laquelle il ne faut remercier que le Seigneur, je ne voulais pas d’honneurs et je ne voulais pas de fête, par peur de l’émotion qui dévoile l’être fragile qui risquerait de verser une larme, mais qui est fort de votre amitié et de votre appui.
Pour ceux qui ne m’ont pas encore posé la question, je vous assure que je suis très heureux dans le travail de doyen qui m’est confié par mes collègues…, moins peut-être dans la résidence de Beyrouth où l’on vit aux rythmes des tambours de la rue Monot !
Que le bon vent emmène toujours le grand vaisseau de Jamhour vers le bon port, bien orienté par son capitaine, le père recteur, bien préservé par ses officiers, jésuites ou laïcs, vous, ses valeureux combattants, pour un Liban de la culture,  de la foi qui ne trompe pas et de la liberté qui ne tombe jamais. Bonne fête !