Le P. André Masse, sj, 25 ans déjà

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25 ans nous séparent de l’assassinat du P. André Masse, le 24 septembre 1987, au Centre d’études universitaires du Liban-Sud.

Tout avait commencé avec la construction du Centre en 1976 à Bramieh, par le P. Jean Ducruet, et celle du centre universitaire mis à disposition de l’USJ en 1981 à Kfar Falous, par Rafiq Hariri. Il y fallait un directeur jésuite ; les hommes manquant, le P. Ducruet fit appel au Provincial de France, qui accepta de détacher pour quelques années des jésuites de sa province : Roger Cuzon, Jacques de Mauroy, Jacques Jouitteau, puis André Masse, qui arriva en septembre 1985, à 45 ans.

Les événements de mars 1985 avaient profondément bouleversé la région. Les chrétiens avaient fui. Le Centre avait été pillé, occupé ; des munitions y avaient été déposées. Moustapha Assaad, directeur-adjoint, avait pu récupérer les locaux. Il fallait les rééquiper, rassembler des professeurs, inscrire des étudiants. André Masse et Moustapha s’attelèrent à la tâche, et purent ouvrir une année universitaire. Outre ses fonctions, André Masse donnait des cours de mathématiques, d’informatique, et cultivait le jardin. Par sa simplicité, il gagna peu à peu la confiance des étudiants – eux qui s’étaient étonnés du parachutage de ce directeur qui ne connaissait ni la langue ni le pays et ne partageait pas leur religion. Trois mois plus tard, il eut la joie de retrouver la vie communautaire, rejoint par le P. Joseph Nassar.

Il s’attachait au Liban, et le Liban s’attachait à lui. Repérant ses qualités, le P. Ducruet l’appela à Beyrouth l’été 1987 pour être son adjoint. Il voulut rester à Bramieh jusqu’en septembre, pour assurer la transition avec son successeur, le P. Robert Benedicty. Mais le 24 septembre un homme entra dans les locaux de l’administration, dissimulant une arme sous un journal, se dirigea vers lui et tira plusieurs fois à bout portant, dont au moins une à la tête. Il mourut aussitôt, le corps baignant dans son sang.

Le motif le plus vraisemblable est politique, et les indications officieuses vont dans ce sens. La France abritait et protégeait un ancien premier ministre du chah d’Iran, Chapour Bakhtiar, qui dirigeait un mouvement de résistance au régime des mollahs. C’est pourquoi les jésuites parlent plutôt d’assassinat que de martyre. Mais n’eût-il pas été chrétien, il n’aurait pas été visé.

Le P. Nassar lava le sol, et versa l’eau mêlée de son sang au pied d’un olivier qu’il avait planté. On dit que les olives en sont rouges.

Brun Sion, s.j.

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