Interview avec Carla Aoun (Ancienne du Collège et étudiante à l'USJ)
J'ai trouvé que la transition entre le stade collégien et le stade universitaire n'est pas facile. Les premières semaines, voire le premier semestre à l'université est très difficile à vivre du point de vue psychologique, étant donné que le système de l'école est guidé, dirigé et limite même l'autonomie et l'initiative de l'élève. Alors qu'à l'université, dès le premier jour - même avant, lors de l'inscription - l'élève, futur étudiant, se retrouve seul face à toutes les responsabilités qu'il doit assumer sur les plans administratif et académique.
Au niveau des études, on passe d'un enseignement suivi à un autre système : celui où l'étudiant doit se prendre en main et poursuivre ses intérêts jusqu'au bout, puisqu'à l'université on ne bénéficie pas de l'accompagnement qu'on avait au Collège. Il n'y a personne pour vous suivre des yeux et vous rattraper si vous tombez... Bref, c'est un ensemble d'étonnement, d'anxiété, de désarroi, de peur d'un futur qui s'annonce différent du parcours scolaire auquel vous étiez habitué.
Parallèlement, un sentiment de fierté et d'enthousiasme accompagne cette nouvelle période de la vie.
Sur le plan émotionnel, j'ai été envahie, comme je vous l'ai déjà dit, par une grande déception, parce que je n'étais pas initiée à tous les changements qui m'attendaient. D'après moi, les systèmes scolaires souffrent d'une lacune : l'initiation des élèves au monde universitaire.
L'élève s'attend à sortir de sa « prison » qui est l'école vers la liberté tant rêvée. On croit pouvoir passer cette étape en marchant allègrement, mais la réalité nous surprend en nous prouvant qu'on est souvent incapable d'assumer cette liberté. Ensuite, en choisissant sa filière universitaire, l'élève s'attend à être passionné, dès la première année, par les études. Pourtant, dans la majorité des domaines, la première année se présente générale et théorique, et ne vise pas directement le choix effectué et les matières spécifiques du domaine. Certains étudiants, déçus, pourraient croire que le choix effectué ne correspond pas à leurs attentes. Finalement, cette période de transition nécessite beaucoup de patience puisqu'elle n'est qu'éphémère : l'élève finira par étudier les matières qui le passionnent.
Les écoles ont un rôle important à jouer pour faciliter le passage de l'élève vers le monde universitaire. Jamhour est déjà sur cette voie grâce au Centre d'information et d'orientation (CIO) mis à la disposition des élèves depuis quelques années. Le CIO a beaucoup aidé à orienter nos choix grâce aux différents modules et forums de métiers organisés. Il faudrait toutefois que le CIO puisse offrir davantage de stages aux élèves pour qu'ils soient en contact avec le marché du travail. Et cela est important parce que ça permet de réaliser quels sont les enjeux des métiers. De plus, le Collège devrait faire de l'autonomie son cheval de bataille, et ce, sur tous les plans : académique, mais surtout personnel. Enfin, des sessions d'initiation au système universitaire devraient être organisées entre les écoles et les universités pour assurer aux futurs étudiants une période de formation visant à se libérer de « l'esprit scolaire » et à être préparés à la phase universitaire.
Être ancien élève de Jamhour nous accorde un grand privilège. Un jamhourien se distingue des autres d'abord par l'éducation reçue qui, au-delà de l'académique, développe et forge des esprits ambitieux, en quête d'excellence, cultivés et ouverts.
Propos recueillis par Christia Aoun - 1re 4