L’Orient-Le Jour : L’Annonciation fête nationale, une tradition dont l’audience s’élargit

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Marlène AOUN FAKHOURY | 27/03/2013

Tradition 7e édition de la cérémonie « Ensemble autour de Marie » à Jamhour : ouverture sur une nouvelle culture mariale islamo-chrétienne.

On ne dira jamais assez le bien que la cérémonie annuelle islamo-chrétienne de la fête de l’Annonciation, organisée dans la chapelle Notre-Dame de Jamhour, fait au pays. Le succès et l’audience que connaît cette cérémonie en fait une tradition dont l’envergure dépasse désormais les frontières du Liban, ouvrant la voie à une nouvelle culture mariale islamo-chrétienne de la concorde et du lien.

Cette action s’est doublée lundi d’une deuxième manifestation symbolique d’unité, à l’initiative d’Offre-Joie, qui a organisé une « chaîne humaine » entre deux mosquées relevant des communautés sunnite et chiite.

Plus de 750 personnes de tous les horizons religieux et communautaires se sont retrouvées cette année à Jamhour, pour l’Annonciation. Parmi les hôtes de marque, le cardinal Peter Turkson, président de la commission pontificale Justice et Paix, au Liban pour un congrès. Le prélat a transmis à l’assemblée un message de fervent appui du Vatican à l’initiative interreligieuse. Le ministre Hassan Diab, le député Henri Hélou, le nonce apostolique Gabriele Caccia, le président de la Fondation maronite dans le monde, Michel Eddé, ainsi qu’un grand nombre de diplomates et d’hommes politiques ont également répondu présent.

Terrain de partage

C’est dans la conscience de l’importance d’un terrain de partage commun à toutes les communautés que l’amicale des anciens élèves de Jamhour et la Rencontre islamo-chrétienne « Ensemble autour de la Vierge Marie », ont organisé cette 7e édition, qui revêt cette année une urgence particulière du fait des nombreuses tensions que traversent le pays et la région.

Dans son mot d’accueil, après un duo d’une grande beauté où alternaient, chantées par des voix d’enfants, versets du Coran et séquences du Notre Père, Nagy Khoury, secrétaire général de l’amicale des anciens de Jamhour et un des initiateurs principaux de la rencontre, l’a souligné : « Nous avons une lourde responsabilité à l’égard des générations futures qui ne demandent qu’à construire un monde nouveau dans la paix et la sécurité. Éduquons-les à mieux connaître l’autre quelle que soit sa couleur, son ethnie, son parcours idéologique, sa langue ou sa religion... Éduquons-les à accepter la différence, à s’ouvrir au prochain, à respecter la complémentarité... et à devenir des hommes et des femmes comme Dieu les a voulus... ».

Le père Bruno Sion, s.j., recteur de Jamhour, se félicite de son côté de cette 7e rencontre organisée par l’association « Ensemble autour de Marie ». « Il se félicite aussi de l’élection d’un pape appartenant à l’ordre jésuite. Marie qui s’est donnée à l’Annonciation, puisse-t-elle veiller sur nous qui allons nous donner ce soir », dit-il.

De la parole aux actes

Intervenant principal, sayyed Ali Fadlallah a souligné l’importance d’un passage de la parole aux actes.
« Nous n’allons pas triompher en rêvant d’un Liban, modèle de coexistence, fait-il. Il faut dépasser nos appréhensions mutuelles interreligieuses. Nous avons choisi Marie pour faire face à ce défi, dans l’esprit du pardon. Notre objectif est d’abord de nous réconcilier avec nous-mêmes afin que la demeure de Dieu ne devienne pas un endroit de discrimination et de division attisant les tensions politiques (...) mais bien un lieu de culture, de prière et d’adoration pour promouvoir l’amour et la miséricorde (...). Au nom d’un Dieu unique, nous devons nous doter de piété en paroles et en actes pour lutter contre toute forme de violence dans la pensée ou le comportement. »

Pour sa part, cheikh Mohammad Nokari, secrétaire général de la Rencontre et juge auprès des tribunaux chérié de Beyrouth, exprime son ferme espoir de voir Marie rassembler les Libanais, « afin que nos différences ne soient pas source de malédiction mais de grâces et de miséricorde ».

Entamée par un duo de voix enfantines alternant passages du Pater et versets de la Fatiha, la cérémonie, entrecoupée de psalmodies et de chants religieux, d’exhortations et de morceaux musicaux, a été clôturée par une prière d’intercession commune, récitée harmonieusement et d’une même voix par 17 hommes de religion représentant les différentes communautés au Liban.

Par ailleurs, la rencontre « Ensemble autour de Marie » et le groupe Healing The Wounds of History se sont retrouvés après la cérémonie au Jardin du Pardon, au centre-ville.

Chaîne humaine d’Offre-Joie

Non moins remarquable que la réunion de Jamhour, mais pour des raisons d’actualité politique cette fois, les jeunes « commandos de la paix » de l’association Offre-Joie ont formé lundi après-midi une chaîne humaine entre les mosquées de Basta Tahta et de l’imam Ali, relevant respectivement de Dar el-Fatwa et du Conseil supérieur chiite. Objectif, réparer l’offense et raffermir les liens d’amitié entre sunnites et chiites, après une infâme agression, dimanche 17 mars, contre deux cheikhs sunnites, à Khandak el-Ghamik. Les deux dignitaires avaient été pris à partie par des voyous chiites, et la barbe de l’un d’eux avait été rasée de force. L’armée avait effectué une dizaine d’arrestations après cet incident. Offre-Joie a complété cette action judiciaire par une réparation morale.

« Pour un Libanais qui recourt à la violence, cent autres la rejettent ! » s’est exclamé, au nom d’Offre-Joie, un orateur, au cours d’une séance à laquelle se sont associés cheikhs Ali Bitar (imam de la mosquée de Basta) et cheikh Mohammad Kazem Ayad (Khandak el-Ghamik), ainsi que le cheikh druze Sami Aboul Mouna, le P. Hani Tok et le pasteur Souheil Saoud.

L’action est typique de cette association créée en 1985, qui intervient souvent au niveau du tissage des liens sociaux entre les Libanais, en assurant la promotion d’une culture de responsabilité collective.

 


M. Nagi Khoury, vice-président de l’amicale des anciens de Jamhour, remettant à sayyed Ali Fadlallah,
intervenant principal à la réunion islamo-chrétienne, un écusson commémoratif. Photo Naser Trabolsi