Homélie de la messe d’enterrement du Père Jean Dalmais, SJ

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Homélie de la messe d’enterrement du Père Jean Dalmais, SJ,
Dimanche 1er Septembre 2019, Notre-Dame de Jamhour

Bien chers amis, chers compagnons,

Il est très difficile de parler d’un compagnon aussi proche et aussi cher, comme l’a été notre frère Jean Dalmais. C’est la première fois depuis longtemps que ce que j’écris, n’aura pas été soumis à son jugement bienveillant mais jamais complaisant. Ce que les compagnons peuvent dire du Père Dalmais peut compléter ce que les uns et les autres ont pu écrire sur les réseaux sociaux et dans les medias. Au moment où nous voulons rendre grâce au Seigneur pour la longue vie de celui que nous avons aimé, il est bon de rappeler que ce que nous sommes devenus, nous le devons toujours aux autres et en particulier à un Autre.

Ce que Jean est devenu, il le doit à sa famille bien sûr, mais aussi à la Compagnie de Jésus qu’il avait choisi de rejoindre, il y aura bientôt 75 ans, pour répondre à l’appel du Christ. Car Jean était avant tout un compagnon de Jésus, qui s’était engagé à suivre du mieux possible Celui qui l’avait appelé. C’était là son secret : une belle volonté doublée d’une grande fidélité. Pourtant Jean était conscient aussi de ses limites. C’est d’ailleurs ce qui a fait de lui pour nous un sage et un grand frère que nous prenions plaisir à consulter.

Dieu sait combien il a été un grand soutien pour toute l’équipe jésuite du Collège. Combien il a participé activement, malgré son grand âge, à toutes les décisions concernant l’évolution du Collège. Il y a quelques semaines encore, nous discutions ensemble de la stratégie à adopter pour la rentrée prochaine et Jean se préoccupait des dates des réunions auxquelles il tenait à participer activement. Jean était vraiment au cœur de la réflexion et des décisions.

L’on a beau avoir les plus belles qualités du monde, s’il nous manque la charité, cela ne nous sert de rien, dit saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens au chapitre 13. Or c’est toujours dans la confrontation aux autres qu’on peut grandir et Jean, parce que compagnon de Jésus, a toujours été sensible à la vie communautaire à laquelle il n’a jamais dérogé. Pourtant son attachement à la communauté, qui n’a jamais cessé de croitre au fil des années, ne l’a jamais empêché de garder des liens très forts avec sa famille qu’il a tenu à saluer une dernière fois cet été. Cet attachement au Christ, qu’il a voulu concrétiser en entrant dans la Compagnie de Jésus, ne pouvait que s’incarner concrètement dans la vie quotidienne avec d’autres compagnons qui sont d’ailleurs devenus pour lui de véritables amis. C’est du moins ce qu’il me confiait ces dernières années. Vous ne pouvez pas imaginer combien nous avons pu rire ensemble à table et combien nous étions contents de l’entendre nous raconter, avec beaucoup d’humour et de finesse, des histoires qui nous font encore rire. Comme le dit saint Ignace de Loyola, notre fondateur, l’amour se met plus dans les actes que dans les paroles et c’est une invitation pour chacun de nous à partager avec l’autre les talents et les dons reçus : ses qualités humaines et spirituelles, intellectuelles et relationnelles…

Jean était un homme fidèle. Rien d’étonnant à ce que le passage de l’évangile qu’il aimait tout particulièrement soit la parabole des talents dans laquelle le maitre dit à son serviteur : « C’est bien, serviteur bon et fidèle, …, en peu de choses tu as été fidèle, sur beaucoup je t’établirai ; entre dans la joie de ton seigneur » (Mt 25, 21).

Fidèle, Jean l’a été à l’égard de son Seigneur. Fidèle au rendez-vous de la messe quotidienne, fidèle aussi aux temps de prière qu’il s’était fixé et ce, malgré les temps de sècheresse que chacun de nous peut connaitre. Loin de le rendre intransigeant à l’égard des autres, cela le remplissait de bienveillance !

Fidèle, Jean l’a été en amitié. Il est toujours resté fidèle à ses anciens élèves, à ses collègues de travail, à ses compagnons jésuites. Dans toutes ces relations aux autres, il savait garder la juste distance, respectueux qu’il était de la liberté de l’autre.

Fidèle, Jean l’a été vis-à-vis de sa famille à qui il écrivait chaque semaine. Son désir d’être envoyé comme Abraham, loin de son pays et de ses proches, ne l’a pas empêché d’être fidèle à ceux qui l’avaient vu naitre et grandir, sa sœur et ses deux frères, puis à son beau-frère et à ses belles sœurs, puis à ses neveux et ses nièces… et enfin aux nouvelles générations !

Fidèle, Jean l’a été vis-à-vis de la Compagnie. Jamais il n’a manqué un rendez-vous avec les compagnons, au niveau de la Province, de la Région ou de la communauté. Il prenait plaisir à partager son expérience spirituelle et humaine avec les compagnons dans des groupes de partage qui n’existaient pas au moment de son entrée dans la Compagnie… et dont il appréciait le bienfondé. Il attendait avec impatience nos weekends et nos sorties communautaires.

Fidèle, Jean l’a été vis-à-vis de son pays d’adoption, le Liban. Il s’est senti vraiment l’un des fils de ce beau pays qu’il a tant aimé et dans lequel il a souhaité être enterré. Dans ce pays, il a fait l’expérience qu’aimer, c’était aussi se donner jusqu’au bout et cela l’a fait beaucoup souffrir. Jean a pris position au risque de sa vie, au moment où le pays était en danger. Très affecté par la guerre, il a su pourtant goûter et apprécier la beauté des relations humaines qui s’étaient beaucoup simplifiées durant cette période. Ces derniers temps, il était peiné de voir que le pays n’arrivait pas à reprendre l’élan qu’il lui souhaitait et ce, à tous les niveaux et qu’il risquait de perdre ce qui faisait sa spécificité, un « pays message » aussi bien pour l’Occident que pour l’Orient.

Comme Ignace, il s’est mis à l’école du Christ… Jamais tourné vers le passé, mais toujours tourné vers l’avenir. Jamais nous ne l’avons entendu dire qu’autrefois c’était mieux… Ya reit ikun mitl qabl !!! Il savait que regarder vers le passé, c’était s’enfermer dans le mythe des temps heureux, et ne pas se laisser guider par l’Esprit de Dieu qui est toujours jeune et qui ne cesse de renouveler non seulement nos énergies mais aussi nos structures institutionnelles. Jean a été au cœur des dernières évolutions, dans le Collège ou dans les institutions qui lui sont rattachées.

Fidèle à l’Esprit, il a été toute sa vie durant, mise à part une parenthèse de dix ans, au service de ce Collège en exerçant toutes les fonctions des plus prestigieuses aux plus humbles. C’est à Notre-Dame de Jamhour qu’il s’est dépensé sans compter. Toute sa vie, il a été au service du scoutisme et le groupe lui en sera toujours reconnaissant. Il a été au service de la communauté des enseignants chrétiens, au service de la pastorale universitaire et des équipes Notre-Dame. Jusqu’au dernier instant, à travers les différentes amicales dispersées de par le monde, il a été au service de la communauté des anciens élèves, qui était pour lui une seconde famille.

Ton départ mon cher Jean, notre compagnon et ami, nous a beaucoup affectés. Nous savions que tu devais partir un jour mais ta jeunesse d’esprit et ton esprit d’ouverture, toujours renouvelé par l’esprit de l’Evangile, nous ont presque fait oublier que notre vie de compagnonnage n’était qu’un avant-goût de la vraie vie à laquelle tu as été appelé, le jour de la grande fête de l’assomption de la Vierge Marie. Que Notre-Dame de Jamhour, à laquelle tu as été si fidèle, t’accompagne jusqu’au Royaume. Puisses-tu goûter la joie de ton Seigneur qui t’a voulu tant de bien. Tu as été le signe de l’amour miséricordieux de Dieu pour nous. Nous comptons sur ta prière et nous attendons de te revoir un jour. Amen !

Denis Meyer, SJ
Vice Recteur