L'Orient-Le-Jour : La traduction de la littérature de jeunesse sous la loupe d’une chercheuse libanaise

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La traduction de la littérature de jeunesse sous la loupe d’une chercheuse libanaise
Roula AZAR DOUGLAS | OLJ - 23/01/2015

Valoriser la traduction de la littérature de jeunesse en lui attribuant la fonction de vecteur de culture, l'envisager comme étant une situation de communication interculturelle impliquant un émetteur source et des récepteurs cibles appartenant à des cultures différentes – ce qui impose au traducteur d'avoir recours dans l'acte qu'il entreprend au « processus d'acculturation » ou à « l'intégration de l'autre dans l'étendue de son universalité et la richesse de sa particularité » – sont deux des multiples apports de l'étude menée par Grace Younès dans le cadre de son doctorat en sciences du langage-traductologie complété à l'Usek en 2011.


Dans sa thèse intitulée « La traduction de la littérature de jeunesse. Une recréation à l'image de ses récepteurs », publiée aux éditions l'Harmattan au mois de novembre passé, l'auteure examine les aspects particuliers de la traduction des textes de la littérature de jeunesse. Plus précisément, elle analyse le recueil de Fouad Ephrem el-Boustany, Ala ahd al-amir, rédigé en langue arabe et sa traduction en langue française sous le titre Aux temps de l'émir réalisée par Hareth Boustany et Marina Bernotti Boustany.


Une recherche scientifique et rigoureuse
Le Dr Grace Younès explique : « Me basant sur les deux fonctions que j'ai attribuées à la traduction de la littérature de jeunesse : celle de permettre, d'une part, l'ouverture à de nouvelles cultures pour les découvrir, les valoriser, se les approprier et les conserver, et, d'autre part, celle d'être une opération de communication et d'intermédiation rendant possible un dialogue interlinguistique et interculturel, j'ai posé la problématique suivante : la traduction de la littérature de jeunesse serait-elle une recréation de l'œuvre de l'auteur fondée sur les besoins et les attentes d'un nouveau public récepteur ? »
Pour répondre à cette interrogation, la jeune traductrice professionnelle, qui se décrit comme étant une « passionnée de recherches, de créativité et d'échange de savoir », soumet les deux ouvrages, dans un premier temps, à l'analyse des facteurs extratextuels : description de l'émetteur, du récepteur, du support, du lieu de production, de l'aspect temporel, des motivations et des fonctions des types de textes en question. Puis, elle les soumet aux facteurs intratextuels, en les regroupant en quatre ensembles : la présentation du contenu et du bagage cognitif nécessaire, le macro-contexte (composition du texte), le micro-contexte (le lexique, la structure des phrases et les éléments suprasegmentaux) et les éléments paralinguistiques (photos et illustrations).
L'analyse ainsi effectuée montre que « les facteurs extratextuels et les facteurs intratextuels sont interdépendants et s'influencent réciproquement », avance le Dr Younès, avant d'ajouter : « Par ailleurs, cette étude m'a permis de déduire que le "skopos" (la finalité) des deux émetteurs cibles (Hareth Boustany et Marina Bernotti Boustany) est de créer dans le recueil cible (en français) le même effet ressenti à la lecture du recueil source (en langue arabe). »
Grace Younès, qui possède une licence d'enseignement de langues vivantes en arabe, français et anglais – option traduction – ainsi qu'un diplôme d'études approfondies en traduction de l'Université Saint-Joseph, souligne : « Bien que chacune des stratégies utilisées par les traducteurs du recueil étudié appartienne soit à la stratégie sourcière (grande fidélité au texte de départ), soit à la stratégie cibliste (respect de la culture du public visé), elles répondent toutes à la finalité des deux traducteurs : celle de participer à un acte de communication qui permet de faire le lien entre deux cultures différentes et, par conséquent, d'amener le lecteur francophone dans la culture du recueil source pour lui faire parvenir un épisode de l'histoire du Liban ainsi qu'un aperçu de la culture libanaise à l'époque de l'émir Béchir, et cela en respectant les normes et les conventions socioculturelles de la langue française. »

Normaliser la traduction de la littérature de jeunesse
Pour Grace Younès, « traduire est une opération de recherche et de transmission de savoir et de culture ». Les raisons qui ont poussé cette passionnée de la traduction à étudier l'acte traductionnel relatif à la littérature de jeunesse sont multiples. On y retrouve son souhait de « proposer une certaine normalisation ». « L'adaptation du texte traduit au contexte culturel a servi d'alibi à toutes sortes de manipulations des textes, des omissions à la réécriture, sous prétexte de rendre le texte lisible pour le lecteur étranger », indique-t-elle avant de rappeler : « Au cours de cette dernière décennie, nombreux sont les traducteurs, spécialistes et professionnels qui se sont intéressés à la traduction de la littérature de jeunesse en Europe et au Canada. »
La jeune chercheuse compte poursuivre et approfondir ses recherches en traductologie. Elle souhaite « encourager tout lycéen, futur étudiant, qui est passionné par les langues, la recherche, la communication, les nouvelles cultures, à choisir la traduction comme filière ».
« En effet, c'est l'un des domaines où vraiment plus on traduit, plus on apprend du nouveau et plus on constate que Socrate avait bien raison en avouant : "Je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien" », conclut-elle.
 


Au Salon du livre de Beyrouth au mois de novembre passé,
lors de la séance de dédicace de son ouvrage
« La traduction de la littérature de jeunesse. Une recréation à l’image de ses récepteurs ».

 

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