L’heure au soleil : les cadrans solaires

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L'Orient-Le Jour Junior > Patrimoine > Liban
Patricia ANTAKI-MASSON | 23/02/2017

Pour connaître l'heure, avant l'apparition des horloges et des montres, on se servait de cadrans solaires. Partez en exploration aux quatre coins du Liban pour découvrir ces instruments devenus rares.

Le soleil rythme la vie des hommes, leurs journées et leurs activités. C'est donc en observant la course de cet astre dans le ciel que l'homme a pu mesurer le temps et ce, à l'aide d'un judicieux instrument : un simple bâton ! C'est en effet l'ombre de celui-ci qui, en balayant une surface de gauche à droite au fur et à mesure que la journée avance, permet de lire les heures, matérialisées par de simples lignes. En usage dès le IIe millénaire avant notre ère chez les Égyptiens et les Mésopotamiens (et plus tard chez les Chinois), repris par les Grecs et les Romains puis par les Arabes et le monde occidental, encore employé de nos jours, le cadran solaire dont le principe est resté le même, se décline en une variété de formes.
Au Liban, quatorze de ces dispositifs appartenant à des époques différentes ont été recensés en divers endroits, sur des sites archéologiques ou gravés sur les murs de mosquées, d'églises, de couvents ou d'écoles.

Un cadran antique entre Beyrouth et Paris
L'important site archéologique hellénistique de Umm el 'Amed, au sud de Tyr, a livré, entre autres richesses, un cadran solaire, trouvé en deux fragments, à 80 années d'intervalle. Un fragment se retrouve ainsi exposé au musée du Louvre et l'autre au Musée National de Beyrouth.
Vous trouverez une réplique du cadran reconstitué en entier au jardin Saint-Nicolas d'Achrafieh. Ce cadran, creusé dans un bloc de pierre, appartient à la famille des scaphés, en vogue chez les Grecs et les Romains, en forme de demi-sphère ou de quart de sphère concave comportant onze lignes divisant l'intervalle de temps entre le lever et le coucher du Soleil en douze parties égales. Le petit plus de nos cadrans est une dédicace phénicienne «au Seigneur Milkashtart dieu de Hammon» par un certain Abdosir. Un autre scaphé romain a été exhumé sur le site antique de Byblos.

Cadrans canoniaux des Croisades
Deux cadrans sont gravés sur les murs de deux églises voisines qui appartenaient à l'époque des Croisades au comté de Tripoli: l'abbatiale du monastère de Balamand, ancienne abbaye cistercienne de Belmont, et la belle église Sainte-Catherine de Enfé. Ce sont des cadrans simples formés d'un demi-cercle comprenant les lignes horaires issues du point d'ancrage de la tige. Pourquoi sont-ils canoniaux? Car leur rôle est d'indiquer les heures des prières, au nombre de huit, définies par des règles ou canons.

À la grande mosquée de Tripoli
Sur la galerie sud de la grande mosquée al-Mansouri de Tripoli, à l'origine une église franque du XIIe siècle convertie par les Mamelouks en mosquée deux siècles plus tard, est affiché un cadran solaire d'époque ottomane, facile à lire grâce à l'ombre du style qui parcourt les 13 lignes horaires. En cherchant bien, vous trouverez un autre cadran contemporain, qui ne paie pas de mine mais est en réalité bien plus complexe, car il comprend les arcs des solstices d'été et d'hiver et la ligne des équinoxes ainsi que les lignes indiquant les heures allant de la prière du 'asr au coucher du soleil.

Envol vers les étoiles
Deux cadrans jumeaux sont à découvrir sur les murs des monastères grecs-catholiques de Mar Chaaya à Broummana et de Notre-Dame de Ras Baalbeck, le premier daté de 1758 et le second de 1904. En plus des lignes horaires et des lignes indiquant les demi-heures, ces curieux cadrans affichent des listes à caractère astronomique et astrologique : celle des signes du zodiaque, celle des mois, celle des planètes et celle des sept métaux, bien connus des alchimistes.

Chez les sœurs de Bqaatouta
On trouve également un cadran solaire dans un autre monastère appartenant, comme les précédents, à l'ordre basilien, celui de Saydet el-Niyah à Bqaatouta dans le Kesrouan, fondé en 1767. Sur une table en marbre, accrochée à un mur, on peut toujours lire les heures notées en chiffres indiens (nos chiffres arabes).

Cadrans jésuites à vocation pédagogique
Au cœur du collège Saint-Joseph de Antoura, la cour de l'ancien séminaire jésuite Saint-Élie édifié en 1742 dévoile sur le mur sud un imposant cadran vertical. La lecture des heures est ici facilitée par le marquage de celles-ci en chiffres romains. Les Pères de la Compagnie de Jésus étaient en effet très versés dans les sciences, dont la gnomonique. Il est intéressant de noter qu'un autre établissement jésuite, le collège Notre-Dame de Jamhour, possède également un cadran, horizontal cette fois-ci, conçu par le Père Bernard Mathieu (1912-1986). Ce dispositif qui agrémente la place de l'église est en outre doté de deux devises ayant naturellement trait à la notion du temps. L'une est du philosophe grec Héraclite: «Tout s'écoule». Et l'autre est une citation de Saint-Paul: «Le Christ hier, aujourd'hui et pour l'éternité».

À la mémoire des martyrs arméniens
Au siège du catholicossat arménien de Cilicie à Antélias, se dresse une chapelle édifiée en 1938, dédiée aux martyrs du génocide. Lors de sa restauration en 1993, elle a été dotée par l'architecte Dikran Kalousdian d'un beau cadran solaire, orné de motifs végétaux et géométriques, qui fait écho à ceux, nombreux, qu'affichent les églises d'Arménie.

Sur les hauteurs de Nahr el-Kalb, deux cadrans récents?
Deux cadrans horizontaux qui semblent avoir été réalisés au courant du XXe siècle sont implantés sur le parcours des célèbres bas-reliefs de Nahr el-Kalb.

À savoir
La gnomonique est l'art de tracer des cadrans solaires. Ce nom dérive de «gnomon», le mot grec et latin pour désigner la tige du cadran solaire.