"Il était une fois Azur, blond aux yeux bleus, fils de châtelain, et Asmar, brun aux yeux noirs, fils de la nourrice qui élevait les deux garçons comme des frères, dans un pays vert et fleuri. La vie les sépare brutalement. Mais Azur n'oublie pas les compagnons de son enfance ni les histoires de fées de sa nourrice, au pays du soleil. Devenu grand, il rejoint le pays de ses rêves, à la recherche de la fée des Djinns. Il y retrouve Asmar, lui aussi déterminé à trouver et gagner la fée, bravant tous les dangers et les sortilèges d'un univers de merveilles."
Voilà ce que dit le synopsis !
Et, à partir de là, l'aventure démarre timidement, puis, plus rapidement et enfin, à grands coups d'accélérateur. La classe de 8e du Collège Saint-Grégoire ne sait pas encore qu'un rendez-vous est déjà pris deux ans plus tard.
En décembre 2006, c'est Najwa Nseir, enseignante de français, qui, en faisant la lecture à ses élèves, réalise combien grande est leur curiosité : ils ne lâcheront pas tant que l'histoire n'est pas terminée. Et pourtant, elle en avait lu, des contes et des histoires, mais celle-ci avait quelque chose de particulier...
À la sortie du film Azur et Asmar à Beyrouth, en décembre 2006, Mme Nseir recommande à ses élèves d'aller voir le film. À la rentrée de janvier 2007, elle leur propose d'imaginer une suite possible, sans savoir qu'elle vient de poser les fondements d'un si grand projet. Au printemps de la même année, la rédaction est prête et distribuée aux élèves de la classe.
Tout aurait pu s'arrêter là !
Poussée par je ne sais quelle intuition, l'enseignante s'accroche, animée par sa passion pour Azur et Asmar, une passion qu'elle a fortement communiquée à sa classe. Elle prend contact avec l'auteur, sans trop y croire. « Je n'ai jamais pensé que ce simple geste prendrait un jour une telle ampleur » dira-t-elle plus tard.
Pour ceux qui ne connaissent pas la suite, elle prend un virage inconnu, à un rythme en crescendo. La correspondance donne suite à une rencontre entre l'auteur et Mme Nseir, à un échange de documents, à la suite d'Azur et Asmar, telle que proposée par les élèves.
Qu'un réalisateur du calibre de Michel Ocelot produise avec Christophe Rossignon une proposition venant d'élèves d'un collège du Liban, ça semble dépasser l'imagination.
Avec un binôme d'une telle envergure, tous les ingrédients du succès sont assemblés !
Il est difficile à présent de s'arrêter.
Lorsque l'auteur dévoile son travail à partir du texte écrit par des élèves de Saint-Grégoire, ces derniers ont déjà une longueur d'avance puisqu'ils s'entraînent à l'adaptation théâtrale.
La troupe est formée. Sous la houlette de Lamia el Khatib (enseignante de théâtre au Collège), les équipes de travail s'acharnent... Les élèves expriment le désir de jouer leur suite, ils réalisent ce souhait dans le cadre du cours « Théâtre et langue ». Un vrai labeur de fourmi.
Les élèves de 8e sont à présent de jeunes adolescents en classe de 6e. Le projet, dans ses diverses étapes, ne les a pas lassés. Nada Msann, responsable du cycle primaire II, encourage plus que jamais l'équipe éducative à continuer. Francine Nayati, enseignante de français en 8e et 7e, accepte de regrouper les jeunes auteurs, le premier jour des vacances d'été, pour relire avec eux le scénario proposé, le comparer à leur texte et communiquer leurs observations à l'auteur. Grace Younès, enseignante de français en 6e, prend le relais l'année suivante. Elle travaillera les détails des textes et de leur adaptation cinématographique, en faisant le lien entre le scénariste et les élèves.
Les élèves sont heureux de la perspective qui s'annonce, ils ont certes le trac à l'idée de rendre public leur travail, mais ils sont surtout ravis de rencontrer celui qui a nourri leurs rêves depuis deux ans déjà.
Représentation théâtrale le lundi 27 avril 2009
... Dans les coulisses de l'auditorium
Quelques réactions :
Beaucoup de bruit C'est sûrement le trac !
Impose-toi !
On connaissait bien nos rôles Ça fait depuis novembre qu'on répète
Rencontre avec Ocelot C'est un homme simple et chaleureux
Ils s'appellent Élie, Félix, Andréa, Paméla, Antoine, Romy, Sara et bien d'autres encore. Ils ont tous la passion de Azur et Asmar dans les yeux. Je les ai rencontrés au CDI pour relater leur expérience dans le Nous du Collège. Ils ont tous parlé de respect, d'amour, de différence, de pardon.
Élie Lakkis m'a expliqué, avec beaucoup de fermeté, que c'est le regard que nous portons sur le monde qui doit changer. Élie Daaboul, lui, a travaillé avec 8 élèves sur le dessin et sa représentation.
Félix Chalhoub a abordé le thème de la rivalité dans une approche intellectuelle et humaine.
Andréa Najarian insiste sur les valeurs intérieures véhiculées par Azur et Asmar.
Romy a eu beaucoup de plaisir au niveau du dessin des décors. Elle a su, par son coup de crayon, donner une teinte nouvelle à notre perception du Maghreb.
Plus que tout, c'est la scène de transition qui a donné lieu aux plus grandes émotions, et les élèves m'ont expliqué la symbolique de ce passage : Sur les ailes de l'oiseau Seymour aux couleurs de l'arc-en-ciel, couleurs d'espoir en un renouveau, le père s'empressait de retrouver Azur et Asmar et de les serrer dans ses bras pour se faire pardonner.
Mardi 28 avril 2009
Le cadre est différent, c'est celui du Centre Culturel Français, mais les émotions sont aussi vives !
Les jeunes acteurs de la classe de 6e du CSG sont face à un auditoire moins maison. Dans les coulisses, le trac est lourd, on sait que de l'autre côté du rideau, un public exigeant attend. Il ne sera pas déçu. Au CCF, la troupe est acclamée par la foule, c'est là que les élèves seront reconnus comme co-auteurs de Azur et Asmar.
Il est un âge où l'émotion n'a pas de masque. Ils ont 11 ans, ils en avaient 9 quand ce projet a débuté : j'ai vu cette émotion en rencontrant les auteurs de l'Invité aux noces, 2e partie de Azur et Asmar.
Pour qu'un projet aboutisse et fasse plaisir, il y a forcément des personnes qui demeurent dans l'ombre, mais sans qui rien ne serait possible. Je pense particulièrement à Mme Nada Msann qui a accompagné le projet depuis sa genèse et à Mme Marie-Lys Abi Hachem qui a travaillé seule, le décor et les costumes.
Des talents et des projets, les élèves en ont tous. Antoine Chammas a eu envie d'offrir à Michel Ocelot un exemplaire de ses écrits, une légende et un roman. Les lecteurs n'attendront pas de nombreuses années pour entendre parler de cette classe du CSG.
Neyla Chidiac, BCP
Message de Michel Ocelot
Voici un message pour tout le monde.
La rencontre avec le Collège Saint-Grégoire a été, d'une certaine manière, une expérience frustrante, car j'aurais voulu rester plus longtemps...
J'ai admiré toutes les enseignantes rencontrées. J'ai un élan d'estime et d'affection vers elles. Tout va bien quand de telles personnes sont en mesure d'agir. Et je remercie messieurs les Recteurs de permettre tout cela (et de s'être dérangés pour nous saluer).
Et j'ai jubilé en rencontrant une jeunesse qui pousse bien, avec laquelle j'ai désormais des liens. J'ai pris quelques photos (pas assez !). Je scrute ces beaux visages, leur intensité, j'essaie de deviner leur caractère, leurs envies, leurs talents. Je me désole de contacts si brefs.
Les petits discours m'ont extrêmement touché (je crains que M. le Recteur ne soit en mesure de témoigner que mes yeux n'étaient pas toujours secs...) et j'ai été charmé par la superbe représentation, qui s'est déroulée sans une faute. Je mesure bien la quantité de travail et de passion derrière cette réussite. Mise en scène, décors, costumes, trouvailles, interprétation, ont transmis encore beaucoup d'émotion et de sentiment.
Nous avons tous là réussi quelque chose, outre le spectacle, sur scène et sur écran, une harmonie humaine par-dessus des distances de toutes sortes.
Merci pour ces beaux moments, qui vont continuer à nous faire du bien.
Bonne chance aux collèges de Saint-Grégoire et de Notre-Dame de Jamhour, et au Liban, qui contient tant de personnes remarquables et aimables.
Michel Ocelot
Message des élèves de 6e
Remerciements
À une équipe de cœur
Nous, élèves de 6e au Collège Saint-Grégoire, sommes très touchés par la bonne action que vous avez faite, en acceptant de réaliser la suite d'Azur et Asmar, une suite que nous avons rédigée avec le cœur au bout des doigts.
Les mots semblent encore une fois trahir nos vrais sentiments envers vous, mais avec les dessins que nous vous envoyons de tout cœur, nous les employons, quand même, pour vous dire :
« Merci, mille fois merci » pour votre précieuse collaboration.
Élèves de 6e, Collège Saint-Grégoire
Quand les élèves en parlent...
Je pense à l'amour, au pardon et au respect - Paméla Habib 6e1
« Azur et Asmar » est une expérience inoubliable - Anthony Semaan 6e1
J'ai ressenti une fierté immense, car la suite qu'on a écrite en 8e2 s'est popularisée à travers la France et le Liban et car Michel Ocelot est venu au Liban seulement pour « Azur et Asmar ». - Sabine Merheb 6e1
« Azur et Asmar » me rappelle le conte des Mille et une nuits - Karl Srour 6e1
Je pense à deux hommes qui sont amis malgré leurs différences : couleur, religion, nationalité... - Rudy Homsy 6e1
Pour moi, « Azur et Asmar » est une histoire pleine de respect, d'amour, de pardon et même d'aventures. - Reem Traboulsy 6e1
Extraits du témoignage de Najwa Nseir
[...] Je me souviens très bien du jour où je lisais aux élèves « Azur et Asmar ». Je n'ai pas pu terminer la lecture du livre parce que la cloche avait sonné. Pour la première fois, les élèves n'ont pas voulu sortir à la récréation, ils me disaient : « continue, continue, on reste jusqu'à la fin ! »
Qu'est-ce qui a bien pu intéresser ces enfants ? Qu'est-ce qui les a si bien attirés ? Est-ce la soif de relire de nouvelles histoires de fées ? Est-ce parce que ça leur parle, puisqu'eux aussi connaissent deux langues, donc deux cultures ? Est-ce parce que l'injustice les touche ? Nous pouvons dire tout simplement que M. Ocelot, par sa finesse et sa connaissance subtile de la personne humaine a su rejoindre aussi bien les enfants que les adultes. Les illustrations sont venues ajouter à ce monde féerique beaucoup de charme, de rêve et d'évasion. À regarder les yeux des enfants, admirer les pages et les couleurs, on comprend bien qu'ils sont déjà prêts à aller plus loin après cette première approche.
[...] Dans le cadre d'un projet d'écriture, je propose aux élèves d'imaginer une suite à ce conte et à ce film. L'idée leur plaît beaucoup. Ce travail est réalisé en classe, sous forme de travail de groupes. Chaque groupe se charge d'écrire un chapitre. Le travail d'écriture terminé, les corrections sont faites, ils travaillent les transitions entre les chapitres, ils ajoutent les titres. Quelques élèves se chargent de saisir les textes, d'autres s'occupent de l'illustration et de la couverture. En mars 2007, le travail est déjà prêt et chaque élève a eu sa copie, son livret.
J'ai voulu à tout prix faire part du résultat de ce long et fructueux travail à celui qui les a tellement influencés et motivés, à M. Ocelot, lui-même.
[...]
Le 13 juin 2007, il leur envoie un livre CD et des affiches dédicacées de Azur et Asmar. Il disait : « Je relis avec délices votre suite, que d'attention à mon conte, et d'idées, de trouvailles et de sentiments émouvants »
[...] En juin 2008, M. Ocelot m'envoie un mail, m'annonçant qu'il a pu enfin réaliser le scénarimage de la suite, et ceci grâce à la générosité de tous les comédiens, du compositeur et même du producteur ! [...] Je lui rends visite à Paris et fais sa connaissance. J'ai eu la chance de visualiser le travail sur son ordinateur. J'en étais émue jusqu'aux larmes !!! C'est l'idée du pardon dans un pays voué à la violence qui retiendra le plus l'attention de notre auteur, et le touchera profondément, il ajoutera : « sans les élèves, je n'aurais jamais osé dessiner le châtelain hautain étreignant finalement Asmar ». Le scénarimage sortira, en CD, en octobre 2008.
[...]
Merci à ces élèves, ils sont capables du meilleur, ils méritent toutes nos félicitations !
Cette aventure indélébile, ils la raconteront un jour à leurs enfants.
Najwa Nseir