La série Humanités à l’honneur

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Comment savoir ce qu'on aime vraiment et ce que l'on veut dans la vie à 15 ans ? Nombreux sont ceux qui préfèrent suivre l'avis du Conseil de classe ou de leurs parents. Mais il est toutefois primordial de choisir une filière où l'élève s'épanouit parce que faire machine arrière est assez difficile.

C'est le cas de Mayssa Sader. Ses résultats scientifiques lui permettaient d'envisager une Première S. Élève au parcours honorable, elle intégrait donc, en ce début d'année scolaire, la filière scientifique.

C'était sans compter sa passion pour la littérature. Une passion si forte qu'elle poussait Mayssa à tout mettre en branle pour avoir le droit de changer de filière.

Pour ses lecteurs, le Nous du Collège reproduit ici la lettre de motivation qu'adressait l'adolescente à son préfet et au père recteur. Si ce cri du cœur a eu raison du règlement, il réhabilite surtout une filière que certains choisissent par obligation. En effet, la 1re H et la Terminale H ont souvent mauvaise presse sous prétexte que les professions auxquelles aboutit cette option ne sont pas rentables. C'est effectivement un cliché excessivement répandu. En réalité, quelle que soit la série que l'élève choisira, l'essentiel est qu'il y excelle. Le débouché est alors garanti. Savez-vous quels peuvent être les honoraires d'un bon avocat au Liban ou à l'étranger ? Savez-vous à combien se chiffre la fortune de J. K. Rowling, l'auteur de Harry Potter ? Et pourtant, ces gens-là n'ont jamais été des scientifiques...

NJ - BCP

 

 

 

Beyrouth, le 16 octobre 2008

Révérend Père Recteur,

Tout a commencé le jour où les mots de SCHMITT m'emportèrent, et que 50 min plus tard, je réalisais que j'étais assise en face d'un professeur qui démontrait un théorème, rien qu'un théorème, et qui, à mes yeux, n'était qu'un alchimiste : il mélangeait les chiffres et les nombres, alors que moi j'étais plongée dans un théorème de mots infinis...

Tout a commencé le jour où, à la veille d'une évaluation de mathématiques, je remplaçais les calculs algébriques par des formules magiques, je remplaçais le stylo par une plume d'encre et d'eau, pour créer un assemblage de lettres et de mots, pour créer quelques lignes lyriques poétiques.

Tout a commencé le jour où je réalisais qu'avec ce bagage d'équations et de théorèmes, je ne pourrais jamais changer le monde ; je serais à jamais une impuissante infinie, je vivrais dans la misère des sciences, emprisonnée dans un laboratoire ou dans une salle d'ordinateurs, alors que mon esprit libre s'évade sans cesse vers l'ailleurs pour changer l'humanité, ou alors, comme le dit si bien Baden Powell, laisser la Terre un peu mieux que je ne l'ai connue.

Eh oui, changer l'humanité, c'est ma motivation, ma conviction, et plus encore, ce qui donne sens à mon existence, même si ce n'est qu'un simple rêve.

Défendre les femmes qui, très jeunes, subissent l'excision, défendre les prisonniers et les démunis, soutenir et écouter les personnes marginalisées trop souvent exclues arbitrairement de la société, convaincre que les lettres ne sont pas mortes, combattre pour que les esclaves de la science ne condamnent pas la magie de Baudelaire...

Aujourd'hui, de ma plume révoltée et rebelle, de ma plume sincère et combattante, de la plume d'un futur avocat peut-être, j'accuse.

J'accuse ceux qui ont essayé de me priver du plaisir d'assister au cours de littérature et de philosophie...

Et j'éprouve une profonde pitié pour ceux qui croient encore, que dans notre monde en évolution continue dans le domaine des sciences et des technologies, l'Homme, en tant qu'homme, en tant que littérature, en tant que valeurs humaines, a perdu sa place...

Qu'ils me paraissent tristes ceux qui croient avoir enterré les lettres... Le jour où l'humanité perdra sa sensibilité littéraire sera celui où l'on ne parlera plus d'humanité mais de machinerie, l'homme redeviendra alors, dans ce monde en évolution, la créature primitive qu'il était à l'origine.

Pour ceci, je ne me vois assise que dans une classe de Sciences humaines.

Je viens vers vous, en retard certes, mais il n'est jamais trop tard, pour vous demander de bien vouloir me transférer en 1reH, là où mon ambition m'appelle, là où je n'aurai plus besoin de lire un roman en cachette durant les heures interminables consacrées aux matières scientifiques.

Merci d'avance pour votre compréhension.

Mayssa Sader - 1reH